L'organisation se réoriente
Roger Federer écarté des prochaines campagnes de Suisse Tourisme

Le directeur de Suisse Tourisme Martin Nydegger évoque le changement climatique, la surfréquentation, les touristes étrangers et révèle pourquoi Roger Federer ne sera plus la star des prochaines campagnes.
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Jusqu’à présent, Roger Federer était l’ambassadeur de Suisse Tourisme.
Photo: Yves Bachmann
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Raphael Rauch

Martin Nydegger, l’été caniculaire de 2026 est le plus chaud depuis le début des relevés. Certains bateaux n’ont parfois plus pu naviguer, les glaciers fondent plus vite qu’auparavant. La Suisse de carte postale est-elle en danger?
Le changement climatique va transformer le tourisme. Le tourisme se pratique principalement en plein air. Certaines stations de ski situées à basse altitude devront s’adapter, voire fermer, et le tourisme estival va lui aussi évoluer. Un bel été chaud, c’est formidable, mais une chaleur et une sécheresse excessives ne sont bonnes pour personne. La Suisse offre tout de même de nombreuses «climatisations» naturelles: la fraîcheur estivale en montagne et la baignade dans les rivières et les lacs.

Mais même en montagne, la fraîcheur estivale n’est plus toujours au rendez-vous. L’hôtel Palace de Gstaad doit installer des climatiseurs, car il fait trop chaud dans l’Oberland bernois.
Personne ne veut dormir la nuit dans une chambre surchauffée. Aujourd’hui, en Suisse, un hôtel sur huit est équipé d’un système de climatisation; dans les villes, c’est même un sur deux. De nombreux hôtels vont devoir s’équiper.

Pour le bilan climatique suisse, l’idéal serait d’avoir moins de touristes venant en avion.
Oui – mais c’est tout à fait irréaliste, car les Américains, les Chinois, les Indiens et les Japonais veulent continuer à visiter la Suisse à l’avenir, tout comme nous aimons nous envoler vers l’Asie ou les Caraïbes en hiver. L’important, c’est de savoir ce que nous pouvons concrètement changer en Suisse.

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Rendez-vous dans le canton de Glaris ou en Basse-Engadine: là, la Suisse n’est pas bondée!
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Que pouvez-vous changer?
Il s’agit de stratégies de prévention et d’adaptation. La stratégie de prévention met l’accent sur le comportement des visiteurs sur place. Dès leur arrivée en Suisse, ceux-ci doivent veiller à minimiser leur empreinte écologique. Les transports en commun nous permettent d’y parvenir assez bien: nous évitons ainsi des émissions supplémentaires de CO₂.

La stratégie d’adaptation concerne la manière dont nous réagissons au changement climatique. Exemple: certaines stations de ski de basse altitude se tournent vers des offres tout au long de l’année et misent davantage sur les randonneurs et les vélos électriques. Lors des étés chauds, une partie de l’activité se déplace vers l’automne.

Comment s’est déroulée la saison estivale 2026 en chiffres? La guerre de Trump contre l’Iran a paralysé le trafic aérien au Moyen-Orient.
Au printemps, nous étions très inquiets. Aujourd’hui, les prévisions pour 2026 indiquent que nous enregistrerons une légère baisse d’environ 1% du nombre de nuitées. L’Europe, l’Amérique et le marché intérieur ont bien amorti les pertes. La part des clients suisses est même à nouveau en hausse. Les chiffres en provenance du monde arabe et de certaines régions d’Asie ont nettement chuté. Chez les Indiens, par exemple, une réservation sur deux passe par une plaque tournante au Moyen-Orient. Lorsque les vols font défaut, cela se ressent immédiatement.

En raison de la guerre menée par Donald Trump contre l’Iran, le nombre de touristes devrait être en baisse cette année, selon les prévisions de Suisse Tourisme.
Photo: Thomas Meier

Beaucoup en Suisse se réjouiront de la baisse du nombre de touristes.
Je considère qu’il est dangereux de se réjouir d’un recul de la réussite économique. Bien sûr: si vous allez à Interlaken en été, il y a beaucoup de monde. Mais rendez-vous dans le canton de Glaris ou en Basse-Engadine: là, la Suisse n’est pas bondée! Quelques rares sites touristiques sont extrêmement fréquentés, mais la majeure partie de la Suisse attend des visiteurs. Les Grisons affichent un taux d’occupation hôtelière inférieur à 40%. Sur l’ensemble de l’année, le taux d’occupation hôtelier moyen en Suisse est de 50%.

