La curiosité d’un des youtubeurs les plus suivis de Suisse est sans limites. Julien Donzé, alias Le Grand JD, peut tout aussi bien se rendre en Irak sur la ligne de front que dans la ville désertée de Fukushima ou encore dans des lieux réputés hantés afin de débusquer le vrai du faux. Pour Le fantôme des Rocheuses, le Genevois a suivi le photographe animalier neuchâtelois Neil Villard dans les étendues glaciales des montagnes canadiennes, aux forêts denses, sur les traces d’un animal très difficile à trouver: le puma. Une véritable quête pour Neil Villard, qui traque ce félin depuis trois ans.
Un périple difficile physiquement puisque les températures pouvaient atteindre -20°C. «Nous avons eu spécialement froid quand nous avons filmé un loup en train de guetter patiemment sa proie, une biche qui s’était réfugiée dans la rivière», explique Le Grand JD au bout du fil. Une des scènes les plus angoissantes de ce documentaire très bien réalisé.
Ces deux passionnés avaient déjà collaboré par le passé lors d’un tournage sur des ours qui déboulaient dans les villes des Carpates en Roumanie. Julien Donzé a-t-il dû suivre une préparation physique spéciale pour cette aventure dans le Nord? «Non, je ne suis pas un grand sportif, mais je me maintiens plutôt bien. C’est surtout Neil qui s’entraîne toujours beaucoup. Là, il s’est adapté à mon rythme plus lent. Il portait sur le dos 20 kg de matériel; mon sac pesait la moitié.» A l’intérieur, de la nourriture, mais, surtout, des appareils photos, des objectifs, des micros et de petites caméras pièges. Pas d’équipe technique à leurs côtés, ils ont tout fait eux-mêmes.
Le vent, le froid, la neige
Deux mois de présence sur le terrain et des marches fastidieuses, entre 15 et 20 km chaque jour. «Avec la météo, c’était parfois très compliqué, poursuit le youtubeur, notamment lorsque des tempêtes de neige recouvraient les traces des pumas qu’on avait enfin découvertes la veille. De quoi réaliser que nous sommes de petites choses et que c’est la nature qui décide de ce qu’on peut trouver. A nous de nous adapter.»
Fort heureusement, Neil sait comment lire dans la forêt. «J’ai suivi un stage grandeur nature auprès du meilleur pisteur suisse, voire européen. Il m’a appris à lire les traces, ce qu’il fait depuis tout petit. Très patient, il m’a tout expliqué et a réussi à me transmettre sa passion.»
Ce périple s’est révélé épuisant mentalement aussi, marqué parfois par le découragement après une journée passée à la recherche d’indices, le nez rivé sur le sol enneigé, sans succès. Et puis, un jour, c’est le graal. Grâce à des minicaméras et à des micros placés dans une tanière. «Nous avions repéré un trou qui aurait pu abriter des pumas, mais nous ignorions si c’était le cas.» Cette piste va les mener vers une rencontre des plus marquantes. Un moment magique qui leur tire les larmes. «Aujourd’hui encore, quand je revois ces images, je suis ému.»
La magie d’un instant
«En suivant Neil sur la piste de cet animal, je savais que l’aventure serait difficile. Mais j’étais loin d’imaginer qu’elle nous demanderait 58 jours de terrain. Ce tournage m’a marqué à vie: l’aventure avec Neil, bien sûr, mais aussi chaque rencontre animale, de l’écureuil à l’élan, jusqu’au prédateur ultime de ces zones sauvages.»
Une expérience inoubliable qui a renforcé encore son amitié avec Neil Villard: «Oui, on crée des liens en partageant ce qu’on a vécu, les émotions et les fous rires. Tout est réel et capté sur le moment.»
Documentaire «Le fantôme des rocheuses» à voir le samedi 7 mars 13.10 RTS 1
Cet article a été publié initialement dans le n°10 de «L'illustré», paru en kiosque le 5 mars 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°10 de «L'illustré», paru en kiosque le 5 mars 2026.