Budget 2027 en préparation
Genève prépare des économies XXL: qui risque d’être touché?

Quelles coupes Genève choisira-t-il pour redresser ses finances? Jeudi, le Conseil d'Etat dévoilera son budget 2027 – déficitaire – mais surtout ses mesures d'économies. Lesquelles seront retenues, et qui va payer la facture? Le point.
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Nathalie Fontanet, cheffe du Département des finances, annoncera jeudi l’ensemble des mesures d’économie adoptées par le gouvernement.
Photo: Keystone

En bref

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  • Genève présentera jeudi un budget 2027 déficitaire, avec des économies visant jusqu’à 500 millions pour contenir un déséquilibre attendu à 1 milliard en 2029
  • Le rapport Zuin propose 58 mesures pour 533 millions; le Conseil d’Etat en a écarté 17, dont la réduction du gouvernement et la fin de la gratuité TPG
  • La gauche et les syndicats redoutent des coupes sociales, alors que restent possibles des baisses de subsides, d’aides, de subventions culturelles et de prestations AVS/AI
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

Genève retient son souffle. Tous les regards seront braqués sur le Conseil d'Etat ce jeudi 17 septembre lors de sa traditionnelle conférence pour dévoiler son projet de budget 2027. Sans surprise, celui-ci s'annonce déficitaire, mais surtout – et c'est là que le bât blesse – assorti de mesures d'économies drastiques.

Dans la République, une politique d'austérité s'impose pour le gouvernement. A gauche, on ne veut pas en entendre parler, à droite, on dénonce l'explosion des charges. Mais derrière les arguments et ce sujet qui s'apparente à un exercice comptable cantonal un peu flou, les conséquences sont concrètes: des prestations sociales pourraient être biffées. Blick fait le point.

Le rapport Zuin c'est quoi?

Mais rembobinons. De quoi parle-t-on et pourquoi autant d'intérêt? Depuis quelques années, Genève connaît une situation financière instable: les charges prennent l'ascenseur, tandis que les revenus, eux, ne suivent pas la même trajectoire – ce qui inquiète le gouvernement.

Le déséquilibre entre les revenus et les dépenses pourrait, d'ici à 2029, atteindre un milliard. Face à ce constat, il y a un an, en septembre 2025, le Conseil d'Etat a mandaté un groupe d'experts pour lui indiquer où économiser des deniers publics – de l'ordre de 500 millions.

«On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs»

Ce groupe d'experts, sous la direction de l'ancien président de la Cour des comptes Stanislas Zuin, a passé au crible les dépenses durant plusieurs mois pour finalement dévoiler, en mai dernier, 58 mesures possibles pour un potentiel d'économies s'élevant à 533 millions de francs. Ce rapport de plus de 200 pages avait fait l'effet d'une bombe. «On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs», admettait la magistrate libérale-radicale (PLR) Nathalie Fontanet lors de sa présentation.

La prochaine étape? Le gouvernement devait analyser ce document et revenir «d'ici à la fin du printemps pour annoncer ses décisions», mais voilà qu'en juin l'exécutif se présente à la presse et se prononce à demi-mot sur les mesures du rapport Zuin. Il choisit par exemple de ne pas réduire le nombre de ses ministres de 7 à 5 membres, et n'entend pas non plus revenir sur la gratuité des Transports publics genevois (TPG) pour les jeunes et les retraités. En tout, ce sont 17 mesures du rapport qui sont écartées. Mais pas un mot sur le reste.

La magistrate chargée des finances refuse alors de parler de «temporisation» politique ou d'une volonté de faire durer le suspense, et affirme que le Conseil d'Etat se refuse à des «coupes linéaires aveugles». Officiellement, l'objectif reste le même: économiser 500 millions. Mais en coulisses, les choses pourraient être tout autre.

Des comptes souvent meilleurs que prévu

Selon les informations du journal «Le Temps», en juin, les discussions étaient déjà bien avancées et les mesures retenues auraient pu être annoncées publiquement, mais au dernier moment les plans ont changé. Pourquoi? Difficile de le savoir.

Comme le soulignait Stanislas Zuin, la situation financière de Genève est «incertaine», certains ministres ont peut-être douté de l’ampleur des coupes à réaliser? Les revenus fiscaux genevois, qualifiés par certains de «montagnes russes», fluctuent largement au gré de la situation au Moyen-Orient (les sociétés genevoises de négoce tirent souvent profit des conflits dans le monde). Il faut aussi souligner qu'en 2025, et pour la sixième fois d'affilée, les comptes du canton sont meilleurs que le budget, avec un excédent de 50 millions de francs, malgré un déficit prévu de 256 millions.

Que va annoncer le Conseil d'Etat ce jeudi? Et avec quel impact?

Malgré les annonces de juin, des mesures d'économie restent donc sur la table et touchent à peu près tous les secteurs étatiques. Le contribuable devrait passer entre les gouttes: dès le départ, une hausse d'impôt n'était pas prévue dans le rapport.

A la veille de l'annonce, la gauche bouillonne et craint le pire. Le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) dénonce «une offensive politique d'une rare brutalité contre les prestations publiques et la solidarité sociale».

Pour rappel: au menu figurent une baisse des subsides d'assurance-maladie, une réduction du budget alloué à l'aide sociale ou encore une réduction des subventions aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et à l'Institution genevoise de maintien à domicile (IMAD).

Les étudiants et le milieu culturel touchés

Différents secteurs pourraient donc être touchés. Concrètement, les étudiants, pourraient voir leurs taxes universitaires grimper et s'aligner sur la moyenne romande. Une mesure qui pourrait rapporter 6,3 millions par année à l'Etat de Genève.

Le milieu culturel pourrait, quant à lui, voir ses subventions baisser, au risque d'une «diminution probable de l'offre culturelle». Economie: 7 millions. Sur le volet santé, les bénéficiaires de soins à domicile pourraient devoir payer 15 francs par jour au lieu de 10 actuellement. Economie: 6 millions. Autre point: le supplément cantonal versé en plus des prestations complémentaires fédérales aux retraités et personnes handicapées à faible revenu (AVS/AI) pourrait diminuer. Economie: 30 millions de francs par an.

A Genève, comme ailleurs, la question des finances publiques est hautement sensible et marque un profond clivage entre gauche et droite au Parlement. La semaine dernière encore, le vote de la Commission fiscale du Grand Conseil en faveur d'une baisse de 20% de l'impôt sur la fortune a provoqué l'ire et l'indignation de la gauche.

Qu’est-ce que le gouvernement va changer, supprimer, ralentir ou faire payer pour tenir ses finances? Que va-t-il ressortir des longues discussions estivales à la Tour Baudet? Réponse demain.

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