«Des petits pièges à dettes»
De plus en plus prisés par les Suisses, les paiements échelonnés comportent un risque

En Suisse, les paiements échelonnés séduisent un consommateur sur quatre, mais les conseillers en endettement mettent en garde contre les pièges financiers. Une enquête révèle que 20% ressentent une charge psychologique importante.
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En Suisse, les paiements échelonnés séduisent un consommateur sur quatre.
Photo: Getty Images
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Sven Schumann

Recevoir son ordinateur portable aujourd'hui, et ne le payer que plus tard? C'est tentant. Les paiements échelonnés et les offres dites «Buy now, pay later» (en français, «achetez maintenant, payez plus tard») sont de plus en plus populaires. En Suisse, près d'une personne sur quatre utilise le paiement échelonné. C'est ce que montre une nouvelle enquête représentative de l'institut de sondage YouGov, mandaté par Galaxus. Les produits les plus concernés sont les voitures, les articles électriques et les meubles.

Cette méthode de paiement offre l'avantage d'étaler la facture sur une période plus longue, en la divisant par des tranches de plus petits montants. Mais attention: certaines offres comportent des intérêts et frais cachés.

Pourquoi tant d'acheteurs optent-ils pour cette option? Alors que la majorité des sondés affirme que les paiements échelonnés leur permettent de mieux planifier leurs dépenses mensuelles, près d'un tiers des utilisateurs reconnaissent qu'ils «ne pourraient pas s'offrir le produit autrement». 

Moins utilisé en Suisse que chez les pays voisins

Les Suisses interrogés disent utiliser plusieurs fois par année le paiement échelonné. Un cinquième d'entre eux admet toutefois ressentir une charge psychique forte, ou très forte, en cas de paiements échelonnés réguliers. Toutefois, les consommateurs suisses restent moins friands de ce type de paiement que leurs voisins – près de la moitié d'entre eux y ont déjà recours.

  • Ces paiements sont souvent effectués par des prestataires de paiement externes, comme Klarna. L'entreprise suédoise se vante de proposer «des méthodes de paiement flexibles, adaptées à votre budget». Autre fournisseur populaire: Heylight, qui permet d'étaler les factures de plus de 500 francs sur 12 à 36 mois, notamment chez le commerçant en ligne Brack, avec un taux d'intérêt annuel de 9,9%. A titre d'exemple, en payant un smartphone de 1000 francs sur trois ans, près de 150 francs d'intérêts s'ajoutent au prix d'achat.
  • Des inquiétudes surgissent

    Mais ce qui séduit à court terme les consommateurs inquiète les conseillers en matière d'endettement. Pascal Pfister, directeur de l’association faîtière Dettes Conseils Suisse, constate que les offres de type «Buy now, pay later» prennent de plus en plus de place dans le conseil en matière d’endettement, en particulier chez les jeunes. Selon lui, le risque de surendettement est élevé. «Des coûts supplémentaires, souvent négligés, peuvent s’ajouter si le plan de remboursement n’est pas respecté et que des frais de rappel sont appliqués», précise-t-il.

    Selon l'expert, les prestataires comptent un peu sur le fait que les acheteurs ne paient pas à temps: «Avec les crédits sans intérêts, les prestataires ne gagnent de l'argent que si le paiement n'est pas effectué dans les délais. C'est pourquoi, en réalité, les offres peuvent être des petits pièges à dettes.» Il recommande aux consommateurs de payer par carte de débit afin de garder une vue d'ensemble des coûts, et de se faire aider auprès d'un conseiller budgétaire en cas de problème.

    Interrogés, les commerçants en ligne Galaxus et Brack expliquent que l’option de paiement en plusieurs fois répond au besoin de flexibilité exprimé par la clientèle. Ils précisent toutefois que ce mode de paiement ne représente qu’une part très marginale des transactions et qu'un contrôle de solvabilité est nécessaire. 

    Mais la dépendance au shopping reste un sujet brûlant. Cette semaine, Galaxus a lancé une nouvelle fonctionnalité: les utilisateurs ont désormais la possibilité de consulter en un coup d'œil combien ils ont dépensé jusqu'à présent. Ils peuvent fixer une limite de dépenses personnelle afin d'éviter les dérives et de garder le contrôle sur leur budget. 

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