Tout commence par une altercation apparemment banale entre recrues suisses alémaniques et romandes. A la caserne de Payerne (VD), des soldats de Suisse alémanique se permettent de corriger la tenue de leurs camarades romands. Un geste mal vécu, qui déclenche un échange verbal tendu.
Mais très vite, le ton monte. Les moqueries se transforment en harcèlement, puis basculent clairement dans le racisme. Dans un groupe WhatsApp de la «Zug Dütschschwitzer» (section suisse alémanique), une recrue de 22 ans diffuse une vidéo montrant l’un des soldats romands à la peau foncée en train de danser. Le commentaire qui l’accompagne est explicite et insultant «N**** de merde», « Fils de p*** ».
D'autres images racistes sont ensuite publiées: celle d'un torse féminin éventré et pénétré par un pénis noir, celle d'un levier de vitesse de voiture en forme de croix gammée et celle d'une photo d'Adolf Hitler et d'Angela Merkel, avec les inscriptions «mauvaise époque» pour l'ancienne chancelière allemande et «bonne époque» pour le dictateur nazi. Il y avait aussi une image d'un salut hitlérien.
La recrue incriminée a pourtant bénéficié de la clémence de la justice militaire. L'infraction «peut tout juste être qualifiée de légère»., a-t-elle justifié. L'homme de 22 ans doit juste payer une amende de 360 francs suisses et 450 francs de frais de justice pour ses posts illustrés d'idéologies «violentes, racistes, national-socialistes et discriminatoires». Il écope également d'une peine de 15 jours-amende à 120 francs avec sursis.
Un autre cas à Zurich
Blick a examiné les jugements rendus par la justice militaire au cours des derniers mois. Ce n'est pas le seul cas de messages racistes sur WhatsApp. Des problèmes semblables ont également eu lieu au centre de recrutement de Rüti, dans le canton de Zurich. Une autre recrue a envoyé des images qui, selon la justice, véhiculaient des «attitudes déshumanisantes et racistes» et comprenaient de la pornographie infantile. Il a envoyé des photos d'Hitler, des scènes de sexe avec le salut hitlérien et des croix gammées. Six messages racistes en onze minutes. Parmi eux, un message affichait: «Les Juifs ne seront pas servis ici.»
Là non plus, la justice militaire ne s'est pas montrée sévère. Il s'agissait, selon elle, d'un incident isolé. L'homme a rapidement supprimé la conversation. Il était sous l'emprise de l'alcool, voulait être drôle et tentait de s'intégrer, a-t-il expliqué. Il a déclaré avoir eu honte de son acte. Le verdict? «Sans vouloir minimiser la gravité des faits», l'aspirant soldat a été condamné à dix jours-amendes à 100 francs avec sursis et a dû payer 200 francs d'amende et 450 francs de frais de procédure.
Des groupes selon l'origine linguistique
Il est impossible de déterminer si les incidents racistes sont plus fréquents ou moins fréquents dans l'armée que dans le reste de la population. Le sociologue Tibor Szvircsev Tresch a réalisé une enquête il y a quelques années. À la fin de l'école de recrues, 10% des recrues avaient été témoins d'un incident raciste, contre 16% parmi les personnes issues de l'immigration.
«Il est intéressant de noter que les recrues issues de l'immigration ont indiqué que la couleur de peau joue un rôle plus important dans la vie civile», explique le spécialiste, qui travaille pour l'EPFZ. Tibor Szvircsev Tresch remarque également que, au sein de l'armée, des groupes se forment souvent selon l'origine linguistique des recrues.
L'effet Trump
Le sociologue estime également que les inhibitions à exprimer des opinions racistes tendent à s'estomper. «Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, les vannes se sont ouvertes. Dans certains milieux, on ose afficher plus ouvertement ses idées racistes. » Notamment dans la société civile.
L'année dernière, l'armée a publié une étude sur la discrimination dans ses rangs. Celle-ci se concentrait sur les questions de genre, mais concluait de manière générale que la «culture masculine de la compétition» dans l'armée augmentait la probabilité de «pratiques de commandement abusives». «De plus, celles-ci s'accompagnent d'une probabilité plus élevée d'une culture organisationnelle sexiste et raciste.»