L'ex-patron jugé en appel
Au procès Raiffeisen, Pierin Vincenz accuse sa banque de vengeance

Le procès en appel de Pierin Vincenz s'est poursuivi ce mardi à Zurich. A la barre, l'ex-banquier a refusé d'évoquer sa situation actuelle, tout en maintenant sa ligne de défense.
Les requêtes de la défense de Pierin Vincenz (g) ont presque toutes été rejetées mardi.
Photo: keystone-sda.ch
sda-logo.jpeg
ATS Agence télégraphique suisse

Au deuxième jour du procès en appel de l'ex-patron de la banque Raiffeisen et de ses coaccusés à Zurich, Pierin Vincenz a maintenu mardi sa version des faits sur les notes de frais et les participations reprochées. L'ex-banquier a accusé Raiffeisen de vouloir le «détruire». Pierin Vincenz a refusé de s'exprimer sur sa situation personnelle au début de son interrogatoire. «Je souhaite me protéger, moi-même et mon entourage», a-t-il déclaré, invoquant l'important écho médiatique de l'affaire.

L'ex-banquier, âgé de 70 ans, jadis si jovial, s'est montré taciturne. Il a juste évoqué brièvement son lieu de résidence. Après avoir vendu sa villa à Niederteufen (AR) pour 10 millions de francs, il s'est installé au Tessin, à Figino, près de Lugano. Il a qualifié son état actuel de «quelque peu tendu, mais dans l’ensemble correct».

En avril 2022, Pierin Vincenz a été condamné à trois ans et neuf mois de prison ferme, et son associé, Beat Stocker, ex-patron de la société d'émission de cartes de crédit Aduno, a écopé de 4 ans. Le duo a été reconnu coupable d'escroquerie, de gestion déloyale qualifiée et de corruption privée passive. La présomption d'innocence s'applique toujours.

Visites et voyages «professionnels»

Le Grison et son ancien associé sont accusés de s'être enrichis illégalement en prenant des participations occultes dans des sociétés avant d'influencer leur rachat par Raiffeisen ou Aduno. Le jugement en première instance porte aussi sur des notes de frais abusives.

Interrogé sur ces dernières, Vincenz a réitéré que les visites dans des clubs de strip-tease, d'un montant total d'environ 200'000 francs selon l'acte d'accusation, étaient de nature professionnelle. Idem pour de nombreux voyages à l'étranger, facturés plus de 100'000 francs à la banque. L'ex-patron a alors accusé Raiffeisen de mener contre lui un combat dans le but de le «détruire».

Quant à Tinder, il s’agissait selon lui d’apprendre à utiliser les réseaux sociaux. La chambre d’hôtel saccagée dans un hôtel zurichois avait été facturée «par erreur» à son employeur. Il avait pris rendez-vous par inadvertance avec deux «accompagnatrices» en même temps.

Questionné sur des participations occultes, l'ex-banquier s'est justifié par «son inexpérience» à l'époque. Une personne occupant un tel poste et avec un tel parcours professionnel ne peut tout de même pas invoquer son manque d'expérience, a réagi le juge. L'intéressé a nié avoir abusé de sa position pour influencer les décisions de Raiffeisen en matière de rachat.

Dette de 6 millions de francs

Principal coaccusé, Beat Stocker a révélé lors de son interrogatoire mardi après-midi posséder une fortune de 33 millions de francs. Celle-ci inclut une créance de 6 millions due par son ex- associé Pierin Vincenz, selon un compte-rendu de la NZZ.

Lui aussi a nié s’être enrichi illégalement à titre personnel. Confronté aux participations non déclarées, il a répondu ne pas avoir suffisamment «pris en compte» de potentiels conflits d’intérêts. Selon lui, aucun préjudice financier n'a résulté de ces transactions, mais au contraire une situation «gagnant-gagnant».

Dans un volet secondaire, le procès en appel s'est concentré sur un ancien consultant en relations publiques accusé d'avoir aidé M. Vincenz à dissimuler des vacances privées en frais professionnels. Bien qu'acquitté il y a quatre ans, l'accusé doit refaire face à la justice suite à un recours des avocats de la banque.

Rejet des requêtes

Mardi, en début d'audience, la Cour suprême zurichoise a rejeté la quasi-totalité des requêtes formulées la veille par la défense. Les avocats avaient demandé l'abandon des poursuites, arguant que certains faits étaient prescrits et que le dossier était incomplet. «Le tribunal n'a entendu aucun nouvel argument», a déclaré le président du tribunal.

Certaines questions préliminaires ne feront l’objet d’une décision que lorsque la Cour d’appel examinera le jugement. Dix jours sont prévus pour l’ensemble du procès et on ignore quand le jugement sera rendu. Mercredi, le procès se poursuivra avec l’interrogatoire d’autres coaccusés.

L'une des plus grosses affaires de criminalité économique de ces dernières années en Suisse a éclaté en 2016. Le journaliste Lukas Hässig avait mis le feu aux poudres en publiant un article sur sa plateforme en ligne «Inside Paradeplatz», questionnant des participations de Raiffeisen et les relations d'affaires entre Pierin Vincenz et Beat Stocker.

Articles les plus lus