En bref
- Le DDPS veut 24 milliards de francs supplémentaires au cours des prochaines années, dont 9 pour les surcoûts
- Le DDPS explique les énormes hausses de prix par la volatilité du marché de l’armement
- Sur les 24 milliards, 15 sont prévus pour la défense aérienne et la cyberdéfense
L’armée veut renforcer la défense aérienne et la lutte contre les drones, tout en investissant massivement dans des systèmes radar, dans la guerre électronique ainsi que dans le développement des télécommunications. Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), dirigé par le conseiller fédéral du Centre Martin Pfister, prévoit de consolider les troupes au cours des douze prochaines années grâce aux rentrées d’un fonds spécial inédit. 24 milliards de francs doivent être dégagés au moyen d'un relèvement temporaire de la TVA, une option hautement contestée tant à gauche qu'à droite.
Un document publié sur internet et consacré au «renforcement de la sécurité et de la défense de la Suisse» détaille l'affectation prévue pour ces montants. Les trois priorités budgétaires ciblent le développement express de la défense contre les attaques aériennes et les cybermenaces (9 milliards de francs), l’achat d’une deuxième ligne de défense sol-air (6 milliards), ainsi que la couverture de la flambée des prix des matériels militaires déjà programmés (9 milliards).
Une inflation énorme
Il paraît spectaculaire qu’une ligne budgétaire de 9 milliards de francs, soit près de 40% de l’enveloppe totale, serve uniquement à éponger l’explosion des coûts des projets d’armement. Même si le fiasco entourant le prix fixe non contraignant du chasseur F-35 ou la facture exorbitante des missiles antiaériens Patriot américains rappellent que les montants restent très difficiles à verrouiller. Le système Patriot engloutira ainsi au bas mot 4 milliards de francs, contre les 2,3 milliards initialement budgétisés.
La porte-parole du DDPS, Rebecca Holzer, justifie la planification de 24 milliards de dépenses pour des acquisitions estimées à 15 milliards au vu de la situation actuelle: en dépit de l’envolée des coûts, «les besoins futurs en matière d’armement doivent être impérativement garantis». Ces 9 milliards ne financeront aucun système d’armes additionnel, mais permettront d'acheter les équipements prévus aux nouvelles conditions du marché.
«Totalement à la merci»
Selon la porte-parole du DDPS, cette flambée découle de l’explosion de la demande mondiale pour les biens de défense, de goulets d’étranglement dans les capacités de production et d'une inflation persistante. Ces paramètres ont provoqué une hausse atteignant parfois 40% des tarifs d’acquisition. Cette tendance lourde va se poursuivre ces prochaines années, avertit Rebecca Holzer.
Les crédits avalisés par le Parlement pour l'armement suffisent rarement, presque aucun grand achat n'échappant à d'importants surcoûts. La tension sur le marché devrait encore grimper: «La durée de validité des offres s’avère désormais très courte», souligne la porte-parole.
Plus les contrats tardent à être signés, plus la facture s'alourdit. De surcroît, les contrats pluriannuels intègrent des clauses d'indexation automatique. Comme la Suisse ne fait partie d’aucune alliance militaire, ne siège pas dans l’UE et ne dispose pas d’une industrie d’armement lourde sur son sol, elle se retrouve «totalement à la merci» du marché international, résume Rebecca Holzer.
La planification militaire arrêtée jusqu’en 2039 a pour but de garantir la défense nationale face aux scénarios de menace les plus probables. Outre la défense aérienne basée au sol et les investissements technologiques dans les drones, l’armée entend moderniser l’équipement individuel de ses soldats. Cette feuille de route n'est toutefois qu'un «instantané», rappelle Rebecca Holzer, voué à être continuellement réajusté selon l'évolution géopolitique et les arbitrages politiques.