Drame de Crans-Montana
Seuls deux centres spécialisés en Suisse peuvent soigner les grands brûlés

Après l'incendie ayant fait des dizaines de morts à Crans-Montana, les hôpitaux suisses sont mobilisés pour accueillir une centaine de blessés. Les grands brûlés ont été transportés dans les deux centres spécialisés du pays, à Lausanne et Zurich.
Les grands brûlés sont transportés, en priorité, vers le CHUV de Lausanne, qui possède un centre spécialisé.
Photo: AP
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

L'année 2026 n'aurait pu commencer de manière plus effroyable. Alors que les célébrations du Nouvel An battaient leur plein dans le bar Le Constellation, à Crans-Montana (VS), un violent incendie a éclaté dans le sous-sol. 

Lors d'une conférence de presse tenue le 1er janvier, Frédéric Gisler, commandant de la police cantonale, a annoncé que plusieurs dizaines de personnes ont malheureusement perdu la vie dans la catastrophe, tandis que près d'une centaine ont été blessées, parfois très gravement. Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat du Valais, a évoqué la présence de 40 ambulances, 10 hélicoptères et 150 professionnels de la santé. 

En réponse à ce drame, tous les hôpitaux du pays ont été mobilisés pour accueillir et soigner ces personnes. De nombreuses d'entre elles, souffrant de brûlures graves, ont été orientées vers le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ou encore à l'Hôpital universitaire de Zurich. 

D'après Joakim Faiss, responsable de la communication pour l'Hôpital du Valais, plusieurs collaboratrices et collaborateurs en vacances se sont annoncés spontanément pour apporter leur soutien. «À cette période de l’année, en raison de l’affluence générale, il n’y a toutefois pas de vacances accordées aux urgences et les effectifs sont au complet», nous indique-t-il. 

Tous les hôpitaux romands sont mobilisés

Or, même avec toute cette solidarité et les immenses efforts fournis, la situation dépasse ce que peut gérer le canton à lui tout seul. «Le Valais n'a pas la capacité de prendre en charge autant de blessés, indique une attachée de presse des HUG par téléphone. Aucun hôpital suisse ne pourrait y parvenir.»

Actuellement, 6 patients issus du drame de Crans-Montana se trouvent aux HUG. Quatre d'entre eux ont été héliportés sur place, tandis que deux autres personnes sont arrivées par ambulance. «Nous ne pouvons communiquer aucune information quant à leur état de santé et n'avons pas de visibilité sur les patients s'étant spontanément rendus aux urgences en voiture», ajoute notre intervenante. 

Les personnes gravement brûlées sont orientées en priorité vers le Centre romand des grands brûlés, intégré au Service de médecine intensive pour adultes du CHUV, ou réparties dans les hôpitaux de la région, selon les possibilités des établissements. 

Des centres spécialisés à Lausanne et Zurich

D'après Joakim Faiss, il s'agit d'une procédure habituelle pour traiter les grands brûlés, qui nécessitent des soins très spécialisés, uniquement dispensés dans deux centres dédiés en Suisse, à Lausanne et Zurich. «Au-delà d'un certain stade de brûlures, les centres spécialisés sont les seuls à pouvoir prendre en charge ces patients», déplore notre interlocuteur. 

En effet, les brûlures modérées (soit atteignant jusqu'à 15% de la surface corporelle) peuvent être soignées à l'hôpital. Les autres requièrent des soins très précis et longs, que ne peuvent déployer tous les établissements. Lorsque l'un de ces deux centres, à Zurich ou Lausanne, se trouve surchargé, les équipes se soutiennent et prennent en charge des patients. 

L'une des douleurs les plus intenses qui existent

D'après les informations du CHUV, les «grands brûlés» sont les patients atteints de brûlures de stade 3 (soit une destruction complète de la peau jusqu'à la couche graisseuse, sans douleur et sans régénération spontanée possible), ou alors d'une brûlure de stade 2 étendue (soit une atteinte du derme très douloureuse avec des cloques rompues, dont la guérison laissera forcément des cicatrices épaisses). 

Si la prise en charge est extrêmement complexe, c'est parce qu'elle est pluridisciplinaire et requiert de nombreux spécialistes. Il s'agit en effet de «l'un des traumatismes les plus sévères que peut subir le corps humain», avec l'une des douleurs les plus importantes et prolongées qui existent, ainsi que l'indique le site du CHUV. La guérison et la thérapie suivant la blessure peuvent, selon les cas, durer plusieurs années. 

Comment sont soignés les grands brûlés?

Le traitement au Centre romand des brûlés se déroule effectivement en quatre phases. D'abord, la phase aiguë concerne la stabilisation du patient, au Service de médecine intensive adulte du CHUV, afin que les fonctions vitales soient sauvegardées. Une fois la personne hors de danger immédiat, il s'agit de reconstruire sa peau, généralement au moyen de greffes. Cette phase intermédiaire se déroule dans le même service hospitalier. 

Une fois les chirurgies réalisées et le patient stabilisé, il peut quitter les soins intensifs pour retrouver le Service de chirurgie plastique et reconstructrice, qui dispose de chambres spécifiquement aménagées pour ce type de blessures. Les plaies résiduelles et les cicatrices sont alors soignées et surveillées de près, alors que la rééducation intensive démarre aussi vite que possible. Les thérapeutes, infirmiers, physiothérapeutes et ergothérapeutes peuvent être mobilisés pour aider la personne à retrouver, petit à petit, ses usages quotidiens. 

Reste alors la phase de réhabilitation, qui débute toujours à l'hôpital et se poursuit à la maison, parfois durant plusieurs années. Certaines personnes sont référées à la Clinique romande de réadaptation, située à Sion (VS), où elles reçoivent un soutien à long terme. Pour reprendre, autant que possible, leur vie. 

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