A cause de la guerre en Iran
Les Allemands font le plein avec notre carburant bon marché

La guerre en Iran fait grimper les prix du pétrole brut et donc le prix de l'essence à la pompe. De quoi inverser le tourisme d'achat: les Allemands se rendent désormais en Suisse pour faire le plein.
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Fin de journée, vendredi 6 mars, à Kreuzlingen: les Allemands profitent de l'essence suisse.
Photo: Ulrich Rotzinger
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Ulrich Rotzinger

Avec l'explosion du prix du pétrole, la colère des automobilistes contre les exploitants de stations-service augmente. Chez nos voisins allemands, des citoyens excédés ont déjà réussi à se faire entendre au journal télévisé de la ARD, le célèbre «Tagesschau», tandis que plusieurs journaux régionaux évoquent déjà un phénomène de tourisme à la pompe.

Un coup d'œil dans les villes frontalières de Constance, en Allemagne, et Kreuzlingen (TG) le confirme: les Allemands économisent 40 centimes par litre d'essence, ou environ 25 centimes pour le diesel, lorsqu'ils passent la frontière pour faire le plein en Suisse.

Cela représente une économie de 20 francs ou 22 euros par plein (50 litres), comme le montre une comparaison des prix effectuée vendredi soir entre les stations-service Aral et Agip de Constance et les prix à la pompe de Socar, Tamoil et LGG dans la ville voisine de Kreuzlingen.

Les prix suisses de l'essence attirent les Allemands

Depuis le déclenchement de la guerre entre l’Iran et Israël, les stations-service de Kreuzlingen voient arriver de plus en plus de clients allemands, confirment plusieurs exploitants: «Dernièrement, il y a eu une véritable ruée des clients de Constance», explique un vendeur de carburant à Blick. «Le soir surtout, l’activité a fortement augmenté.»

Aucun exploitant ne souhaite être cité nommément. Ils confirment également que les stations-service de Kreuzlingen ont également légèrement augmenté leurs prix récemment.

La station Socar située près du grand poste-frontière autoroutier Kreuzlingen–Konstanz est particulièrement fréquentée. Vendredi soir, les automobilistes allemands s’y succédaient à la pompe, alors que les clients suisses étaient nettement minoritaires. Interrogés sur les raisons de leur venue, les conducteurs allemands présents n’ont toutefois pas souhaité répondre aux questions.

«C’est presque toujours moins cher, parfois seulement un peu», explique une habitante de Constance dans le journal régional d'Allemagne du Sud «Südkurier». Selon ses propres dires, elle se rend régulièrement en Suisse pour faire le plein. Pour elle, une chose est sûre: pour ceux qui en ont la possibilité, cela vaut la peine de passer la frontière.

Si la Suisse n’a pas connu pour l’instant la même explosion des prix que l’Allemagne, c’est notamment parce que les distributeurs disposent encore de stocks de carburant achetés avant la guerre avec l’Iran, à des prix plus bas.

La moitié du prix à la pompe revient à l'Etat

Ce qui alimente encore plus la colère des automobilistes allemands contre le prix de leur propre carburant: près de la moitié du prix à la pompe finit dans les caisses de la République fédérale. Et en Suisse?

Selon une estimation de l’association d’importateurs de carburants Avenergy Suisse, sur un prix d’environ 1,70 franc par litre d’essence, plus de 1,40 franc correspond aux coûts d’achat, de transport et aux taxes. Il ne reste donc qu’environ 30 centimes pour la distribution et la marge des stations-service.

Une chose paraît presque certaine: les prix de l’essence et du diesel devraient encore augmenter dans les prochains jours, en Allemagne comme en Suisse. Le baril de pétrole brut coûtait encore l’équivalent de 60,50 francs il y a une semaine. Il s’échange désormais autour de 74 francs.

Cette hausse des prix renchérit les futurs achats pour les raffineries et les entreprises pétrolières – et au final pour les clients des stations-service.

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