Un rapport explosif
Pour la Cour des comptes, la Comédie de Genève doit sérieusement se reprendre en main

Dans un audit dévoilé ce vendredi, la Cour des comptes dresse un constat sans appel sur la gouvernance de la Comédie par la FAD: cadre légal inadapté, compétences insuffisantes et recrutements contestables. Elle formule des recommandations pour un redressement.
La Cour des comptes estime que le modèle de gouvernance est dépassé et doit être revu de fond en comble.
Photo: Toan Izaguirre

En bref

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  • La Cour des comptes a présenté ce vendredi un audit révélant que la gouvernance de la Fondation d'art dramatique genevoise (FAD), qui gère la Comédie de Genève, est obsolète et inadaptée. La magistrate Nathalie Brender a critiqué le manque de compétences en gestion humaine et financière du Conseil de fondation, composé de 15 membres.
  • L'audit a relevé deux recrutements abusifs, dont un sans entretien préalable, et a recommandé 12 mesures avec priorité élevée ou très élevée. Le rapport soutient la décision de licencier Séverine Chavrier, accusée de «comportement toxique et pervers». Une nouvelle composition du Conseil est également proposée.
  • Le canton de Genève obtiendra un siège au Conseil de fondation, mais sans fonds supplémentaires de la Ville, comme confirmé par Joëlle Bertossa. Malgré une interdiction temporaire de diffuser un autre audit, le président Philippe Juvet reste optimiste sur l'avenir de la Comédie, promettant des réformes concrètes.
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

Nouvel épisode dans le thriller théâtro-politique de l'affaire Chavrier et de la Comédie. La Cour des comptes a dévoilé ce vendredi son audit sur la gouvernance de la Comédie par la Fondation d'art dramatique genevoise (FAD). Résultat: le modèle de gouvernance est dépassé et doit être revu de fond en comble. Pour la magistrate Nathalie Brender, qui a piloté l'audit, le conseil de fondation n'avait pas les compétences de gestion humaine et financière, en somme pas les épaules pour traverser la tempête. La FAD assure l'exploitation de la Comédie et du théâtre de Poche. Elle a rappelé d'emblée que la Cour ne faisait ni un audit de ressources humaines, ni ne s'immisçait dans les problèmes internes à la Comédie.

La Cour avait été sollicitée en octobre 2025 par Joëlle Bertossa, la conseillère administrative de la Ville de Genève chargée du Département de la culture et de la transition numérique (DCTN), pour mener un audit. Dans une salle de la Cour des comptes, où une vingtaine de journalistes étaient amassés, les magistrats ont présenté leur travail, avec ses constats et recommandations, à la presse. Etaient également présents Joëlle Bertossa et, bien sûr, Philippe Juvet, élu à la présidence de la Fondation pour l'art dramatique (FAD) en pleine crise. La Cour dresse différents constats: le cadre légal et réglementaire de la FAD n’est pas adapté à une bonne gouvernance, par exemple, les rôles des différents organes et leurs responsabilités ne sont pas clairement définis. La magistrate a insisté sur le fait qu'avec une feuille de route claire, les problèmes de la Comédie – entendez par là la déroute de Séverine Chavrier, accusée par de nombreux collaborateurs de «comportement toxique et pervers» – «auraient peut-être pu être identifiés plus rapidement» et «n'auraient peut-être pas pris une telle ampleur».

Les dates clés pour comprendre la crise de la Comédie de Genève

Un manque de compétences au Conseil de fondation

Face aux journalistes, la magistrate Nathalie Brender s'est exprimée au nom du gendarme administratif, sur un autre point qui a largement occupé son exposé: le nombre trop important de personnes au Conseil de fondation (15 personnes). «Un conseil plus petit pourrait attirer plus de talents car des rémunérations plus importantes pourraient être proposées», a fait remarquer la Cour, qui préconise, par ailleurs, des rémunérations «plus codifiées».

D'autre part, des recrutements posent problème: la Cour note deux recrutements abusifs, dont un n'a même pas fait l'objet d'un entretien d'embauche. La Cour recommande donc de formaliser les processus de recrutement.

