L'un des ouvrages majeurs de la 3e correction du Rhône, celui touchant le Chablais, franchit une étape-clé avec sa mise à l'enquête publique. Elle doit notamment permettre de renforcer durablement la protection de toute cette région contre les crues sur 14 km. Son coût total se monte à 368 millions de francs.
Cette Mesure prioritaire (MP) du Chablais – fruit de dix ans de travail – vise aussi à valoriser la biodiversité, améliorer l'accueil du public et les usages des espaces riverains, ont rappelé jeudi à Aigle les Cantons de Vaud et du Valais. La mise à l'enquête publique est prévue du 3 octobre au 2 novembre prochain. Il s'agit de la plus grande mesure prioritaire bicantonale de la 3e correction du Rhône (Rhône 3).
14km de travaux
La MP Chablais prévoit l'élargissement du lit du Rhône, dont la largeur moyenne passera de 60 à 90 mètres, ainsi que le renforcement des ouvrages de protection existants et la construction de nouvelles digues. Ces aménagements sont «dimensionnés pour protéger durablement la plaine contre une crue extrême», ont souligné face aux médias les ministres de l'environnement des deux cantons, respectivement Vassilis Venizelos (Vaud) et Franz Ruppen (Valais). «C'est le meilleur équilibre possible trouvé entre sécurité, biodiversité, accueil du public et mobilité», ont-ils résumé.
Les futurs travaux s'étendent sur 14 km entre Bex et Yvorne, traversant le territoire de six autres communes: Ollon, Aigle, Massongex, Monthey, Collombey-Muraz et Vouvry. Leur achèvement est prévu à l'horizon 2040-2045. La gestion des recours, les procédures d'autorisation et la préparation du chantier devraient durer cinq ans au moins et les travaux environ dix ans, a-t-il été précisé.
Environ 50% pour la Confédération
Dans le prolongement des différentes mesures déjà réalisées ou actuellement engagées dans le Chablais, à savoir la Mesure anticipée des Iles des Clous (MAIC), la Mesure anticipée des Grandes Iles (MAGI), la Mesure prioritaire du Delta (MP Delta) et l'aménagement du Rhône entre Bex et Massongex (MBR3), la MP Chablais constitue «la pièce maîtresse de la 3e correction du Rhône dans la région», ont souligné les deux conseillers d'Etat.
Les travaux sont devisés à 368 millions de francs. «Un coût qu'il faut mettre en rapport avec le montant de 2,2 milliards de francs de dégâts potentiels liés à des crues extrêmes dans cette région», a relevé Franz Ruppen.
La Confédération prendra en charge entre 47% et 57% des coûts. Le solde sera assumé par les Cantons du Valais et de Vaud - entre 20% et 25% chacun -, ainsi que par les communes valaisannes et vaudoises, entre 2% et 3%.
Plus de liberté, plus de biodiversité
Au-delà du renforcement de la protection contre les crues, la MP Chablais va permettre de «redonner plus d'espace et de liberté au fleuve», a expliqué Sébastien Beuchat, directeur de la Direction vaudoise des ressources et du patrimoine naturel. «Le Rhône pourra davantage divaguer et créer des milieux alluviaux riches en biodiversité», a-t-il dit.
Les nouvelles digues seront plus naturelles, les forêts riveraines seront renforcées et de nombreuses espèces pourront se réinstaller. «Cette plus-value environnementale attendue est importante et le Rhône pourra à nouveau remplir toutes ses fonctions écologiques», a-t-il affirmé. Jusqu'à 300 mètres d'élargissement au maximum sont prévus par endroits pour ces objectifs environnementaux.
Des aménagements dédiés à la mobilité douce et à l'accueil du public sont aussi intégrés, avec de nouveaux itinéraires. But: renforcer l'accessibilité et la valorisation des espaces riverains. Trois nouvelles passerelles pour la mobilité douce permettront de relier les centres urbains des deux cantons entre eux. Dix-sept haltes pour le public sont prévues.
Impacts agricoles atténués
Le projet permettra également de redonner des perspectives de développement économique aux secteurs aujourd'hui soumis à des restrictions liées aux zones de danger, en sécurisant notamment les zones industrielles de Monthey, Collombey-Muraz, Aigle et Vouvry, ont encore affirmé les deux ministres cantonaux.
Ce projet chablaisien de correction du Rhône a par ailleurs une emprise sur les surfaces d'assolement (SDA), soit les terres agricoles les plus précieuses de Suisse nécessitant une protection. «Les impacts sur l'agriculture ont été atténués grâce à une réduction importante de 40% de cette emprise sur les SDA, passant de 33 hectares initialement à désormais 20 hectares», a encore indiqué Franz Ruppen.
Cette diminution a notamment été rendue possible par le recours à des digues intégrées, par un élargissement plus limité le long des parcelles agricoles et par l'affinement des modèles hydrauliques. Les impacts résiduels du projet sur l'agriculture ont aussi été pris en compte à travers différentes mesures de compensation.