La canicule s’éloigne peu à peu de la Suisse ce lundi, après s’être durement abattue sur l’Europe. Mais ce départ n’est qu’un au revoir. Dominique Bourg, philosophe et expert en environnement, est formel: «Nous sommes au début d’un processus», a-t-il assuré au 19h30 de la RTS dimanche 28 juin.
Selon lui, cet épisode de forte chaleur présage déjà d’un avenir proche compromis par le réchauffement climatique. «Des pics à 50 degrés à Genève sont tout à fait possibles dans vingt ans, alerte Dominique Bourg. Si vous regardez le rythme de réchauffement, il y a vingt ans, c’était +0,2 degré par décennie. Aujourd’hui, on est à +0,35 degré par décennie. C’est pratiquement le double.»
Avec ces prévisions, la planète devrait se réchauffer bien plus rapidement que prévu. Au rythme de +0,35 degré par décennie, le climat mondial devrait avoisiner les +2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle dans les années 2030, et non en 2050 comme l’annoncent les projections actuelles. Selon l’Académie suisse des sciences naturelles, la Suisse se réchauffe d’ailleurs deux fois plus vite que la moyenne mondiale.
Des effets désastreux
Les conséquences sur la faune, la flore et les citoyens seront lourdes. «Tous les événements que l’on connaît vont voir leur intensité doubler», souligne Dominique Bourg, qui invite à une «bascule de civilisation». «On sous-estime vraiment l’impact du réchauffement. Imaginez une ville où, pendant 60 jours, les journées sont à 35 degrés, et les nuits entre 25 et 27 degrés, voire peut-être 29 degrés. C’est au-delà de nos limites physiologiques.»
Au-delà d’un grave impact sur la santé publique, le réchauffement climatique a démontré d’autres dangers lors de cet épisode caniculaire. Des transformateurs électriques se sont par exemple mis à brûler à cause des fortes chaleurs en Bretagne. Sur le plan économique, si les villes ne sont pas adaptées, les coûts seront «énormes», alerte Dominique Bourg.
«On voit déjà à quel point souffre la végétation entre 40 et 45 degrés. Et pour les animaux, on le voit par exemple avec de petites hirondelles ou des martinets, des espèces qui nichent sous les toits. A ces endroits, on a atteint des températures de 50 degrés. Alors les oiseaux se jettent hors du nid à cause de la chaleur. Soit ils crèvent, soit ils sont blessés», regrette le philosophe.
Un éveil de la conscience?
S’il tire la sonnette d’alarme, le philosophe assure qu’il n’est jamais trop tard pour agir face au réchauffement climatique. Il est certes «trop tard pour éviter de graves conséquences», mais pas pour limiter les souffrances. Il appelle à un changement radical de société, rappelant que chaque degré évité signifie moins de faim et de drames humains.
Il faut désormais agir «à toute vitesse». Son espoir: qu’en 2026, la pression climatique mondiale provoque enfin une prise de conscience collective.