Immeuble menacé d'effondrement
Aux Eaux-Vives, les locataires dénoncent «l'ambiguïté» de leur régie

Certains locataires d'un immeuble ont été évacués en urgence, leur bâtiment menaçant de s'effondrer. Une semaine plus tard, ceux qui peuvent rester n'ont toujours reçu aucune information de la régie. Ils dénoncent un manque de transparence.
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Une semaine après avoir appris «les problèmes structurels» de leur immeuble, les locataires restent dans le flou et déplorent le manque de transparence.
Photo: Toan Izaguirre
Toan Izaguirre

Un immeuble qui menace de s'effondrer en plein centre-ville, des locataires évacués du jour au lendemain. Telle est l'infortune qu'ont connue les habitants du 64, rue des Vollandes, aux Eaux-Vives (GE). L'expertise est implacable: les occupants du 4ème étage et des combles doivent quitter les lieux. A ce jour, ils ont été relogés par la gérance. Les locataires des étages inférieurs et l'école de musique installée au rez ne sont pas concernés par les mesures d'évacuation.

Mais comment a-t-on pu en arriver là, alors que de premiers «désordres» affectant les balcons avaient déjà été signalés en 2023, et que d'importantes déformations dans la cage d'escalier avaient été relevées l'année suivante? Difficile d'y répondre. La régie GéroFinance refuse de s'exprimer et le cabinet d'ingénieurs auteur de l'expertise n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Pour rappel: l'immeuble, propriété de Telis SA, a fait l'objet d'une surélévation en 1964. C'est elle qui est à l'origine du «comportement structurel défavorable». La dizaine de locataires concernés paient des loyers modestes. En mars 2023, lorsque les premiers signes d'alerte ont été donnés, tous les balcons de l'immeuble ont été condamnés. 

Un simple courrier

Sollicité, le Département du territoire (DT) assure ne pas avoir été alerté en amont des évacuations. Ce n'est que le 6 février qu'un courrier de l'avocat de Telis SA, le propriétaire, est parvenu aux directrices générales de l'Office des autorisations de construire (OAC) et de l'Office cantonal du logement et de la planification foncière (OCLPF). Ce courrier éclaire-t-il sur la gravité de la situation? Non, répond le DT: il «évoque seulement un état structurel défavorable, sans entrer dans les détails».

Le Département du territoire indique qu'il n'entend pas procéder à une nouvelle évaluation de la situation, estimant que celle-ci ne relève pas «d'une urgence absolue». Quant à l'attitude du propriétaire, le DT juge que les mesures prises vont dans le bon sens: «L'évacuation et le relogement des habitants effectués à ce stade répondent aux exigences de sécurité», fait-il valoir.

De lourds travaux

Pour autant, une semaine après avoir appris la nouvelle, la situation reste incertaine pour les locataires toujours en place dans les étages inférieurs. Si le rapport d'expertise est clair – ceux-ci peuvent rester dans l'immeuble –, la communication de la régie l'est nettement moins. Certains craignent qu'elle ne décide de résilier l'ensemble des baux au prétexte des importants travaux à venir. En effet, le chantier s'annonce lourd: le rapport d'expertise que nous avons pu consulter fait état d'échafaudages à installer des deux côtés du bâtiment et de fenêtres donnant sur la cour devant être «condamnées physiquement». 

Ce manque de transparence n'est pas nouveau. Selon nos informations, les locataires dont les balcons ont été condamnés en 2023 n'ont jamais reçu d'explication de la part de la gérance, qui a pourtant fait réaliser deux premières expertises sans jamais en communiquer les résultats. Lors de la dernière expertise, les premières mesures des ingénieurs ont été effectuées fin septembre 2025, pour des conclusions rendues le 5 février, soit cinq mois plus tard. Un délai de plusieurs mois tout à fait normal, nous explique un expert. En revanche, selon lui, la régie aurait dû, à la publication des résultats, faire intervenir les ingénieurs afin de vulgariser et d'expliquer aux locataires des conclusions techniques complexes.

«L'ambiguïté» de la régie

Au rez-de-chaussée, ce manque de transparence inquiète et a des conséquences concrètes. Krisztina Kraszni, directrice de l'école de musique, déplore «l'ambiguïté» de la régie. Des parents d'élèves se sont naturellement inquiétés en découvrant l'affaire dans la presse. Elle tient à rassurer: «Toutes les mesures sont prises par l'école pour que les cours soient maintenus sans risque.» Mais pour la directrice, la question de fond reste entière: «Sommes-nous en sécurité, oui ou non?» A cela, la régie n'a pas répondu clairement, alors que le rapport des ingénieurs est formel: rien ne justifie d'évacuer le rez-de-chaussée.

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