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Nous ne voulons pas de touristes en bus qui ne font que passer sans s’arrêter et ne dépensent rien
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Pourtant, de nombreux Suisses s’agacent lorsque les cars postaux sont pleins et que des touristes indiens bloquent les couloirs
du train pour Interlaken avec de grandes valises.
Le stress lié à la densité de population est une perception personnelle. Et cette perception est différente lorsque l’on vient d’un milieu culturel étranger. La plupart des touristes en Suisse sont suisses. Viennent ensuite les Allemands et les Américains. Est-ce qu’on les remarque dans le train? Non. Lorsque les trains des CFF sont bondés et qu’au mauvais moment, un touriste d’Extrême-Orient occupe un siège avec sa valise, ce n’est pas lui qui est à l’origine de la surfréquentation, mais il est la goutte d’eau qui fait déborder le vase chez une personne déjà à cran.

Les guides touristiques doivent-ils s’améliorer? Moi aussi, je me renseigne sur la manière de se comporter dans un train japonais.
Nous avons lancé une campagne «Travel mit Care», car un tourisme sain nécessite un cadre de vie qui soit attractif pour la population locale. Elle s’adresse principalement aux touristes des marchés lointains. Il s’agit notamment de ne pas téléphoner avec le haut-parleur dans le train, mais d’utiliser des écouteurs. De ne pas jeter nos déchets n’importe où, mais de les emporter avec nous lors d’une randonnée. Rares sont ceux qui se comportent mal intentionnellement; souvent, c’est par manque de connaissances. Si vous demandez poliment à quelqu’un d’utiliser des écouteurs, il n'y a généralement aucun problème.

Majorque change de cap: l’île souhaite moins de tourisme de masse et davantage de clients aisés. La Suisse a-t-elle vraiment quelque chose à y gagner lorsque des touristes chinois se bousculent sur le pont de la Chapelle à Lucerne?
Nous ne voulons pas de touristes en bus qui ne font que passer sans s’arrêter et ne dépensent rien. Nous n’encourageons pas non plus cela avec notre budget publicitaire. Nous ne pouvons pas l’interdire, mais nous agissons activement pour y remédier. Nos partenaires à Lucerne font un excellent travail et ont réussi, grâce à la redevance de stationnement pour les autocars, à détendre la situation. Sur la Schwanenplatz, le nombre de mouvements d’autocars a diminué de moitié depuis la mise en place des mesures.

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Sans investissements étrangers, il y aurait moins de diversité d’offre, d’infrastructures et d’emplois dans de nombreux endroits
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Pourquoi rejetez-vous les droits d’entrée comme à Venise?
Les mesures prises à Venise ne servent à rien. Cela n’a pas réduit le nombre de touristes. Demander de l’argent sans contrepartie, c’est n’importe quoi. La Suisse s’y prend mieux. Prenez l’exemple d’Iseltwald. Une série télévisée sud-coréenne y a attiré une foule de touristes. On y a alors installé un tourniquet et le message a été clairement communiqué: grâce aux 5 francs par visiteur, nous entretenons la passerelle et construisons des toilettes et des parkings. Le lac d’Oeschinen s’y prend aussi intelligemment: ici, le flux de visiteurs est régulé numériquement grâce à un système ultramoderne.

L’année 2026 a fait les gros titres négatifs pour le tourisme suisse, avec notamment Crans-Montana (44 morts), l’accident de car postal à Chiètres (six morts) et l’accident de téléphérique à Engelberg (une morte). La confiance dans la sécurité de la Suisse est-elle ébranlée?
Non. Ce sont de terribles tragédies qui nous touchent profondément. Mais l’image de la Suisse repose depuis des décennies sur une fiabilité si solide que nous pouvons supporter cette atteinte à notre réputation. Nous tirons les leçons de telles catastrophes. Les touristes savent qu’il s’agit d’exceptions terribles et que la Suisse est par ailleurs très sûre.

Vous recevez chaque année 58 millions de francs de subventions provenant des contribuables…
Ce ne sera bientôt plus le cas, nous devons économiser 7 millions de francs.

