Depuis deux mois, la population suisse a fait preuve d'une immense empathique vis-à-vis des victimes du drame de Crans-Montana et de leurs proches. Cela a notamment été le cas lors de l'hommage national rendu à Martigny, de diverses marches blanches ou d'événements religieux (enterrements, messes).
Si tous ces moments partagés ont été d'un réconfort certain pour les victimes et leurs proches, l'hommage national du 9 janvier à Martigny a marqué le psychologue Philip Jaffé. «L'ampleur du soutien national a été unique dans notre Histoire», estime le Genevois. «L'hommage rendu à Martigny a démontré la capacité des Suisses à répondre aux multiples critiques venant de l'étranger. A cette occasion, nous avons su montrer qui nous sommes vraiment», relève-t-il.
Créer un lien du souvenir
Pour le psychologue et psychothérapeute spécialiste de la jeunesse, il faut désormais aller plus loin: «Je suis un grand fan des commémorations et des lieux consacrés à ce genre d'événements d'une ampleur exceptionnelle. Le drame de Crans-Montana a marqué la vie d'une communauté pour les deux prochaines générations. Il est dès lors essentiel de créer un lien permanent du souvenir (ndlr: dans la station).»
Selon lui, «ce drame, c'est un instantané dans la vie de ces jeunes. Ceux qui ont survécu et leurs familles vont désormais en devoir en gérer les stigmates, les questions légales, les problèmes d'assurances et vivre avec une nouvelle trajectoire de vie», constate-t-il. Pour les aider sur le long terme, «il faudrait se doter d'une task force dérivée de la LAVI, à l'image de la structure mise en place pour les vétérans qui rentrent de la guerre dans divers pays étrangers. Cette structure serait à disposition, sur une base volontaire pour les victimes et leurs proches.»
Un baromètre de la culpabilité
Au niveau judiciaire, Philip Jaffé attend surtout le règlement des procédures civiles. «Sur ce point, il me semble régner peu de solidarité entre avocats», estime-t-il. «Il risque d'y avoir de la compromission et des arrangements bien différents dans le règlement de chaque demande d'indemnisation. Les procès civils vont permettre de mesurer la culpabilité morale des acteurs de ce drame. L'impact du procès pénal me semble secondaire» au vu des peines possibles encourues, soit au maximum 4,5 ans de prison ferme, estime-t-il.