Plus de quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les centrales nucléaires suisses restent largement dépendantes de la Russie pour leur approvisionnement en combustible, regrette Greenpeace. Remplacer l'uranium russe par le kazakh ne suffit pas pour rompre les liens. Axpo assure ne pas avoir de flux financiers directs ou indirects vers la Russie.
Le fournisseur d'électricité argovien a annoncé en février 2025 un partenariat avec Kazatomprom, la principale entreprise kazakhe du secteur de l'uranium, rappelle jeudi l'organisation environnementale dans un communiqué. L'objectif est de rompre les liens avec la Russie sur toute la chaîne d'approvisionnement. Axpo s'approvisionnait jusqu'ici entièrement en combustible russe pour les deux réacteurs de la centrale de Beznau et à hauteur de la moitié pour celui de Leibstadt.
Traçabilité impossible
Même si les lieux d'extraction changent, la société russe Rosatom reste toutefois indispensable, regrette Greenpeace. En effet, la grande majorité de l'uranium extrait des mines du Kazakhstan est exportée via un itinéraire traversant la Russie pour se terminer à St-Pétersbourg, où le minerai est chargé sur des navires russes vers les ports européens. La Route Internationale de Transport Transcaspienne - qui part d'Asie du Sud-Est vers l'Europe - pourrait constituer une alternative, mais elle présente des lacunes logistiques, en plus d'être exposée à d'importants risques géopolitiques.
L'uranium, interchangeable et mélangé en provenance de plusieurs origines dans le processus d'enrichissement, échappe par ailleurs à toute traçabilité complète. Plusieurs fournisseurs d'Axpo traitent de l'uranium fourni par Rosatom, tandis que les volumes exportés ou transitant par la Russie rendent le pays incontournable pour la filière. Cela explique pourquoi aucun pays n'a encore pris de sanctions contre Rosatom depuis le début de la guerre en Ukraine, déplore Greenpeace.
Plus de flux financiers
Interrogé par Keystone-ATS, Axpo affirme qu'il n'y a pas de flux financiers «directs ou indirects» vers la Russie ou vers des parties russes issus des contrats avec Kazatomprom. Grâce à ses réserves, l'approvisionnement en combustible des centrales de Leibstadt et Beznau ne dépend plus des sources russes depuis 2022.
En février 2025, Axpo a diversifié sa chaîne d'approvisionnement et conclu de nouveaux contrats d'achat de combustible avec des sociétés d'extraction d'uranium du Canada et du Kazakhstan. Cet uranium est ensuite transformé en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Par ailleurs, depuis le printemps 2026, il n'y a plus aucun contrat en cours portant sur de l'uranium provenant de Russie, ajoute l'énergéticien argovien.
Pas de sanctions
De son côté, le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) confirme que l'Union européenne n'a encore prononcé aucune sanction concernant l'uranium et le matériel utilisé dans les centrales nucléaires. Le transit d'uranium provenant d'autres pays (comme le Kazakhstan) via le territoire russe n'est pas non plus soumis à des sanctions.
La législation fédérale ne permet pas à la Confédération d'édicter des sanctions de manière autonome. Si l'UE devait interdire l'importation d'uranium russe, le Conseil fédéral examinerait attentivement la mesure en question, précise le SECO à Keystone-ATS.
Pour Greenpeace, «choisir le nucléaire nous pousse dans les griffes de la Russie au lieu de nous en libérer. Seule une transition vers un approvisionnement énergétique entièrement appuyé sur les énergies renouvelables nous permet de devenir pleinement indépendants et souverains dans ce secteur», conclut Florian Kasser, expert des questions liées au nucléaire pour la branche suisse de l'ONG.