Deux mois après l'incendie de Crans-Montana qui a fait 41 morts et 115 blessés, le soutien psychologique aux victimes prend une importance capitale. Pour le psychologue et psychothérapeute Philip Jaffé, l'amour des parents pour leurs enfants doit l'emporter.
Outre les douleurs liées au drame, les blessés doivent ou devront apprendre à vivre avec le regard des autres. «Ces grands brûlés portent des stigmates visibles. Il s'agit de cicatrices peu fréquentes dans la vie de tous les jours. Ces victimes vont rapidement se rendre compte que la majorité des gens qui vont les croiser détourneront leur regard», relève Philip Jaffé, dans un entretien accordé à Keystone-ATS. «Si la reconstitution chirurgicale a énormément évolué, on reste dans l'approximation. Leur look actuel, pour certains, est/sera loin du précédent», ajoute-t-il.
Aider les victimes à se reconstruire passe par le recours à des professionnels. «L'accompagnement psychologique doit se faire en deux phases: d'abord à l'hôpital, puis à la sortie du patient», raconte Philip Jaffé. «Ces temps d'écoute doivent permettre d'apprendre à vivre, à accepter son corps défiguré, à recréer une forme d'estime de soi, ce qui n'a rien d'évident. Si certaines victimes préféreront éviter de se regarder dans un miroir, en général, le processus porte ses fruits. Il amène à une certaine réconciliation avec qui l'on est devenu.»
«Manager leur colère»
Pour l'entourage, il n'est pas anodin de devoir s'occuper sur le long terme d'un enfant meurtri. «Les proches des victimes vont devoir effectuer un immense travail sur eux-mêmes pour être en paix par rapport au drame, à la nouvelle donne qui en découle et le rappel constant de la situation qu'ils vivront lorsqu'ils regarderont l'être aimé», détaille le psychologue.
«Certains n'y arriveront pas et devront surtout manager leur colère», estime le professeur honoraire de l'Université de Genève. «Pour ces personnes, cela se traduit, pour l'instant, par rejeter la faute tous azimuts (sur les gérants du bar, les autorités judiciaires, etc). Il s'agit pour ces personnes de gérer leurs traumatismes, en sachant que leur envie de vengeance ne doit pas aller jusqu'à commettre un geste malheureux (ndlr: en s'en prenant à autrui).»
Quant aux victimes, «elles risquent de passer par des épisodes dépressifs qui vont affleurer selon l'âge et les moments de la vie. Ils peuvent s'accompagner de comportements nocifs comme sur une surconsommation d'alcool, une prise de drogue ou des abus de médicaments contre la douleur afin de davantage supporter, oublier et parvenir à maîtriser son vécu... durant un temps. Le risque de suicide est statistiquement bas en pareil cas», note Philip Jaffé.
Accepter les corps meurtris
Pour aider à cette acceptation d'un corps meurtri, le psychologue rappelle l'existence de plusieurs associations venant en aide aux personnes brûlées. «Leurs conseils peuvent être extrêmement soutenants», estime-t-il.
Et de poursuivre: «on dit souvent que la beauté est intérieure. C'est facile de tenir de tels propos lorsque vous êtes une mannequin ou une star de la télévision. Ici, la situation est bien différente. Je reste convaincu que l'on peut être attiré par des personnes dont les traits de caractère l'emportent sur une enveloppe peu aguichante.» Au final, «l'amour voué par des parents à leurs enfants doit l'emporter sur le drame», conclut Philip Jaffé.