Il a enfin brisé son silence, au coeur de la polémique qu'il incarne. Ce 22 février, dans les colonnes du «Matin Dimanche», l'ex-grand argentier du canton de Vaud Pascal Broulis a évoqué pour la première fois l'affaire du bouclier fiscal. D'abord, dit-il, par solidarité envers les collaboratrices et collaborateurs de l'administration des impôts, soumis à «d'énormes pressions» et des «impulsions contradictoires». Ensuite, pour expliquer son point de vue, alors que le Ministère public vaudois vient de se pencher sur le dossier.
Le Canton aurait perdu entre 500 millions et un milliard de francs, en conséquence de la sous-taxation de certains contribuables fortunés de 2009 à 2021. Assurant n'avoir été mis au courant de problèmes dans l'application du bouclier fiscal qu'en 2019, Pascal Broulis indique avoir porté l'information au Conseil d'Etat l'année suivante. «Il n’y a pas de poussière sous le tapis et je n’ai pas besoin de protection, a-t-il insisté dans les pages du journal dominical. Le bouclier fiscal n’a jamais été une échappatoire pour les contribuables. Il a toujours directement servi la solidité des finances vaudoises et participé à la diversité de ses revenus.»
L'enquête pénale ne lui fait pas peur, assure-t-il, certain de n'avoir exercé «aucune ingérence dans les dossiers des contribuables». Avant d'insister, en fin d'interview, sur l'utilité du bouclier pour éviter la confiscation fiscale.
La gauche accuse Pascal Broulis de «noyer le poisson»
Or, du côté de la gauche, les propos de l'ancien grand argentier vaudois ne convainquent pas. Comme le rapporte «24 Heures», le député Hadrien Buclin (Ensemble à Gauche et POP), membre de la Commission des finances, estime en effet que le désormais conseiller aux Etats a un «sacré toupet» d'affirmer que le bouclier fiscal n'a pas profité à certaines fortunes: «Pascal Broulis passe aussi comme chat sur braise sur le fait que le parlement n’a pas été informé des enjeux lors de la modification votée en 2021», pointe-t-il notamment, auprès de nos confrères.
Même son de cloche pour Romain Pilloud, président du PS Vaud, qui accuse Pascal Broulis de «noyer le posson» dans l'interview accordée au «Matin Dimanche», en niant sa responsabilité personnelle dans l'affaire. «Nous ne sommes pas déçus par sa prise de parole, du fait que nous n’en attendions pas autre chose, déclare-t-il, toujours à '24 Heures'. En définitive, cela appelle à des investigations supplémentaires.»