En bref
- Ce jeudi, un hélicoptères transportant jusqu'à 800 litres d'eau par voyage a fait la démonstration du ravitaillement en eau des alpages fribourgeois inaccessibles et gravement touchés par la sécheresse en cours.
- L'Etat de Fribourg a mandaté l'entreprise Swiss helicopter, mais a dû demander du renfort à l'Armée suisse au vue de l'ampleur de la tâche. Les opérations sont coordonnées par la Protection civile.
- En une semaine, l'armée et Swiss helicopter auront livré plus de 170'000 litres d'eau à huit alpages. Mais les paysans se demandent si cette solution polluante fonctionnera à long terme.
L’hélicoptère «Ecureuil» multiplie les allers-retours, cet après-midi, entre les mille mètres d’altitude du Lac Noir et l’alpage Combi, 600 mètres plus haut. Objectif de ce ballet aérien, organisé ce jeudi 6 août par l’Etat de Fribourg et la protection civile: transporter des milliers de litres d’eau à l’alpage et remplir la citerne à sec du paysan qui fait paître ses vaches.
Mais aussi emmener des journalistes dans les hauteurs, pour montrer les opérations mises en place face à cette sécheresse «comparable à celles de 1976 et 2003». En effet, les alpages situés dans les Préalpes fribourgeoises «ont atteint les limites de leur réserve d’eau pour le bétail».
Ainsi, les districts de la Veveyse, de la Gruyère et de la Singine sont en état de «situation particulière», en principe jusqu’au 31 août. Ce qui a permis à Fribourg de faire appel à l’appui aérien de l’Armée suisse pour au moins trois jours, soit de mercredi à vendredi. «Sans l’aide de la Confédération, via l’armée, on n’arrivait pas à répondre à temps à toutes les demandes d’eau qui sont nécessaires pour les alpages», assure Christophe Bifrare, chef de l’Etat-major cantonal de protection de la population.
800 litres d’eau par voyage
Mobilisée depuis le 4 août dans le transport de l’eau dans les alpages inaccessibles par la route, c’est avec deux de ses «Super Puma» que l’armée soutient l’entreprise Swiss helicopter, engagée depuis le 28 juillet. Au total, huit alpages fribourgeois sur les 22 éligibles ont fait appel à ces livraisons spéciales. A bord de l’hélicoptère, on remarque que l’herbe des Préalpes tire comme rarement vers le jaune.
Suspendue à une dizaine de mètres de l’appareil du jour, la grande poche appelée «bambi bucket» peut contenir jusqu’à 800 litres d’eau. «D’ici à vendredi après-midi, en une semaine, l’armée et Swiss helicopter auront distribué ensemble plus de 170’000 litres d’eau, en une centaine de rotations», détaille Pierre Burton, chef de la Protection civile, chargée de coordonner les demandes.
Les membres de la PCi sont chargés de remplir la poche en bas – à l’aide d’une borne hydrante – et de la vider en haut. Les autorités en charge du Lac Noir n’ont pas autorisé le prélèvement directement à sa surface, contrairement à d’autres lacs de montagne de la région. Un pilote de Swiss helicopter est aux commandes de l’engin, qui coûte entre 43 et 45 francs la minute et effectue un aller-retour en 4 à 6 minutes. En une journée, cet hélicoptère a transporté quelques 20’000 litres d’eau à l’alpage.
«On ne sait pas si cela suffira…»
«L’approvisionnement en eau a été très bien organisé. Mais on ne sait pas si cela suffira pour le mois d’août», explique Therese Kohler, qui vit l’été sur l’alpage Combi avec son mari Hans. Tous deux espèrent le retour de la pluie. Leur alpage compte environ 80 vaches. Le plus petit de ceux qui ont été desservis atteint 15 génisses et le plus grand, environ 120 têtes de bétail, dont une bonne partie de laîtières traites pour la fabrication de gruyère d’alpage.
La Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts (DIAF), avec à sa tête le conseiller d’Etat PLR Didier Castella, a prévu un montant de 20’000 francs pour venir en aide aux alpages concernés. «L’armée permet de faire baisser la facture», exprime Jean-François Borcard, agriculteur et résident de la société fribourgeoise d’économie alpestre.
Il continue: «Dans les alpages qui ne sont pas desservis par la route, les réservoirs d’eau sont vides. La pluie n’est pas venue et la quantité de neige qui a fondu au printemps n’a pas suffi. Mener de l’eau en hélicoptère n’est pas une solution à long terme, alors on espère que la pluie arrive». «L’armée n’intervient pas pour des raisons financières», précise le brigadier Yves Charrière, en charge du soutien opérationnel. «Nous avons reçu une mission le 3 août et étions prêts à réaliser cette prestation le lendemain.»
Les hélicos, vraie solution contre la sécheresse?
Une question se pose, celle de la pollution engendrée par la multiplication des voyages en hélicoptère. «C’est une question d’urgence, exprime Christophe Bifrare. Les alpages ont besoin d’eau maintenant. Effectivement, les hélicoptères consomment du carburant et on peut se poser la question de leur bilan CO2.»
Pour l’homme en charge de la protection de la population, une telle opération peut enseigner beaucoup de choses. «Cela permet d’acquérir une connaissance de terrain. A l’avenir, il n’est pas exclu qu’on ait des risques d’incendies. Pour ce qui est du réchauffement global, on peut se demander s’il vaut mieux monter de l’eau en hélicoptère ou faire venir du fourrage par camions depuis la France ou l’Italie. Je laisse à chacun le soin d’en juger…»
A ce sujet, l’Office fédéral de l’Agriculture a récemment décidé de mesures exceptionnelles. Les taxes à l’importation de foin ont été supprimées, et celles pour l’importation de maïs fourrager vont été allégées. «Ravitailler les alpages en eau n’est qu’une partie de la solution», commente Christophe Bifrare.