Des élèves de 8 à 12 ans
En pleine canicule, cette commune genevoise maintient son cortège et fait bondir les enseignants

A Plan-les-Ouates (GE), le cortège scolaire est maintenu ce vendredi malgré la canicule, contrairement à plusieurs communes genevoises. Une décision qui inquiète une partie du corps enseignant, tandis que la commune défend une tradition «adaptée» aux fortes chaleurs.
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Des enseignants dénoncent le maintien du cortège scolaire à Plan-les-Ouates en pleine canicule.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

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  • En raison de la canicule, plusieurs communes genevoises, dont Genève et Lancy, ont annulé les traditionnels cortèges scolaires de fin d’année. A Plan-les-Ouates, le défilé de vendredi 26 juin à 18h30 est maintenu pour les élèves de 5P à 8P.
  • Des enseignants dénoncent la décision, estimant qu’elle met en danger la santé des enfants et du personnel, avec des températures atteignant 36°C.
  • Le maire Philippe Rochetin défend le maintien du cortège, mettant en avant des mesures de précaution comme brumisateurs et zones d’ombre.
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Solène MonneyJournaliste Blick

En Suisse, la chaleur bouscule les fêtes de fin d’année scolaire. En raison de la canicule, plusieurs communes genevoises ont préféré revoir leurs plans et renoncer aux traditionnels cortèges d’élèves. La Ville de Genève, Lancy et Veyrier ont par exemple annulé leurs défilés scolaires. A Plan-les-Ouates, en revanche, le cortège de 18h30 est maintenu ce vendredi 26 juin.

Une décision qui fait bondir une partie du corps enseignant de la commune, inquiète pour les élèves comme pour le personnel. Car depuis plusieurs jours, les consignes liées à la chaleur se multiplient dans les écoles. «On demande aux parents de garder leurs enfants à la maison parce qu’il fait trop chaud dans les classes. Mais après, on leur demande de venir défiler pendant une heure sous 36 degrés, sur du béton. Je trouve ça absurde», dénonce une enseignante de la commune, qui souhaite rester anonyme.

Le cortège de Plan-les-Ouates ne concernera finalement que les élèves de 5P à 8P, soit environ 700 enfants âgés de 8 à 12 ans. Les plus petits resteront à l’ombre dans le parc de la Butte, sous les marronniers. Contacté par Blick, le maire de la commune, Philippe Rochetin, défend la décision du Conseil administratif. Selon lui, le parcours fait 1,2 kilomètre, pour environ «25 à 30 minutes» de marche. L'élu du Centre insiste aussi sur les mesures prévues: de l’eau, des brumisateurs à l’arrivée et un parcours «pratiquement à moitié à l’ombre».

Un cortège indécent?

Pas suffisant pour l’enseignante. «On reçoit des consignes toute la semaine: il faut garder les enfants au frais, leur donner à boire, les protéger. C’est normal. Et puis, d’un coup, on doit leur faire subir cette chaleur excessive», regrette-t-elle. Après une semaine passée dans des salles surchauffées, la coupe est pleine. «Dans ma classe, il fait 30 degrés. Après ça, nous devrons venir défiler au soleil. Ce n’est pas décent.»

Pour elle, le maintien du cortège reste incompréhensible, alors que plusieurs communes voisines ont préféré faire l'impasse sur cette partie. Et couper la poire en deux n'est pas une décision adaptée. «Ce sont les grands de l’école, mais ce sont les grands des petits. Un enfant de 8 ans pendant une heure au soleil, c’est beaucoup.» Des parents auraient déjà confié ne pas vouloir amener leurs enfants.

Mais l'enseignante veut être claire, elle souhaite maintenir les activités et attractions prévues dans la parc de 19h30 à minuit: «Nous ne demandons pas d’annuler la fête. Nous demandons simplement d’éviter ce défilé.» Elle dit reconnaître le travail fourni par la commune et balaie l’idée d’un caprice du corps enseignant. «Ce n’est pas une question de vouloir partir plus tôt en vacances. Loin de là. Moi, je vais très volontiers faire la fête à Plan-les-Ouates. Mais on pourrait y aller en évitant ce défilé.»

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Elle juge surtout la décision peu empathique. Selon elle, il est trop facile de trancher depuis «un bureau climatisé». Une critique qui fait sourire Philippe Rochetin. «Je serai en tenue, parce que je représente une fonction. Je porterai un pantalon long, un blazer et une écharpe de magistrat, qui tiennent aussi chaud. Cela fait partie du job», répond-il. Il rappelle par ailleurs que les élèves ne sont pas obligés de participer au cortège.

Les traditions plus fortes

L’élu assume surtout un choix attaché à l’identité de la commune. «A Plan-les-Ouates, on aime dire que nous avons une âme villageoise. Nous organisons un cortège depuis de nombreuses années. Nous aimons ces traditions.» Il assure toutefois que la santé des enfants n’est pas prise à la légère. «Si le médecin cantonal nous disait qu’il ne faut pas maintenir cette marche, bien sûr que nous ne nous y opposerions pas.»

Des discussions ont eu lieu avec les directions d’établissement, qui ont fait remonter les inquiétudes du terrain. Le compromis retenu consiste à faire défiler uniquement les élèves de 5P à 8P. Des enseignants des trois écoles de la commune ont adressé une lettre au Conseil administratif pour faire part de leurs inquiétudes, mais en l’état, l'exécutif maintient le cap. «Je n’ai pas envie d’infantiliser totalement la population. Nous avons encore la capacité de réfléchir», poursuit l’élu, qui regrette de vivre dans un monde «de plus en plus aseptisé». Et de lancer: «Si on n’est plus capable de marcher 500 mètres dans la rue à 18h ou 19h, l’humanité a peut-être quelques soucis à se faire.»

Il en appelle à la responsabilité collective et individuelle. «Si quelqu’un estime qu’il n’est pas apte à supporter cela, il ne faut peut-être pas venir», argumente-t-il. L’élu recommande aux personnes vulnérables de se munir d’un parapluie, d’un chapeau ou encore d’une bouteille d’eau.

Deux visions s'affrontent

Au fond, l’affaire dépasse le seul cortège de Plan-les-Ouates. Elle illustre un casse-tête de plus en plus fréquent pour les communes: que faire des traditions scolaires lorsque la météo les rend soudain difficiles à assumer? Faut-il maintenir coûte que coûte ces moments collectifs, au nom du lien social et de l’identité locale? Ou faut-il les adapter plus franchement pour des raisons sanitaires, quitte à bousculer des habitudes bien ancrées?

Pour l’enseignante, la réponse est claire: la protection des enfants et du personnel doit primer. Pour Philippe Rochetin, il est encore possible de préserver le cortège. «Je ne suis pas contre les enseignants», assure-t-il. «Je fais encore confiance à l’intelligence et au bon sens.» 

Ce vendredi soir, le cortège dira aussi qui, des autorités ou des familles, aura le dernier mot. Car si la commune maintient la tradition, les parents, eux, restent libres de laisser leurs enfants à l’ombre.

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