16 ans de prison requis
Un féminicide sordide jugé à Monthey

Le Tribunal de Monthey juge un homme accusé d'avoir assassiné sa femme en 2023 après une dispute. Sous alcool, il a utilisé cinq couteaux pour infliger 34 coups mortels. Verdict attendu ce mardi.
Les faits se sont produits le 3 août 2023.
Photo: Keystone

Un homme de 45 ans a comparu mardi devant le Tribunal de Monthey (VS). Il encourt 16 ans de prison pour assassinat pour avoir tué sa femme en 2023, à la suite d'une dispute. Pour son avocat, son geste s'apparente à un meurtre pour lequel il doit écoper de 6 ans de prison.

Les faits se sont produits le 3 août 2023. A la suite d'une dispute, liée à une question d'argent, le ressortissant originaire de la Macédoine du Nord, devenu suisse, sous l'emprise de l'alcool depuis de nombreuses heures, s'en est pris physiquement à sa femme.

Entre 02h20 et 03h15 du matin, le prévenu a d'abord frappé à de multiples reprises son épouse, puis lui a assené 34 coups en utilisant successivement cinq couteaux de cuisine de 10 cm, la lame de quatre d'entre eux ayant fini par casser. Il lui a ainsi infligé des plaies et des lésions au cou, au visage, au tronc et à l'un de ses membres.

L'intervention de sa fille

Présente au moment des faits, la fille du couple a essayé de s'interposer, sans succès, subissant des blessures aux mains liées à l'utilisation des couteaux.Tentant toujours de défendre sa mère, elle a poussé son père, qui est tombé et s'est tapé la tête contre le cadre de lit.

Ce dernier s'est ensuite assis sur le lit avec un grand couteau à viande de 22 cm, qu'il s'est planté sur le thorax. Sa fille a pu lui prendre l'objet des mains, puis est sortie de l'appartement et l'a posé sur un meuble, hors de portée de son père, insensible aux supplications de sa fille, à ses cris et à ses tentatives désespérées de sauver sa mère.

«Un déferlement de violence»

La scène d'horreur a pris fin avec l'intervention de la Police municipale, au moment du dernier souffle de la victime. Près de deux heures et demie après les faits, le taux d'alcool du prévenu était encore de 1,59 par kilo.

Mardi, le père de famille a également été jugé pour lésions corporelles simples qualifiées envers sa fille. «Cette histoire est douloureuse, tragique et marquée par un déferlement de violence inouïe. Le prévenu a fait preuve d'un comportement homicide intentionelle», a résumé la procureure Emmanuelle Raboud dans son réquisitoire.

«Il savait que les coûts assénés pouvaient attenter à la vie de sa femme. Son acte remplit toutes les conditions d'un assassinat: absence de scrupule, futilité du crime. Narcissique, autocentré, obsédé par les questions d'argent, (l'accusé) a voulu se venger, s'acharnant sur sa victime, tentant délibérément de la tuer. Il a eu le comportement d'un lâche.»

«C'est un meurtre»

Pour le Ministère public, l'accusé a agressé son épouse, avec conscience et volonté, certes légèrement diminuées par l'alcool. Son acte a été particulièrement odieux. Il n'a pas hésité à aller chercher d'autres couteaux au fur et à mesure que ceux qu'il utilisait se cassaient et à continuer à les planter dans le corps de son épouse agonisant sur le sol.

L'avocate du prévenu, Pauline Elsig, a quant à elle plaidé pour que le Tribunal requalifie l'acte de son client en meurtre, eu égard à l'absence d'intentionnalité et de préméditation. Elle a également demandé un classement pour les actes commis sur sa fille, son mandant n'ayant pas eu la volonté de la blesser.

«Une tragédie familiale»

«Pour mon client, (ce drame), c'est la fin de son monde. Il est dévasté psychologiquement», a mis en lumière l'avocate du fils de la victime, Elise Darbellay.

«C'est une tragédie familiale», a, de son côté, avoué l'accusé. «Je tiens à présenter mes sincères excuses, à demander pardon à mes enfants. On avait encore beaucoup de beaux projets avec ma femme. Je n'arrive pas à me consoler de ce qui s'est passé. Désormais, je fais tout mon possible pour me reconstruire.»

«Je vais assumer toutes mes erreurs et continuer à me repentir. Je ne pensais pas que je faisais du mal à qui que ce soit à cause de l'alcool», a-t-il conclu. Le verdict sera connu mardi après-midi à 16h30.

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