Tragédie Crans-Montana
Les blessés sont exposés à «une surinfection bactérienne» des poumons

Après l'incendie de Crans-Montana, les victimes ne luttent pas seulement contre des brûlures externes, mais aussi contre des lésions aux poumons. L'atteinte pulmonaire peut en effet déclencher une cascade d'autres problèmes, détaille le pneumologue René Fiechter.
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«Outre des brûlures externes, tous les patients ont subi un traumatisme par inhalation», indique-t-on à l'hôpital universitaire au sujet des six grands brûlés qui y sont traités.
Photo: Shutterstock
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Marian Nadler

Après l’incendie tragique de Crans-Montana, les victimes gravement brûlées doivent faire face à un long chemin de guérison. Lundi, le conseiller aux affaires sociales de la région italienne de Lombardie Guido Bertolaso, qui est également chirurgien, a toutefois pointé un autre défi. Pour les victimes italiennes, l’atteinte pulmonaire constitue un enjeu bien plus important que les brûlures externes, a indiqué le responsable local après une visite à l’Hôpital Niguarda de Milan, où douze blessés sont actuellement soignés.

«Tous ces jeunes ont inhalé des substances hautement toxiques, a déclaré Guido Bertolaso, lesquelles provoquent toute une série de complications, notamment infectieuses, qui peuvent être difficiles à maîtriser.»

De graves défaillances pulmonaires

Les atteintes pulmonaires sont en effet plus sévères que des brûlures. Mais comment cela est-il possible? Blick a posé la question à René Fiechter, spécialiste en pneumologie. Le médecin dirige trois centres de pneumologie à Aathal (ZH), Baden (AG) et Einsiedeln (SZ).

Contrairement à la peau, les poumons ne sont pas uniquement exposés à des agressions thermiques, explique l’expert. Les irritations toxiques supplémentaires, provoquées par l’inhalation de substances dangereuses comme le monoxyde de carbone ou le cyanure, peuvent entraîner une diminution de l’oxygénation de l’organisme, favoriser des infections pouvant mener à une défaillance multiorganique. A cela s’ajoute le risque de syndrome de détresse respiratoire aiguë, en d'autres termes d'une insuffisance pulmonaire.

Les poumons mis à rude épreuve

En médecine, les lésions des voies respiratoires et des poumons sont qualifiées de traumatismes par inhalation. Selon René Fiechter, ce type d'affection provoque souvent une obstruction des fines ramifications pulmonaires, essentielles pour acheminer l’air là où il est nécessaire. Leur taille réduite et leur structure fragile les rendent particulièrement vulnérables.

La liste des complications possibles est longue. Le pneumologue cite notamment le bronchospasme: les bronches se contractent de manière spasmodique, empêchant momentanément le passage de l’air. 

Les voies respiratoires peuvent ainsi se rétrécir. L’organisme peut donc manquer d’oxygène, tandis que le dioxyde de carbone s’accumule dans le sang. En résumé, les blessés font face à des risques d'obstruction des voies aériennes, de lésions cellulaires toxiques, d'affaiblissement des défenses immunitaires et de déficit en oxygène.

La régénération est possible

Les poumons ne parviennent plus toujours à éliminer efficacement les corps étrangers et les bactéries, poursuit le spécialiste. L’accumulation de ces substances est, elle, favorisée par le traumatisme d’inhalation. «Cela augmente le risque de surinfection bactérienne et peut mener à une septicémie», explique René Fiechter à Blick.

Face à ces constats, une question s’impose: les poumons des victimes de l'incendie peuvent-ils entièrement se rétablir? «La régénération pulmonaire est possible, surtout lorsque les lésions sont moins sévères. En revanche, en cas de dommages étendus, la récupération peut être incomplète et entraîner des limitations permanentes, précise le pneumologue. La guérison prend généralement plusieurs semaines et, dans les formes graves, une récupération totale reste rare.»

Lésions de la gorge aux poumons

Actuellement, des dizaines de victimes de l’incendie sont encore hospitalisées en Suisse et à l’étranger. Interrogé par Blick, l’Hôpital universitaire de Zurich a fait le point sur les six blessés graves toujours pris en charge dans ses services. 

«Outre des brûlures étendues, tous les patients ont subi un traumatisme par inhalation, explique le responsable de la communication Marcel Schlatter. Les gaz, les vapeurs brûlantes et les flammes ont provoqué des brûlures non seulement à la surface du corps, mais aussi à l’intérieur. Des lésions s’étendent de la gorge jusqu’aux poumons.» Plus de deux semaines après le drame, les personnes concernées doivent encore être maintenues sous respiration artificielle.

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