En cas de subsides inexistants ou insuffisants
Et si je n'arrive plus à payer ma prime maladie?

Grands oubliés, les salariés qui n'ont pas droit à des subsides à l'assurance maladie, ou des subsides devenus insuffisants, s'enfoncent dans la dette. Ce qui leur interdit de changer de caisse maladie, aggravant leur situation déjà précaire.
Toujours plus nombreux: les assurés qui n'arrivent pas à payer leur prime et n'ont pas droit à des aides
Photo: BLICK
DSC03380.png
Myret ZakiJournaliste Blick

Que deviennent les assurés qui n'arrivent pas à payer leurs primes maladie? On évoque souvent les assurés bénéficiant de subsides. Ces derniers ont dallleurs explosé sous l'effet de la flambée des primes maladie: leur montant a quintuplé en 30 ans, selon les statistiques de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Mais qu'en est-il de ces assurés qui, soit n'ont pas droit à ces réductions de primes, soit touchent des subsides insuffisants? Ces cas de figure se font toujours plus nombreux.

Les working poors, ces grands oubliés

«Chaque année, nous voyons plus de personnes en difficulté, constate Johanna Velletri, directrice de la Fondation genevoise de Désendettement. Ce sont également des working poors qui se situent juste au-dessus des barèmes des aides, qui font face à des montants élevés d’impôts et de loyers, et qui même avec un salaire correct n'arrivent pas à payer leur assurance maladie, toujours plus chère. Ces personnes, qui sont en emploi et n'ont pas toujours droit à des aides, n'arrivent pas à sortir de la spirale de l'endettement».

«
Tant qu’ils ont une dette envers leur caisse maladie, les assurés ne peuvent pas changer de caisse
Johanna Velletri, directrice de la Fondation genevoise pour le désendettement
»

Souvent en effet, leur parcours passe par la dette et par la cessation de paiement, explique Johanna Vellerti. «Un des problèmes majeurs que nous rencontrons concerne l'impossibilité de changer de caisse en cas d'impayés. Le désendettement est alors le seul et unique moyen pour pouvoir changer de caisse maladie».

Ce mois d'octobre, témoigne Johanna Vellerti, «la nouvelle hausse de primes annoncée est une source d'inquiétude pour les personnes faisant appel à notre Fondation, conscients de l'impact financier sur leur budget».

Les hausses de primes interfèrent avec le système des subsides. «Une prime élevée peut excéder le montant couvert par les subsides», explique Johanna Vellerti. Les subsides sont en effet calculés en fonction de la prime moyenne cantonale. «Avec des subsides devenus insuffisants, ces personnes continuent à amplifier leur dette», poursuit l'experte. En pareils cas, les personnes endettées qui sont à l'aide sociale courent le risque de devoir payer un supplément non couvert par le subside, en le prenant sur leur minimum vital.

Subsides dépassés par les primes

Tout comme les personnes qui travaillent et n'ont pas droit à l’aide sociale et dont les primes sont trop élevées: elles se retrouvent elles aussi en situation précaire, et s'enfoncent aussi dans la dette, ce qui les rend ensuite captives de leur caisse.

De même, une prise en charge à 100% par un subside fixé sur la base de la moyenne cantonale ne suffira pas si la personne est affiliée à une caisse qui coûte plus cher que la moyenne du canton, note la directrice de la Fondation genevoise pour le désendettement.

Le nombre des assurés pris à la gorge a augmenté au fil des ans, d'après les statistiques de l'OFS. Entre 2015 et 2025, les paiements des cantons pour les «cessations de paiements en souffrance» dans l'assurance maladie ont augmenté de 30% au niveau national. Les dettes recensées comprennent non seulement les primes impayées, mais également les franchises et quotes-parts, ainsi que les intérêts et frais de poursuite.

Genève a le record de primes impayées

La situation à Genève dépasse les autres cantons en gravité, si l'on décortique les chiffres de l'OFS: on y découvre qu'en 2025, le canton du bout du lac comptait 41’310 assurés avec «cessation de paiements en souffrance» dans l'assurance maladie. C’est, de loin, le nombre le plus élevé en comparaison suisse. Le canton suivant est Vaud, 1,6 fois plus peuplé, avec deux fois moins de cas, soit 22’132 cas.

Lorsque les arriérés des caisses maladie sont transmis à l’Office des poursuites, cela peut prendre la forme d'une saisie sur le salaire, indique Johanna Vellerti. Sinon, cela devient un acte de défaut de biens. C'est alors le canton qui prend le relais, et verse 85% du montant de l’acte de défaut de biens à l'assurance. Si la personne arrive finalement à payer ses primes, l’assurance rembourse le 50% de ce montant à l’Etat. «Au final, l’assureur, lui est rarement perdant dans l’équation», conclut Johanna Vellerti.

Les assurés tombés dans l'endettement ne se retrouvent toutefois pas sans couverture d'assurance. Depuis 2012, suite à une modification législative, les prestations des caisses ne sont pas suspendues. Les assurés peuvent donc continuer à être soignés. «Cela reste toutefois largement théorique, souligne Johanna Vellerti: les assurés, par mesure d'économie, optent fréquemment pour la franchise maximale à 2500 frs. La crainte de ne pouvoir en assumer les coûts les pousse à renoncer à leurs soins». Dès lors, si l'accès aux prestations reste possible en théorie, dans la pratique, quand l'assuré précaire doit payer les premiers 2500 frs avant d'en bénéficier, il n'en a généralement pas les moyens.

Articles les plus lus