Le secteur pharmaceutique suisse est sous pression. Le président américain Donald Trump veut faire baisser le prix des médicaments aux Etats-Unis et menace d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 250%. Mais la branche refuse de se laisser faire. Elle réclame en contrepartie des prix plus élevés ailleurs, y compris en Suisse... et cela malgré des bénéfices records et des bonus de plusieurs millions.
A Berne, Roche, Novartis et consorts activent actuellement tous les leviers pour obtenir une hausse des prix fixés par l’Etat. «Si les marges baissent, le risque augmente que l’on investisse moins dans la recherche», a averti le directeur d’Interpharma, René Buholzer, dans l’émission «Samstagsrundschau» sur la SRF. A terme, recherche et production pourraient être menacées, tout comme d'importantes recettes fiscales.
René Buholzer cite en exemple le modèle de répercussion des coûts, par lequel la Confédération veut réduire le prix des médicaments grâce à des rabais de quantité. Les assurés économiseraient environ 400 millions de francs. Mais la branche pharmaceutique souhaite que ce modèle soit suspendu.
«Lutte de pouvoir»
L’association des entreprises pharmaceutiques préfère mettre en avant la sécurité d’approvisionnement plutôt que les prix. Les entreprises lanceraient déjà de moins en moins de produits en Suisse. Roche a même retiré un médicament anticancéreux parce que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) aurait exigé une réduction de prix jugée excessive. Le Conseil fédéral est donc invité à renforcer la compétitivité, même si cela devait se faire au détriment des payeurs de primes.
Pour appuyer leurs revendications, des représentants de la pharma ont rencontré à la mi-août la ministre de la Santé Elisabeth Baume-Schneider et le ministre de l’Economie Guy Parmelin. Ce «powerplay» place la Confédération face à un dilemme, confient des sources proches du dossier. Les deux départements suivraient des stratégies divergentes. Certains évoquent même une «lutte de pouvoir».
Le Département de l’économie n'a pas souhaité commenter. Il se borne à rappeler que l’amélioration des conditions-cadres reste le meilleur moyen de maintenir la compétitivité suisse. Le Conseil fédéral a déjà décidé d’intensifier ses efforts dans ce sens. Mais selon l’administration, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), rattaché à Guy Parmelin, ferait déjà pression en faveur de la branche.
L'OFSP se défend
L’OFSP adopte une ligne opposée. Il accepte de simplifier les procédures de recherche ou d’autorisation, mais refuse toute hausse de prix. Après tout, souligne-t-il à Blick, la Suisse affiche déjà les prix et coûts de santé les plus élevés d’Europe. «Des augmentations de prix forfaitaires dues à la pression américaine se traduiraient directement par une hausse des primes.»
En coulisses, au Département de l’intérieur, on prévient qu’une telle politique reviendrait à faire subventionner la pharma par les assurés. «Or les primes figurent déjà en tête des préoccupations de la population.» Quant aux menaces d’Interpharma de ne plus lancer de nouveaux médicaments en Suisse, elles passent très mal auprès des fonctionnaires de la santé.
Les assurés, premières victimes
Au Parlement aussi, le lobbying est visible. Les voix critiques dénoncent une tentative de profiter du conflit douanier avec Trump pour réactiver de vieilles exigences de dérégulation: «Ce sont nous, les assurés, qui en faisons les frais.» Mais du côté bourgeois, le soutien reste marqué. L’OFSP s’attend déjà à des interventions parlementaires favorables à la branche lors de la session d’automne.
La pharma voit la situation autrement: la moitié des coûts de santé est financée par l’impôt. «Et l’industrie pharmaceutique est de loin le plus grand contribuable», insiste René Buholzer. Pour lui, il est crucial de maintenir les grands groupes en Suisse. L’OFSP ne doit pas se focaliser uniquement sur les prix des médicaments. Sinon, prévient-il, la production se délocalisera. «La place économique suisse continue de s’éroder. Nous devons agir maintenant.»