Remous autour de la candidate genevoise
La connexion monégasque et les millions du père de Céline Amaudruz

Céline Amaudruz veut devenir conseillère fédérale. L'héritage monégasque de son père fait parler de lui – elle dénonce une «chasse aux sorcières» contre les politiciens.
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Céline Amaudruz et son père Michel Amaudruz, aujourd'hui décédé.
Photo: Website SVP
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Raphael Rauch

Quand il s'agit des travailleurs frontaliers français, l'UDC genevoise ne fait aucun cadeau et scande toujours le même refrain: chaque jour, des dizaines de milliers de «frontaliers» viennent dans le canton, font pression sur les salaires et encombrent les routes. Dans ce discours musclé, une réalité est pourtant souvent passée sous silence: Genève dépend lourdement de ces employées de maison, soignants ou médecins venus de France.

Céline Amaudruz, candidate genevoise au Conseil fédéral et vice-présidente de l'UDC, manœuvre avec habileté au milieu de ces tensions. Tantôt ferme, tantôt conciliante: «Je ne reproche rien aux frontaliers, ils utilisent simplement un système qu'on leur propose, répète-t-elle régulièrement. Ce sont les conditions-cadres légales et les accords qu'il faut modifier.»

Le père d'Amaudruz représentait des dictateurs

Modifier les règles, combler les lacunes: voilà une ligne de conduite que la députée genevoise applique avec beaucoup plus de retenue dès lors qu’il s’agit des grandes fortunes. Une discrétion qui s'explique en partie par son histoire familiale.

Le 3 janvier 2022, Michel Amaudruz, le père de Céline Amaudruz, est décédé. Le politicien genevois de l'UDC et avocat d'affaires était considéré comme une sommité juridique, qui se battait sans relâche pour ses clients et était un adversaire redouté devant les tribunaux. Un juriste qui a autrefois travaillé pour lui le décrit à Blick comme un avocat brillant, mais aussi arrogant et condescendant en tant que patron.

Le père de Céline Amaudruz était un expert des questions patrimoniales internationales. Le multimillionnaire comptait plusieurs dictateurs parmi ses clients et a notamment aidé à dissimuler la villa de luxe d'un ancien ministre russe sur la Côte d'Azur grâce à des montages complexes de sociétés.

Une vie entre Genève et Monaco

Les informations dont Blick dispose montrent à quel point les liens de la famille avec le paradis fiscal monégasque étaient étroits: Michel Amaudruz avait officiellement son domicile principal en Principauté de Monaco, tout comme sa seconde épouse. Il est impossible de reconstituer le temps que le couple passait sur la côte méditerranéenne et celui qu'il passait dans sa Genève natale. Le patriarche est décédé à Genève après une «longue maladie», comme l'indiquait son avis de décès.

Des documents et des e-mails ayant fuité, provenant de l'entourage d'un notaire et politicien monégasque et transmis à Blick, mettent en lumière la lutte autour de l'héritage de plusieurs millions, qui comprend également des comptes à Monaco. Après le décès, la question s'est posée: la succession devait-elle être réglée selon le droit monégasque ou le droit suisse?

E-mail de la belle-mère au notaire

Ces documents révèlent un détail croustillant. Dans un message adressé à l'étude monégasque, la belle-mère de l'élue écrivait: «J'ai deux belles-filles, X.Y. (née en 1977, nom connu de la rédaction) et Céline Amaudruz (née en 1979), issues du premier mariage de mon mari; celles-ci estiment qu'il serait préférable de régler directement la succession via Monaco.»

Cette démarche a immédiatement déclenché l'inquiétude des spécialistes consultés. Dans un courriel interne, une mise en garde est expressément formulée quant au risque d'une «domiciliation de complaisance» – un simple domicile fictif. Plus préoccupant encore, un juriste note avec alerte: «C'est une PEP suisse !!!» – «PEP», «personne politiquement exposée», est un terme issu de la législation sur le blanchiment d'argent.

Pas non plus d'impôt sur les successions à Genève

Comment exactement Céline Amaudruz voulait-elle régler son héritage provenant de Monaco? Sa belle-mère ne souhaite pas s'exprimer à ce sujet. Céline Amaudruz indique à Blick que tout s'est déroulé dans les règles: «En ce qui concerne le for juridique de la succession de mon père, je tiens à préciser que celui-ci a été déterminé conformément au droit applicable, sans que j'intervienne personnellement dans ce processus. J'insiste pour que votre article mentionne expressément que les e-mails que vous avez utilisés ont été obtenus illégalement.» Céline Amaudruz souligne également: comme il s'agissait de la succession directe de son père, aucun impôt sur les successions n'aurait été dû, ni à Genève ni à Monaco. Le for monégasque résultait du dernier domicile de son père.

Dans ses e-mails à l'administrateur de la succession, Céline Amaudruz a parfois utilisé sa signature de conseillère nationale avec le logo du Parlement et sa mention de la vice-présidence de l'UDC. Héritage privé et fonction politique se sont confondus – là encore, Amaudruz n'y voit rien de problématique: «Je ne vois pas en quoi la mention transparente de mes fonctions dans une signature devrait poser un problème en matière de conformité bancaire.»

Amaudruz voit plutôt le problème dans le vol de données et parle de «chasse aux sorcières» contre les politiciens – selon elle, «une forme de harcèlement visant à nuire à la réputation et à l'intégrité d'une personne».

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