Révision de la loi vaudoise
Des grands-parents veulent faire interdire les polluants dans la construction

Ils veulent prévenir des atteintes à la santé et à l'environnement, et éviter une catastrophe comme celle de l'amiante. Dans le cadre de la révision de la loi sur les constructions, les grands-parents pour le climat Vaud taclent le Conseil d'Etat et montent au front.
Un toit de halle agricole enduit d'époxy dans le canton de Vaud. Cette résine, qui contient notamment du Bisphenol A, est à proscrire dans la construction, selon les Grands-parents pour le climat.
Photo: Blaise Kormann
Camille Krafft_Blick_DSC_1396 (1) copie.JPG
Camille KrafftJournaliste Blick RP

Pour eux, l'utilisation de matériaux vertueux dans la construction ne devrait «plus être un choix mais une obligation». Dans le cadre de la révision de la Loi sur l'aménagement du territoire et des constructions (LATC), les Grands-parents pour le climat, section vaudoise, montent au front. Leur cible? Les matériaux polluants portant atteinte à la santé et à l'environnement, qui doivent être «interdits à tout prix», selon un communiqué diffusé ce jour. 

D'après l'organisation, l'avant-projet de loi présenté par le Conseil d'Etat «se veut vertueux» mais «manque curieusement d’ambition», en se contentant d’inciter à l'utilisation de matériaux de construction à faible impact climatique et environnemental. Les Grands-parents estiment que les améliorations proposées pour faire face aux défis climatiques «ressemblent à une coquille vide». Ils proposent l'introduction d'un nouvel article de loi 103b interdisant les matériaux polluants, «sans attendre en traitant ce sujet de manière séparée de la révision de la LATC, dont la durée sera certainement de 2 à 3 ans.»

«
J'ai l'impression qu'on veut à tout prix une économie saine, et tant pis si l'environnement est malade
Yves Golay, membre des Grands-parents pour le climat Vaud
»

«Je ne comprends pas pourquoi nos autorités sont aussi laxistes sur ce sujet, alors que certains matériaux sont connus comme dangereux. Vont-elles attendre des décennies avant d’agir, comme pour l'amiante? J'ai l'impression qu'on veut à tout prix une économie saine, et tant pis si l'environnement est malade», commente Yves Golay, expert en durabilité et retraité. Ancien responsable de la construction durable au Service immeubles, patrimoine et logistique de l'Etat de Vaud, il avait été à l'origine du nouvel article de loi sur l'amiante dans la LATC en 2010.

Des situations «très dangereuses»

Dans leur prise de position sur l’avant-projet de révision de la Loi, les Grands-parents pour le climat Vaud rappellent qu'aujourd'hui, seul le standard ECO de l’association Ecobau, dans le chapitre Polluants, fixe des exigences en interdisant certains matériaux. Au chapitre Biodiversité et cycle de l’eau, il interdit également les éléments de construction de toitures et de façades contenant des métaux lourds et exposés aux intempéries. 

Mais même ce standard «ne tient pas encore compte de situations très dangereuses», comme la couverture de toitures agricoles avec des tôles métalliques revêtues d’époxy, une résine utilisée notamment pour l'étanchéité. Cette substance, qui se dégrade sous l'effet des UV, de l'humidité et des variations de température, est principalement issue de la réaction entre l'épichlorhydrine et le bisphénol A ou S. Des substances très controversées, en raison de leur activité en tant que perturbateurs endocriniens, à savoir leur capacité à modifier l’équilibre hormonal.

Atteinte à la santé et aux sols

«Je suis persuadé que l'époxy pollue. Or, beaucoup de toits de halles agricoles en sont recouverts dans le canton. Cela pourrait, à terme, prendre la même ampleur que le scandale de la dioxine. Est-ce qu'on s'étonnera alors naïvement des coûts de la dépollution?», demande Yves Golay. Pour les Grands-parents pour le climat Vaud, «en renonçant à être exigeant sur ce thème, l’Etat de Vaud continue de permettre des atteintes à la santé des occupants des bâtiments ainsi qu'aux sols, ce qui impacte l'humain, le bétail et les cultures agricoles.»

«
En renonçant à être exigeant sur ce thème, l’Etat de Vaud continue de permettre des atteintes à la santé des occupants des bâtiments ainsi qu'aux sols
Les Grands-parents pour le climat Vaud
»

Outre cette question des matériaux polluants, les Grands-parents pour le climat Vaud prennent position sur les plans d'affectation. Selon l'organisation, «le contenu de ces derniers doit inclure à l’art. 24 ou dans le RLATC des vraies mesures sans ambigüité pour atteindre la sobriété, résoudre la crise du logement et permettre un vrai retour de la nature en ville».

Articles les plus lus