Dans l’affaire de Crans-Montana, le temps des attaques frontales est venu. En Suisse, il est symbolisé en premier lieu par l’avocat Sébastien Fanti, avocat de quatre familles de victimes de l’incendie (deux valaisannes, une française, une italienne). Mais aussi figure valaisanne de la protection des données et de la transparence, connue pour sa manière directe.
Le 6 janvier, dans «Le Parisien», il est le premier à estimer que le drame met au jour une faillite plus large du système de contrôle. «Tout le monde dans la station savait que cet établissement n’était pas contrôlé. Les patrons des autres établissements le savaient, tout le monde ignorait pourquoi, alors qu’ils l’étaient régulièrement.»
Il va plus loin, révèle qu’aucun des quatre biens immobiliers que les propriétaires possédaient à sa connaissance n’était soumis à des hypothèques. «Je suis avocat, j’ai 54 ans, cela fait vingt ans que je bosse et j’ai des hypothèques sur chacun de mes biens. Je n’ai aucun client étranger qui s’installe en Suisse sans faire d’hypothèque.»
En mode survie
Quand on le contacte le 8 janvier, il répond illico, mais pour dire qu’il est «en mode survie, avec 172 demandes d’interviews reçues en quatre jours»! Le lendemain, jour de deuil national, il s’embarque d’ailleurs pour la France, après avoir dénoté ses motivations sur la chaîne Canal9.
Il s’agit pêle-mêle de la lenteur consternante des procédures, qu’il n’estime pas adaptée à l’importance de la tragédie. Mais aussi de la réputation en péril du Valais et des Valaisans, avec de potentiels dégâts pendant des années. Et enfin de «la situation de guerre actuelle, avec des enfants hospitalisés loin de chez eux, des parents dans le désarroi qui ne disposent clairement pas de l’aide et de l’assistance nécessaires».
Pour lui, tout ce qui pourra contribuer à augmenter et à accélérer le processus est central: «Continuez à nous écrire, continuez à nous envoyer vos vidéos et vos documents, on les portera à la procédure! Parce que, aujourd’hui, on doit aller très vite pour la mémoire des 40 personnes décédées et des autres.» L’ampleur des mouvements de défense des victimes va en grandissant. Une procédure miroir existe déjà à Paris, à Milan, en Belgique. Une vingtaine d’avocats sont impliqués, leur nombre pourrait monter jusqu’à une cinquantaine.
Sébastien Fanti s’interroge, virulent: «Le Valais n’a ni les moyens, ni les compétences, ni les ressources pour traiter une enquête de ce type. Soit on prend la mesure de la gravité de la situation et on débloque des moyens exceptionnels pour instruire rapidement, soit on va se retrouver avec un procès qui aura lieu dans dix ans...»
Crans-Montana, commune riche
Ailleurs en Suisse, l’avocat genevois Romain Jordan, qui défend une dizaine de familles de victimes, n’est pas en reste. Le 7 janvier, s’appuyant sur une vidéo de 2019 montrant un serveur du bar s’inquiétant du feu possible au plafond, il en déduit qu’«il y avait une conscience de ce risque et que possiblement ce risque a été accepté.
D’un point de vue juridique, cette conscience du danger peut modifier la nature des poursuites. Si vous avez connaissance d’un risque et que vous acceptez de le prendre à ce moment-là, vous n’êtes plus victime de négligence, mais d’une forme d’intention d’homicide.»
Comme tant d’autres hommes de loi, il accuse la commune: «Ce qui choque mes clients, c’est la longueur de l’absence de ces contrôles. Cinq ans, ce n’est pas par manque de moyens. La commune de Crans-Montana est une commune riche. Il y a une incompréhension, une sidération, une consternation complète du côté des familles à cet égard.»
Conférence indécente
Quant à Jean-Luc Addor, avocat des parents de l’une des victimes et interrogé peu après la conférence de presse justificative des autorités de Crans-Montana, il parle sur Léman Bleu de «cacophonie», d’une intervention «choquante»: «Il est indécent qu’on les laisse s’exprimer hors procédure. De plus, cela n’a servi qu’à les enfoncer toujours davantage. On a le sentiment que le Ministère public a laissé la part belle à la commune, alors que nous en sommes réduits à avoir plus d’infos par les médias que par la voie officielle.»
L’image du Valais? «Je regrette que, devant un tel drame, on n’ait pas le sentiment que l’enquête est menée avec toute la rigueur. Refuser les parties plaignantes et au moins leurs représentants lors des auditions va affecter leur validité. Ce n’est pas ainsi qu’on va casser l’image de copinage du Valais, même si cette dernière est largement faussée.» Il réclamait aussi que la qualité de partie plaignante soit refusée à la commune, vœu qui se réalisera le 12 janvier.
«Un délit intentionnel»
Un seul exemple à l’étranger, mais édifiant, est celui de l’avocat italien Alessandro Vaccaro, qui représente la famille du jeune golfeur Emanuele Galeppini. Pour lui, «si vous gérez un établissement fréquenté par des mineurs, que vous laissez entrer deux fois plus de personnes que la capacité autorisée, que vous utilisez des bougies, que vous ne garantissez pas la sécurité des issues de secours, vous acceptez le risque qu’une catastrophe se produise. Il ne s’agit pas d’un délit par négligence, mais d’un délit intentionnel. Nous parlons d’homicide volontaire, avec des peines complètement différentes.»
Lui aussi met en cause les autorités. «Le Constellation n’aurait jamais dû fonctionner comme une discothèque et, surtout, il n’aurait pas dû accueillir des mineurs en l’absence totale de sécurité. C’était un ancien bunker transformé en un établissement dépourvu de toute sûreté. Il n’y avait qu’une seule issue, un escalier très étroit et une porte de sécurité qui s’ouvrait vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur. Les matériaux utilisés étaient hautement inflammables, les panneaux insonorisants n’étaient pas ignifugés et on ne savait même pas où se trouvaient les extincteurs», s’avance-t-il.
Cet article a été publié initialement dans le n°03 de «L'illustré», paru en kiosque le 15 décembre 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°03 de «L'illustré», paru en kiosque le 15 décembre 2026.