Locataires en danger
Un immeuble du centre-ville de Genève menace de s'effondrer: la régie temporise

Propriété de Telis SA, une société dirigée par le promoteur Jean-Bernard Buchs, l'immeuble du 64, rue des Vollandes, menacerait de s'effondrer. Les problèmes seraient connus depuis 2023, mais la régie demande aujourd'hui à certains locataires d'évacuer les lieux.
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L’immeuble situé au 64, rue des Vollandes, aux Eaux-Vives, construit dans les années 1920, connaît d’importants «problèmes structurels», selon la régie GeroFinance.
Photo: Toan Izaguirre
Toan Izaguirre

Des analyses techniques l'ont démontré, un «comportement structurel défavorable» touche un immeuble situé au 64, rue des Vollandes, aux Eaux-Vives (GE). Traduction: l'édifice menacerait de s'effondrer. Certains habitants sont menacés d'évacuation. Voilà, en somme, les informations communiquées par la régie GeroFinance aux locataires la semaine passée. 

Une lettre datée du 4 février, placardée dans le hall de l'immeuble, est venue bouleverser le quotidien de la dizaine de locataires et de l'école de musique installée au rez-de-chaussée. «Le courrier n'a pas été envoyé par voie postale, mais simplement glissé dans les boîtes aux lettres», s'étonne un habitant. Un courrier tombé «du jour au lendemain», qui a pris tout le monde de court. Tous ont été conviés à une séance d'information le lendemain, soit le jeudi 5 février, dans les locaux de l'école de musique. Une convocation à si brève échéance rendue nécessaire «en raison de l'importance de cette affaire», écrit la régie. Lors de cette réunion, jugée «directe et franche» par une locataire, un avocat mandaté par la régie était présent. Face à lui, l'ensemble des locataires, sonné par la nouvelle. 

«On a vraiment peur»

Le flou règne parmi eux. Pour l'heure, seul un locataire du cinquième étage aurait été sommé de quitter les lieux, le jour même de la réunion. Il aurait été relogé par la régie dans la foulée. Les autres peuvent, pour l'instant, rester. Mais ils n'ont pas plus d'information. Giovanni, l'ancien concierge de l'immeuble, qui y habite depuis cinquante-deux ans, est consterné par la situation. Il ne comprend pas comment il est possible d'être «expulsé du jour au lendemain».

Sa voisine qui y habite, elle, depuis vingt ans, redoute de devoir quitter les lieux. «On a vraiment peur», souffle celle qui paie un «loyer modeste» pour son deux-pièces et demie. «Impossible de trouver un logement équivalent ailleurs», lâche-t-elle. Dans cet immeuble datant des années 1877, aucuns travaux de rénovation n'ont été entrepris et d'importantes infiltrations d'eau avaient été constatées par le passé, confient des locataires.

Des balcons condamnés depuis trois ans

Selon nos informations, les problèmes remontent à 2023. Les balcons de l'immeuble avaient alors été condamnés, en mars de cette même année, en raison de «problèmes structurels». Mais depuis trois ans, les locataires sont restés sans nouvelle, jusqu'à jeudi dernier lors de cette réunion.

Entre-temps, la régie a bel et bien commandé plusieurs expertises. La dernière, dont Blick a eu l'écho, sonne l'alerte. Celle-ci relève des défauts structurels liés à une surélévation effectuée en 1964. «Les 4e et 5e étages seraient touchés, avec des affaissements allant jusqu'à 6 centimètres au niveau des planchers», glisse une source. Consulté par un architecte, le rapport est jugé «inquiétant».

Tous les balcons de l’immeuble ont été condamnés en mars 2023 en raison de «problèmes structurels».
Photo: Toan Izaguirre

«Je n'ai rien compris à cette réunion»

Depuis trois mois, des experts effectuent des mesures dans l'immeuble. C'est le cas dans l'appartement de Laghzoun, au troisième étage. Fraîchement retraité, l'homme y vit depuis treize ans et tient à nous accueillir autour d'un café. Dans son salon, les ingénieurs ont laissé un trou recouvert d'une simple planche après leurs relevés. L'ancien restaurateur se dit dans l'incompréhension. «Je n'ai rien compris à cette réunion», confie-t-il. Son balcon a par ailleurs été condamné en 2023: il en a perdu l'accès sans pour autant bénéficier d'une baisse de loyer. 

Dans le salon d’un locataire, le plafond a été percé afin d’effectuer des mesures par les ingénieurs mandatés par la régie. Depuis, une simple planche de bois recouvre ce trou.
Photo: Toan Izaguirre

Selon le registre foncier, l'immeuble, inscrit sur la parcelle D233, appartient à Telis SA, société agissant pour le compte du milliardaire Claude Berda, décédé en décembre 2025, et dirigée par son bras droit, Jean-Bernard Buchs. Ce propriétaire avait déjà été épinglé dans une autre affaire il y a un an, celle d'infiltrations d'eau dans un immeuble à Carouge (GE).

Une situation incertaine

Quel est le sort des locataires de l'immeuble des Eaux-Vives? Difficile de le savoir. Les conclusions de l'expertise seraient pourtant claires: les locataires des premier et deuxième étages peuvent rester; ceux du troisième devront quitter les lieux le temps des travaux. Et ceux du quatrième et des combles doivent partir immédiatement. Le danger est réel. Or, qu'en est-il? Ces habitants ont-ils été évacués par la gérance? Contactée, celle-ci n'a pas donné suite à nos sollicitations

Selon certains locataires, la «régie se porte bien et fait ce qu'elle a promis de faire», c'est-à-dire trouver des solutions de relogement. Mais d'autres restent dans le flou. C'est le cas de la directrice de l'école de musique, qui demeure sans nouvelles. Son établissement, soutenu par le canton de Genève, est installé là depuis une vingtaine d'années. 

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