Ariane de Rothschild, dont le nom avait déjà largement circulé dans le cadre de l'affaire Epstein, est au cœur de nouvelles révélations. Dans une enquête parue ce mercredi 12 juillet, Mediapart révèle que la patronne de la banque Edmond de Rothschild aurait fait transiter une multitude d'œuvres d'art de la France vers la Suisse en cherchant délibérément à éviter les contrôles douaniers.
Le média français, qui évoque également un transfert vers le Mozambique, a mis la main sur des échanges de mails entre plusieurs employés du family office d'Ariane de Rothschild, visiblement chargés d'organiser ces déplacements dans la discrétion la plus totale. Dans un courriel daté de février 2024, un responsable des collections évoque notamment le transport de 13 œuvres, dont certaines d'une «valeur élevée», vers Genève.
Dans ce mail, une phrase en particulier interroge: «En dehors de l’opération sensible de transport, j’imagine que nous sommes tous d’accord quand je dis que personne ne veut se faire arrêter à la douane avec tout ça dans le coffre.» A en croire le message, deux œuvres semblent trop imposantes pour passer sous le radar des douaniers: «Nous regardons pour le 27340 (caisse : 185x52x41 cm) et le 26978 (135x119 cm) pour faire autrement, c’est-à-dire un transport plus… officiel», écrit le responsable.
Eviter la douane, préoccupation récurrente
D'après Mediapart, les préoccupations exprimées dans ce message sont loin d'être un cas isolé. Le média en ligne cite un autre échange, daté cette fois de 2023, dans lequel un autre collaborateur exprime déjà ses craintes concernant l'expédition de 18 toiles vers le Mozambique. Plusieurs mails plus tard, un message se félicite de l'arrivée à bon port des différentes œuvres et de l'absence de difficulté lors du contrôle douanier.
Les conversations consultées par Mediapart détaillent également des moyens envisagés pour limiter la visibilité de ces transports, entre le choix du véhicule le plus discret, l'utilisation du domicile frontalier d'un employé ou encore, en 2025, le recours à un hélicoptère pour des liaisons entre Paris et la Suisse.
Un majordome contraint d'enfreindre la loi?
Ces différents éléments sont apparus dans le cadre d'une procédure prud'homale engagée par un ancien majordome d'Ariane de Rothschild. L'avocat du plaignant affirme que son client aurait été amené, contre son gré, à participer à des opérations qu'il qualifie de «frauduleuses». La réglementation française impose pourtant, selon différents critères de valeur et d'ancienneté, des conditions strictes pour l'exportation de certaines œuvres d'art.
Contactée par Mediapart, Ariane de Rothschild n'a pas souhaité s'exprimer. Son entourage assure que les œuvres concernées étaient de faible valeur et qu'elles circulaient uniquement afin d'être exposées temporairement dans différentes résidences. Si un problème d'organisation est reconnu, toute infraction aux règles douanières est en revanche contestée. Cette affaire intervient alors que la dirigeante reste confrontée aux répercussions médiatiques de ses anciens liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein, sans qu'aucun élément ne permette toutefois d'établir un lien entre ces deux dossiers.