«Je me battrai jusqu'au bout!»
Après la démolition de sa propriété de rêve, Peter Jenny veut sauver sa cabane de jardin

Peter Jenny a tout tenté pour sauver son jardin. Mais le démantèlement est acté. Vigne, étang et forêt ont disparu. Seule la cabane tient encore... mais pas pour longtemps.
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Voilà à quoi ressemble désormais le jardin de Peter Jenny. Etang naturel, chemin en pierres: tout a été démonté.
Photo: Linda Käsbohrer
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Beat Michel

Furieux, Peter Jenny secoue la tête. Il reçoit le journaliste de Blick dans sa propriété qui surplombe Sarnen. Le lieu est méconnaissable. Là où des centaines de pierres du torrent Laui et des tonnes de ciment avaient façonné un jardin idyllique pendant des décennies, il ne reste plus que de la terre. Les premières herbes repoussent timidement. «J’ai du mal à en parler, c’est trop dur.»

Cet ancien spécialiste en assurances s’est battu sans relâche pour sauver ce jardin. Mais, depuis le 15 octobre, le site a été démantelé. Les machines ont découpé l’ensemble en blocs transportables avant de tout évacuer. La commune évoque environ 600 mètres cubes de matériaux. Il ne reste aujourd’hui qu’une remise à deux étages, avec un socle massif en béton et des pierres du ruisseau.

La maison peut rester, mais cette cabane doit aussi disparaître. «Ce n’est pas possible. Je me battrai jusqu’au bout en m’appuyant sur la Constitution fédérale», assure Peter Jenny.

Un combat de longue haleine

Autour de la maison, Peter Jenny montre avec amertume l’ampleur du travail. «Ils ont même rasé ma vigne juste avant les vendanges. Comment peut-on faire ça?» Dans sa cave, il conserve les dernières 400 bouteilles de son vin rouge «Zun Börgler».

Avant: Voici à quoi ressemblait l'œuvre de Peter Jenny l'année dernière.
Photo: Jean Braun, DR

Les murs pare-vent en bois de plusieurs mètres de haut ont été démolis. La piscine naturelle a disparu. Les arbres ont été abattus. Le chemin en pierre, construit à la main pour son épouse et accessible en fauteuil roulant, n’existe plus non plus.

Après: A la suite du démantèlement, il ne reste de son oeuvre que la cabane de jardin (à droite de l'image).
Photo: Jean Braun, DR

Depuis des années, le retraité se bat contre la commune, le canton et la Confédération. A 78 ans, il continue de s’entraîner en course de montagne. Il a participé à six reprises au Swissalpine Marathon et au marathon de ski de l’Engadine. «Quand j’ai un objectif en tête, je vais jusqu’au bout.»

Même le chef de l’office des constructions de Sarnen reconnaît son engagement. «L'énergie de Monsieur Jenny est impressionnante. S’il avait obtenu les autorisations de construire au moment de l'acquisition du terrain dans les années 80 et respecté les règles, il vivrait aujourd’hui dans un véritable paradis. Mais nous devons faire respecter le droit.»

Une issue quasi inévitable

Malgré le respect pour l'engagement de Peter Jenny, la cabane ne devrait pas être épargnée. «Une demande de permis a bien été déposée, mais elle est insuffisante. Le bâtiment se trouve en zone agricole et ne peut pas être autorisé tel quel.»

Les autorités assurent agir dans le strict cadre légal. «Nous n'avons rien à cacher. Le démantèlement des constructions non autorisées a été confirmé par la plus haute instance. Les décisions sont définitives.» Le coût, estimé à 300’000 francs, reste à la charge de Peter Jenny. «Il disposait d'un délai pour démolir lui-même les constructions illégales», poursuit le chef du service des constructions.

Le compte à rebours est lancé

Le délai court jusqu’à fin avril pour démonter la cabane. Peter Jenny a l'opportunité de procéder lui-même à la démolition de cette construction à deux étages. Passé ce cap, les machines interviendront à nouveau le 18 mai. Mais le retraité ne lâche rien. «Je fais maintenant appel au ministre de la Justice du canton, le conseiller d’Etat Christoph Amstad. Il doit arrêter ce qui se passe.»

Parallèlement, il dépose à nouveau plusieurs demandes de permis de construire pour le hangar. Il n'est pas certain que cela serve à quelque chose. En prévision du démantèlement du reste du jardin, le retraité avait même rendu visite au conseiller fédéral Albert Rösti à son domicile. Mais cela n'a pas non plus empêché le début de la déconstruction.

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