En bref
- Condamnée à 15 ans pour assassinat, la prévenue dit ne pas avoir cru toucher son mari à Vernier en 2021
- Le procureur demande de confirmer le jugement, évoquant un tir dans le dos, des mobiles futiles et un calcul pour masquer les traces
- La défense plaide le meurtre lié à un trouble mental et à une relation dysfonctionnelle; verdict attendu mardi
Le procès en appel de la femme qui a tué son mari par balle à Vernier en 2021 a eu lieu jeudi devant la Chambre pénale d'appel et de révision de la Cour de justice de Genève. Condamnée pour assassinat à quinze ans de prison en 2025, la prévenue reste confuse et larmoyante.
Agée de 51 ans, la femme s'est mise à pleurer dès le début de son audition. Dans un flot de paroles difficilement compréhensibles et se perdant souvent dans ses explications, elle a indiqué à la Cour qu'elle ne pensait pas avoir touché son mari ce 29 décembre 2021 vers 21h50, sur un chemin menant au Rhône.
Pour preuve: il a couru après le coup de feu et était «assis» quand elle est passée à côté de lui pour jeter l'arme dans le fleuve, avant de rentrer à la maison. «Je n'arrive pas à croire que j'ai fait une chose pareille. Je l'aimais trop», a-t-elle déclaré sur question de son avocat, Karim Raho. «C'est horrible de vivre avec cela. Je suis catholique, je ne veux pas aller en enfer», a-t-elle ajouté.
«Mobiles futiles»
«Elle a tiré à moins d'un mètre de distance, dans son dos. Il a agonisé pendant 55 minutes, seul dans la nuit et le froid, avant de mourir, alors qu'il aurait pu être sauvé à plusieurs reprises», a relevé le procureur Guillaume Zuber, demandant à la Cour de confirmer le jugement du Tribunal criminel. L'homme avait réussi à appeler les secours par téléphone, mais l'ambulance est arrivée trop tard.
Pour le représentant du Ministère public, la prévenue a tué par cupidité, jalousie et possessivité, «des mobiles futiles» «qui démontrent une absence particulière de scrupules». Elle a aussi «agi avec conscience, volonté et calcul» avant, pendant et après les faits pour masquer les traces. Selon lui, ce comportement froid n'est pas compatible avec les pathologies diagnostiquées sur la prévenue.
Pour Me Karim Raho, au contraire, le trouble mixte de la personnalité paranoïaque et borderline dont souffre sa cliente et ses effets sur sa perception de la réalité sont centraux. Plaidant le meurtre, l'avocat a voulu démontrer que son trouble mental a été exacerbé dans le cadre de cette relation, initiée sur Internet par le jeune homme originaire de l'Ile Maurice. Elle avait alors 39 ans; lui, quinze ans de moins.
«Relation dysfonctionnelle»
La prévenue a quitté mari et enfants pour lui. Elle avait tenté plusieurs fois de mettre fin à leur relation, doutant notamment de sa sincérité, mais il faisait du chantage au suicide. Les disputes se sont poursuivies après le mariage en 2019, et il l'a même menacée de mort. «Ce n'était pas juste une relation toxique mais gravement dysfonctionnelle, avec des violences physiques», a avancé Me Raho.
Quant au soir des faits, la prévenue «ne sait pas réellement ce qui s'est passé», a-t-il indiqué, évoquant la thèse d'une «amnésie dissociative». Selon lui, rien n'était prémédité, l'arme pouvant appartenir à la victime. La femme a potentiellement agi de manière incontrôlée après l'annonce d'une séparation ou à cause d'une menace. En outre, elle n'a pas cherché à éliminer son mari après le premier tir.
«Dans ce dossier, la psychiatrie est colossale», a-t-il souligné pour demander une peine qui n'excède pas dix ans. Alors que le jugement de première instance a fixé une indemnité de 40'000 francs pour tort moral en faveur de la mère de la victime, Me Raho a demandé qu'elle soit réduite à 7000 francs, en raison du coût de la vie à l'Ile Maurice. Timothée Reymond, avocat de la mère, a une nouvelle fois plaidé pour 70'000 francs. Le verdict sera rendu mardi.