Féraud s'exprime enfin
Pourquoi le président de la Commune de Crans-Montana sort-il du silence?

Après s'être retiré de la vie publique pendant des semaines, Nicolas Féraud, le président de la Commune de Crans-Montana, accorde une interview et reconnaît ses erreurs. Mais pourquoi a-t-il tenu à prendre la parole maintenant?
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Nicolas Féraud s'est excusé et précise qu'il tient à assumer ses responsabilités.
Photo: Keystone
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Martin Meul et Janine Enderli

Il a longtemps gardé le silence, mais il est maintenant de retour. Le président de la Commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a reconnu ses erreurs dans une longue interview accordée à l'agence de presse Keystone-ATS. C'est la première fois qu'il rompt le silence depuis la désastreuse conférence de presse qui s'est tenue le 6 janvier passé. 

Ses propos avaient suscité l'indignation au-delà des frontières: «En tant que victime, la commune est la plus touchée, avant toutes les autres.» Les journalistes italiens étaient particulièrement en colère. Plusieurs d'entre eux ont demandé à Nicolas Féraud de démissionner.

Un retrait de la vie publique

Le président de la Commune ne s'était pas non plus excusé auprès des familles endeuillées. Après la conférence de presse, Nicolas Féraud est parti sous escorte policière. Par la suite, il s'est retiré de la vie publique durant des semaines. Personne ne savait vraiment où il se trouvait et s'il dirigeait encore l'exécutif de sa commune. 

La Commune s'est également montrée fermée et n'a pas réagi aux diverses tentatives de prise de contact. Autre fait marquant: les coordonnées de Nicolas Féraud et de la vice-présidente, Nicole Bonvin Clivaz, ont été retirées du site web de la commune de Crans-Montana. «Il fait des allers-retours entre la mairie et son domicile, et c'est tout», avait déclaré une source à Blick.

«J'ai pris trop de précautions au lieu de m'excuser»

Dans l'entretien accordé à Keystone-ATS, Nicolas Féraud raconte les heures difficiles qui ont immédiatement suivi l'incendie au «Constellation». Fait central: il reconnaît qu'il aurait dû directement s'excuser auprès des victimes. «J'ai pris trop de précautions au lieu de montrer mes sentiments et m'excuser.» 

Le politicien du Parti libéral-radical (PLR) sait que beaucoup le voient comme un complice, compte tenu des manquements liés aux contrôles de l'établissement. «Je ne peux pas m'expliquer ce manquement relatif à la fréquence des contrôles. Je ne pense pas que ce soit systémique», a déclaré l'homme de 55 ans. Face à ce constat, Crans-Montana a renforcé sa sécurité depuis le 19 janvier et a engagé des spécialistes pour le contrôle régulier des établissements publics. 

Nicolas Féraud subira-t-il des conséquences? «J'assumerai mes responsabilités si je suis mis en examen», déclare-t-il ouvertement à Keystone-ATS. «Jusqu'à présent, je n'ai pas encore été interrogé.»

«Je demande pardon aux victimes et survivants»

Face à Blick, Nicolas Féraud s'est dans un premier temps montré moins enclin à donner des informations. Ce mardi, alors que nous voulions nous entretenir avec lui devant l'administration communale, le président de la Commune saute dans sa Jeep et s'en va rapidement. L'après-midi, il nous répond tout de même par écrit, prenant position sur plusieurs questions.

Comme il l'a dit à Keystone-ATS, il répète à Blick qu'il a omis de s'excuser lors de la conférence de presse. Mais pourquoi le fait-il maintenant? «Je veux corriger mon erreur, en demandant pardon aux victimes et aux survivants.»

«J'aimerais tellement faire plus»

Le président de la Commune comprend que les choses avancent trop lentement aux yeux des personnes qui attendent des réponses. «J'aimerais tellement faire plus, et plus vite. Mais l'établissement des faits et des responsabilités est du ressort de la justice. Et je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle fait son travail.»

Dans l'interview accordée à Keystone-ATS, Nicolas Féraud a partagé sa douleur. «Je pleure tous les jours», s'est-il confié. Il a expliqué avoir dû faire appel à une aide psychologique pour surmonter la situation. «C'est le pire moment de ma vie et cela restera probablement ainsi pour le reste de mes jours.»

Il ne souhaite toutefois pas abandonner. «Jusqu'à la fin de mon mandat, je ne quitterai pas le navire au milieu de la tempête, par respect. Ce qui me motive, c'est l'engagement commun pour trouver des solutions pour l'avenir.» Les semaines et les mois à venir nous diront si un nouveau départ est possible. En attendant, l'enquête se poursuit.

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