Depuis ce week-end, on sait pourquoi le bar «Le Constellation» n’a pas été contrôlé pendant des années sur le plan de la sécurité incendie. Il ne s’agit pas d’un simple oubli local mais bien d’une débâcle informatique à l’échelle du canton!
Les autorités ont fait la sourde oreille à tous les avertissements, affirme l’ancien préposé cantonal à la protection des données et à la transparence Sébastien Fanti dans un entretien donné à Blick: «Je ne sais pas pourquoi le Canton n’a rien fait. Mon rapport a été présenté au parlement.»
Les faits lui donnent aujourd’hui raison. Après le renouvellement d’un logiciel important, des données ont été perdues et des contrôles ont été négligés. A l’origine de ce chaos: Jean*, l’informaticien qui gérait l’ancien système presque seul.
Selon les révélations de la «SonntagsZeitung», l’homme, en grande détresse psychologique, aurait commencé à faire chanter les autorités, menaçant de publier des données sensibles sur le dark web. Il a été arrêté en 2023 et interné en hôpital psychiatrique. Le logiciel a ensuite été désactivé, sans que les autorités n’aient accès aux données.
Conséquence particulièrement explosive: des écoles entières n’ont pas été contrôlées pendant des années, tout comme certains établissements publics à Crans-Montana.
Il devient de plus en plus clair que le Canton, qui a jusqu’à présent rejeté la responsabilité sur la commune, aurait pu – et peut-être même dû – intervenir dans les contrôles de sécurité incendie qui ont été négligés. Sébastien Fanti avait déjà enquêté sur les problèmes informatiques en 2022 et mis en garde avec insistance, insiste-t-il lors d’un entretien avec Blick: «En 2022, j’ai signalé que le Canton du Valais avait des problèmes avec le logiciel utilisé pour la sécurité incendie de certaines communes. Mais le Canton n’a rien fait. Je m’attendais à ce que les autorités prennent mes avertissements au sérieux.»
L’enquête actuelle pourrait avoir des répercussions pour le Canton, estime Sébastien Fanti: «Les autorités pourraient être tenues pour coresponsable du chaos, car elles ont confié les données à un tiers sans s’assurer de l’existence d’une copie de sauvegarde et sans effectuer les contrôles imposés par la loi aux sous-traitants. A cela s’ajoute le fait qu’il s’agit de données sensibles.»
Le chef de la sécurité du Canton
L’actuel chef de la sécurité du Canton du Valais est Stéphane Ganzer. Il a été élu en mars 2025. Au moment de la débâcle informatique, il ne faisait pas encore partie du gouvernement. Son prédécesseur est Frédéric Favre, qui était chef de la sécurité pendant la débâcle informatique. Il ne s’est pas encore exprimé sur les nouvelles révélations. Il occupe actuellement le poste de CEO de l’association «Jeux olympiques et paralympiques Switzerland 2038», raison pour laquelle il a renoncé à une nouvelle candidature au Conseil d’Etat.
De son côté, Sébastien Fanti a démissionné avec fracas de son poste de préposé à la protection des données et à la transparence en 2022 et travaille à nouveau comme avocat. Il représente actuellement des proches et des personnes concernées par l’incendie. Il déclare clairement: «Les familles que je représente demandent que cette affaire soit traitée de manière claire, rigoureuse et approfondie – c’est le moins que l’on puisse faire pour les victimes de Crans-Montana.»
Des manquements mis en lumière
Les problèmes informatiques des contrôles de sécurité incendie valaisans ont été évoqués vendredi dernier lors de l’audition de l’actuel chef de la sécurité de Crans-Montana. Selon lui, des informations décisives lui auraient fait défaut lors de son entrée en fonction au printemps 2024.
En effet, pendant des années, Jean, l’informaticien instable, a géré lui-même le logiciel de contrôle cantonal pour les pompiers, «VS-Fire». A la fin de l’année 2022, il a commencé à faire du chantage aux autorités. Selon le «Walliser Bote», le contrat pour le logiciel de l’Office cantonal du feu (OCF) aurait été résilié à l’époque. Il a exigé 100’000 francs et a menacé de publier des données sensibles sur le Darknet. Début 2023, l’homme a été placé en détention provisoire, mais il a ensuite été acquitté pour cause de folie et interné dans un hôpital psychiatrique. Le logiciel a été mis hors service.
Suffisamment de personnel dans la commune?
De nombreuses données ont ainsi disparu, auxquelles les autorités n’ont pas eu accès depuis. Cela a entraîné des problèmes qui ont apparemment été longtemps ignorés, y compris par le président de la commune Nicolas Féraud qui, selon le chef de la sécurité, était au courant des problèmes. Comme ce chef de la sécurité devait reconstruire manuellement les contrôles, il aurait demandé à la commune de lui fournir plus de postes, mais ceux-ci lui auraient été refusés, bien que le problème soit suffisamment connu.
Une inaction dangereuse
A Crans-Montana, les effets de cette dangereuse inertie sont bien réels. Plusieurs écoles n’ont pas été contrôlées pendant des années. On cite entre autres l’Ecole de Corin, l’Ecole Montana-Village et le Centre Scolaire intercommunal.
Les premières conséquences de la nuit de l’incendie ont déjà été tirées. Le Grand Hôtel du Golf et Palace à Crans-Montana a été fermé en pleine saison haute en raison de graves manquements.
Selon l’avocat Sébastien Fanti, ce n’est qu’un début. Du moins pour les autorités cantonales qui ont jusqu’à présent toujours souligné que la responsabilité de la protection contre les incendies en Valais incombait exclusivement aux communes: «Au vu des nouvelles informations, le Canton doit se préparer à répondre à des questions très délicates.» Selon lui, le Canton «ne sortira pas indemne de cette catastrophe informatique». L’avocat déclare: «Il sera difficile d’affirmer qu’il n’avait pas connaissance des lacunes dans les contrôles de sécurité incendie.»
Mais il émet aussi un doute, plus discret, sur la volonté réelle d’aller jusqu’au bout au Valais: «Je me demande si la procureure Béatrice Pilloud osera poursuivre et accuser le Canton – ou plus exactement les personnes responsables au sein des autorités cantonales – pour cette débâcle informatique.»
*Prénom d'emprunt