Le sujet divise toujours
Dimanches sans voiture? La Suisse relance le débat

Face au surtourisme et aux tensions énergétiques, l’idée des dimanches sans voiture refait surface en Suisse. Entre test local à Glaris et débat politique à Berne, le sujet divise toujours autant.
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La conseillère nationale socialiste Martine Docourt veut aider les cantons à faire revenir les dimanches sans voiture.
Photo: keystone-sda.ch
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Céline Zahno

Une commune glaronnaise montre l’exemple. L’espace de détente du Klöntal sera interdit aux voitures trois dimanches dès cette année. L’objectif est de calmer le trafic. Car aujourd’hui, le lac du Klöntal est saturé, surtout lors des journées estivales ensoleillées.

L’idée des dimanches sans voiture refait régulièrement surface, sous des formes et avec des arguments renouvelés. Dans le contexte actuel, marqué par une crise pétrolière liée à la guerre en Iran, elle retrouve une nouvelle actualité. La conseillère nationale socialiste (PS) Martine Docourt demande au Conseil fédéral de créer une base légale pour aider les cantons à instaurer de telles journées. Le magazine en ligne «Streetlife» a été le premier à en faire état.

Les dimanches sans voiture de 1973 restent dans les mémoires. A l’époque, la Confédération avait réagi à la crise pétrolière provoquée par la guerre du Yom Kippour entre Israël et plusieurs pays arabes. Le premier dimanche sans voiture, le 25 novembre, avait pris des allures de fête populaire. Piétons, patineurs et cyclistes avaient investi les autoroutes désertées, tandis que des familles s’installaient directement sur l’asphalte.

L’interdiction de circuler avait été annoncée le 21 novembre par le conseiller fédéral de l’époque, Ernst Brugger (1914-1998). Des exceptions existaient pour les déplacements urgents, notamment pour les médecins, les infirmières, les transports de corps, les sages-femmes ainsi que les interventions de la police et des pompiers.

Réduire la dépendance aux combustibles

Martine Docourt justifie ce retour du débat par la situation géopolitique actuelle, en particulier les tensions au Moyen-Orient, ainsi que par la crise climatique. Selon elle, ces éléments rappellent la nécessité de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Dans plusieurs cantons, des projets de dimanches sans voiture ont été étudiés. Mais ils se heurtent à des obstacles juridiques. En l’état actuel du droit, de telles interdictions ne peuvent être décidées qu’à une échelle locale. Récemment, une initiative allant dans ce sens a été déposée à Bâle-Campagne, avant d’être jugée irrecevable. Le service juridique du canton a estimé que la jurisprudence du Tribunal fédéral ne permettait pas de restreindre le trafic motorisé «par une règle de droit».

Initiative rejetée

En 2003, les Suisses s’étaient déjà prononcés sur une initiative populaire proposant un dimanche sans voiture par saison pendant quatre ans. Le texte, connu sous le nom d’initiative «des dimanches», avait été largement rejeté. A l’époque, les arguments portaient moins sur l’environnement que sur la qualité de vie. La conseillère nationale des Vert-e-s Franziska Teuscher évoquait notamment l’idée d’un «vrai dimanche tranquille». Sans voitures, le bruit diminue, les enfants peuvent jouer dehors et de nouveaux espaces de rencontre apparaissent. Lors de la crise pétrolière des années 1970, l’objectif principal était surtout d’économiser un carburant devenu rare et coûteux. 

Les opposants mettent toutefois en avant les faibles gains en matière de réduction des émissions de CO2. Ils soulignent aussi les risques pour le commerce et les régions touristiques. Dans la commune glaronnaise, la logique s’inverse. Le dimanche sans voiture vise désormais à limiter l’afflux de visiteurs et à préserver la région.

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