Des recommandations émises

L'institution a donc émis 12 recommandations. Signe de l’ampleur de la crise, la quasi-totalité ont une «priorité» jugée «très élevée» ou «élevée». Ces dernières ont toutes été acceptées par les différents acteurs impliqués. Parmi ces recommandations, quatre sont adressées au Département de Joëlle Bertossa, chargé d'effectuer une surveillance de la FAD. Les autres sont adressées au Conseil de fondation. Avant de céder la parole à la Conseillère administrative, la magistrate a tout de même voulu souligner le fait qu'une nouvelle équipe avait déjà en partie été mise en place.

La décision de licencier Séverine Chavrier «était la bonne»

En prenant la parole, l'édile genevoise a rappelé qu'elle avait mandaté cet audit après des accusations d'irrégularités sur les recrutements à la Comédie, soit avant que la polémique n'enfle sur Séverine Chavrie et ses déboires, ou, dixit Joëlle Bertossa, ses «dérives». Ce rapport montre donc, selon elle, que «la décision de licencier la directrice générale était la bonne».

Pour Joëlle Bertossa, les recommandations de la Cour sont en phase avec les travaux déjà entrepris, notamment sur les statuts de la fondation. Et surprise du jour: le Canton va obtenir une place dans le conseil de fondation – et donc investir de l'argent. Un point qui peut surprendre au vu de l'état des finances cantonales. Joëlle Bertossa l'admet: «je souhaiterais enlever la représentation politique au conseil», mais, dans l'intervalle, elle propose une nouvelle composition avec huit membres, dont quatre des partis, un de la ville, un du canton; les deux sièges vacants pourraient par exemple être occupés «par un syndicat ou une faîtière», suggère-t-elle à Blick.

«crise, merci, avenir»

Ensuite, est finalement venu le tour à Philippe Juvet de prendre la parole. Ce briscard du barreau genevois a d'abord fait un point sur l'état de la Comédie en trois mots: «crise, merci, avenir», avant de cataloguer et de passer en revue les recommandations une à une, dans un long plaidoyer.

Contrairement aux prises de parole de la magistrate et de l'édile, l'avocat a nommé l'ancienne directrice: «Oui, Séverine Chavrier a fait des choses qu'elle n'aurait pas dû faire, mais surtout on aurait dû le voir et s'en apercevoir pour les empêcher.»

Puis, dans un mélange d'un exercice de communication bien ficelé et d'une improvisation totale, il a listé des actions concrètes et immédiates. «On va demander un rapport mensuel écrit au sein du comité de direction. Ce dernier se rassemble chaque semaine, un membre du conseil de fondation y participera.» Et d'ajouter: «Il nous appartient de rentrer dans l'opérationnel.» Ensuite, il a répondu aux critiques sur la gestion financière de la Comédie. «Ce n'est pas vrai que nos comptes sont mal tenus, on a un bilan et une comptabilité, ça va», plaide l'avocat.

Philippe Juvet se fait rabrouer par Joëlle Bertossa

Mais justement, tous ces projets vont bien coûter de l'argent, demande un journaliste dans la salle. «Ce sont des travaux monstres, vous avez raison, ça va coûter», lui répond Philippe Juvet, avant de se tourner vers Joëlle Bertossa: «le conseil va éventuellement demander…» Mais l'édile lui coupe l'herbe sous le pied: «non, malheureusement, pas de fonds complémentaires ni supplémentaires de la Ville», prévient-elle.

Les défis restent nombreux pour la Comédie et la FAD. Un autre audit sur les pratiques RH est bloqué par le Tribunal civil, qui en gèle la diffusion. L'avocat de Séverine Chavrie a obtenu une interdiction temporaire en mai dernier, visant Tamedia et la Fondation d'art dramatique. Mais le président de la FAD, Philippe Juvet, préfère rester optimiste sur l'avenir. «Je pense qu'on va réussir à faire que cette Comédie reste un des phares de la culture romande», assure-t-il en guise de conclusion.

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