Le changement climatique a également des conséquences sur le tourisme suisse.
Photo: Thomas Meier

Malgré tout: votre travail profite également à des investisseurs qataris et américains. Pourquoi le contribuable suisse, qui souhaite voir moins de touristes, devrait-il payer pour cela?
Le tourisme est un très bon investissement en Suisse. Chaque franc investi dans Suisse Tourisme génère au final 28 francs de valeur ajoutée pour l’économie suisse. Si vous faites allusion au Bürgenstock, qui appartient au Qatar: bien sûr, j’aurais préféré qu’un investisseur suisse rachète le Bürgenstock. Mais sans investissements étrangers, il y aurait moins de diversité d’offre, d’infrastructures et d’emplois dans de nombreux endroits.

D’ailleurs, il y a bel et bien des Suisses qui investissent dans le tourisme, par exemple Stefano Artioli à San Bernardino, Jan Schoch à Appenzell, Peter Spuhler à l’hôtel Florhof à Zurich ou encore la commune de Laax, qui a racheté ses remontées mécaniques.

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La Suisse de carte postale se trouve partout, pas seulement au pied du Cervin
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Le tourisme suisse a-t-il besoin de plus de patriotisme?
Absolument! C’est formidable lorsque des capitaux locaux sont investis par amour de la patrie et que l’on rend ainsi quelque chose au pays. On entend toujours dire que les marges bénéficiaires sont trop faibles dans la restauration et le tourisme. C’est peut-être vrai par rapport à d’autres investissements, mais elles ne sont pas non plus si faibles que cela ne vaille pas la peine d’investir.

Comprenez-vous les Suisses qui s’agacent lorsqu’on ne leur parle plus qu’en allemand standard ou en anglais?
Bien sûr que je le comprends. Mais nous envoyons de moins en moins souvent nos propres jeunes dans le secteur du tourisme ou de l’hôtellerie. Et de nombreux travailleurs étrangers font un excellent travail: ils sont aimables et compétents. Sans les saisonniers et les migrants, de nombreux hôtels et restaurants en Suisse devraient fermer leurs portes. C’est la réalité, et je suis reconnaissant envers tous ceux qui travaillent d’arrache-pied du matin au soir pour que nous puissions offrir un accueil satisfaisant.

Honnêtement, Suisse Tourisme est-il vraiment nécessaire? Les touristes viendraient à Zermatt même sans vous.
Et à Grindelwald, ainsi que dans les lieux incontournables d’Instagram (rires). Sérieusement: nous veillons activement à ce que les influenceurs que nous invitons dans le pays ne se contentent pas de prendre la centième photo du Cervin, mais qu’ils se rendent aussi, par exemple, en Suisse orientale. Récemment encore, nous avons accueilli des Indiens à Saint-Gall. Ils ont fait connaître au monde entier la bibliothèque abbatiale et le fromage d’Appenzell. La Suisse de carte postale se trouve partout, pas seulement au pied du Cervin.

Allez-vous licencier du personnel en raison du programme d’économies de la Confédération?
Pas pour l’instant. Depuis deux ans, nous avons de fait un gel des embauches et ne remplaçons les départs que dans de rares cas. Nous réexaminons toutefois notre portefeuille de représentations à l’étranger ainsi que les tarifs de nos prestations destinées à nos partenaires.

Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a déclaré par le passé que Roger Federer était le meilleur ambassadeur de la Suisse. Pourrez-vous continuer à vous permettre de faire appel à lui pour vos campagnes à l’avenir?
Roger Federer a accompli un travail fantastique et nous lui en sommes extrêmement reconnaissants. Il n’a d’ailleurs perçu aucun honoraire: ceux-ci ont été versés directement à sa fondation. Pour le déploiement mondial et la production de la prochaine campagne phare, nous ne collaborerons toutefois pas avec Roger Federer. Cela n’a rien à voir avec le financement, mais avec une réorientation de nos campagnes. La nouvelle campagne d’automne débutera prochainement.

Si l’argent n’est pas un problème, pourquoi renoncer à Roger Federer, qui jouit d’une grande popularité?
Comme je l’ai dit, il s’agit d’une réorientation. Après cinq ans passés avec Roger Federer dans notre campagne principale, nous souhaitons cette année proposer quelque chose de nouveau et de surprenant. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne travaillerons plus du tout avec Roger Federer.

Pour finir: l’automne va-t-il devenir le nouvel été?
Je suis certain que la demande automnale va augmenter de manière massive. D’un point de vue climatique, l’automne devient plus sec, plus ensoleillé, plus chaud et plus long. Personnellement, j’adore l’automne. En été, on ne peut manger que de la salade. Les vrais plats réconfortants – soupe au potiron, gibier, cuisine des récoltes – ne se dégustent qu’en automne.

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