Un météorologue décrypte le drame
Une violente rafale a piégé les paddleurs à Walenstadt

Le météorologue Roger Perret détaille les mécanismes du drame survenu au lac de Walenstadt. Le vent est subitement passé de 19 à 78 km/h, surprenant cinq paddleurs, dont un reste encore disparu. Trois ont pu être sauvés. Un homme de 32 ans a été retrouvé mort.
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Depuis jeudi, deux adeptes du paddle. (Photo d'illustration)
Photo: Keystone
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Karin Frautschi

Jeudi dernier, le lac de Walenstadt s'est transformé en piège mortel. Une violente tempête a surpris cinq personnes qui naviguaient en stand up paddle. Deux membres du groupe ont réussi à regagner la rive par leurs propres moyens, tandis qu'un troisième a été tiré d'affaire par les secours nautiques. Mais deux personnes ont disparu. 

Ce mardi, un des disparus a été retrouvé mort. Il a été repêché à une profondeur d'environ 100 mètres. L'identification formelle est en cours. Un homme, âgé de 32 ans, reste introuvable. L'espoir de le retrouver vivant s'avère quasi nul. 

En raison de la grande profondeur de l'eau et de l'étendue de la zone de recherche, retrouver la personne toujours portée disparue s'avère particulièrement difficile. Selon la police, ils ne portaient pas de gilet de sauvetage et ne maîtrisaient pas bien la natation. L'enquête privilégie l'hypothèse d'une chute de leur planche sous la violence de la tempête, suivie d'une noyade.

Rafales de vents extrêmes

Vendredi, Blick s'est rendu sur place où des campeurs ont témoigné de la violence des rafales qui ont balayé le plan d'eau. «En cinquante ans de présence ici, je n'ai jamais vu un vent aussi violent», confie René Marfurt, âgé de 60 ans. Ce campeur régulier réside au camping Gäsi, situé sur la commune de Glaris-Nord, d'où le groupe de paddle aurait pris le départ.

«Le vent soulevait tellement de sable qu'il fallait se protéger les yeux avec la main», raconte un autre campeur, Thomas Solci, qui se trouvait au bord de l'eau avec son fils Alessandro lorsque l'avertissement de tempête s'est déclenché.

«Il y a eu une rafale en cascade»

Interrogé par Blick, le météorologue Roger Perret, de MeteoNews, détaille les conditions qui prévalaient au moment de l’accident. «Un front de rafales s'est produit de manière totalement soudaine.» Il s’agissait d’un front froid presque dénué de nuages, générant peu d'éclairs mais des vents violents.

La station de mesure la plus proche, située à Quinten (SG), enregistrait des rafales à 19 km/h entre 18h et 18h10. «Dix minutes plus tard, le vent atteignait déjà près de 78 km/h», précise Roger Perret, rappelant que l'on parle de rafales de tempête dès 75 km/h.

Dans la zone rouge, des rafales de vent ont dépassé les 75 km/h.
Photo: Meteo News

MeteoNews avait pourtant mis en garde dès jeudi matin contre une détérioration marquée des conditions au cours de l'après-midi.

«Le piège réside précisément dans la soudaineté de ces rafales. La journée ressemble d'abord à une belle journée d'été: chaude, ensoleillée et sans vent. Les personnes installées à l'ombre ou venues se rafraîchir dans l'eau peuvent se faire surprendre en un instant», prévenait le service météo quelques heures avant le drame.

90 éclairs par minute

«La première rafale marquante, qui s'est avérée être la plus forte à 78 km/h, a été mesurée à notre station de Quinten à 18h20, soit 72 minutes après le déclenchement de l'alerte», précise Regula Keller, météorologue chez MétéoSuisse.

L'office fédéral est chargé d'émettre les avis de tempête et d'activer les signaux lumineux. Regula Keller indique que MétéoSuisse a déclenché l'alerte à 17h08 pour le lac de Walenstadt, avec une fréquence de 90 éclairs par minute, valable dès 18 heures.

Elle détaille le fonctionnement du dispositif: «Les feux d’alerte clignotent selon deux rythmes distincts.» Une fréquence rapide d'environ 90 impulsions lumineuses par minute alerte sur une tempête imminente avec des rafales supérieures à 61 km/h. Un rythme plus lent, d'environ 40 impulsions par minute, signale un vent fort avec des rafales comprises entre 46 et 61 km/h.

Un lac particulier

Roger Perret nous précise les particularités aérologiques du lieu: «Le lac de Walenstadt canalise les vents d’ouest, qui s'intensifient dans cette vallée étroite.» Lors du passage de fronts froids, les rafales s'y révèlent plus violentes qu'en plaine. Le météorologue ajoute: «De plus, en présence d'un fort gradient de pression entre le nord et le sud, un foehn tempétueux et violent peut se former.»

Un constat partagé par Erika Rhyner, une habituée du camping dont la tente donne sur l'eau: «Le lac de Walenstadt est un lac sauvage.» Elle observe régulièrement des baigneurs prolonger leur immersion malgré le déclenchement des feux d'alerte. «Beaucoup sous-estiment la dangerosité des lieux», déplore-t-elle.

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