Dans cet appartement soleurois, aucune photo d'enfants n'est accrochée aux murs, aucun jouet ne traine par terre. Rien ne laisse supposer que Dijana Hisenaj est mère d'un fils de 10 ans et d'une fille de 7 ans. Et pourtant, c'est bien le cas. «Toutes les photos sont dans un carton à la cave, je ne supporte tout simplement pas de les regarder », confie-t-elle.
Cela fait cinq ans et demi qu’elle n’a pas revu ses enfants. Ils ont été enlevés par leur père et personne ne sait où ils se trouvent. Elle a autorisé Blick à diffuser les photos de ses enfants.
Une relation marquée par la violence
Tout a commencé lorsque Dijana Hisenaj avait 17 ans. Originaire du Kosovo, elle vivait en Slovénie. Haris B., âgé de 29 ans à l'époque, lui faisait la cour. Ils se sont mis en couple et la jeune femme est tombée enceinte peu après son dix-huitième anniversaire.
Le couple émigre dans le canton de Berne en quête de meilleures perspectives économiques. C’est là que naît leur fils Amir. Mais la situation se complique au sein de la nouvelle famille. «Haris ne cessait de me frapper et de me menacer», raconte Dijana Hisenaj. Même la naissance de leur fille Amaya n’améliore pas la situation. Le couple se sépare, mais les parents restent en contact pour le bien-être de leurs enfants.
Vous, ou l'une de vos proches, êtes victime de violences de la part d'un partenaire ou d'un proche? Voici les ressources auxquelles vous pouvez faire appel.
En cas de situation urgente ou dangereuse, ne jamais hésiter à contacter la police au 117 et/ou l'ambulance au 144.
Pour l'aide aux victimes, plusieurs structures sont à votre disposition en Suisse romande, et au niveau national.
- Solidarité Femmes Bienne
032 322 03 44
9-12h et 14-20h
Mercredi: 14-20h
Samedi: 10-12h
Dimanche: 17-20h - Solidarité Femmes et Centre LAVI Fribourg
info@sf-lavi.ch
026 322 22 02 9-12h et 14h-18h
Ligne de nuit 19h-7h
Weekends et jours fériés: 11–17h - AVVEC Genève
info@avvec.ch
022 797 10 10 - Au cœur des Grottes, Genève
022 338 24 80
Lu-Ve 8h30-12h - Ligne d’écoute en matière de violence domestiques Genève
0840 11 01 10 - Centre d’accueil Malley Prairie, Lausanne
021 620 76 76
Non—stop - Maison de Neuchâtel SAVI
savi.ne@ne.ch
032 889 66 49 - SAVI La Chaux-de-Fonds
savi.cdf@ne.ch
032 889 66 52 - Unité de médecine des violences (UMV)
Consultation médico-légale - Bureau fédéral de l’égalité
- LAVI. Aide aux victimes d’infractions
- Fédération solidarité femmes Suisse
- Brava – ehemals TERRE DES FEMMES Schweiz
076 725 91 21
Lundi à Mercredi 14h-16h
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La police doit intervenir à maintes reprises. «Une fois, il m’a frappée jusqu’à ce que je perde connaissance sur l’autoroute, alors qu’il était au volant», se souvient la jeune femme. Ce n’est qu’un épisode parmi d’innombrables autres d’une relation abusive que l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA) documentera par la suite. Blick a pu consulter ces rapports. Le couple finit par se séparer.
Aujourd’hui, Dijana Hisenaj déclare: «Malheureusement, à l’époque, je ne me suis pas opposée à lui par tous les moyens possibles. J’ai toujours gardé l’espoir que nous finirions par nous réconcilier d’une manière ou d’une autre.»
Un enlèvement prémédité
Mais, cet espoir s'est avéré vain. En août 2020, l'APEA doit régler à titre provisoire le droit de visite du père. «A partir de là, il n’a cessé de laisser entendre qu’il enlèverait les enfants», explique la mère. Ses craintes sont consignées dans le dossier judiciaire. «Mais rien n’a été entrepris.» A ce moment-là, il a encore le droit de voir régulièrement ses enfants.
La procédure relative à la garde devant l'APEA est en cours. Puis arrive le 5 décembre 2020. Ce jour-là, c'est Haris B. qui s'occupe des enfants. Il est censé les ramener chez leur mère le soir même. «J’ai senti au fond de moi que quelque chose n’allait pas», se souvient Dijana Hisenaj.
Le début d'un long combat
Lorsqu’il devient évident que Haris B. ne ramènera pas les enfants, il est déjà trop tard. «Il était déjà en Slovénie avec eux. Il avait mis à exécution le plan qu’il avait élaboré depuis longtemps», explique la mère. Elle fait appel aux autorités, et l’Office fédéral de la justice se mobilise. La Convention de La Haye sur l’enlèvement international d’enfants (CIE) doit permettre de ramener Amir et Amaya auprès de leur mère.
Début janvier 2021, l'APEA accorde à la mère la garde exclusive. Peu après, le tribunal de district compétent de Ljubljana ordonne la restitution des enfants, mais les enfants sont introuvables. Le 9 janvier, ils devaient être rendus à leur mère, mais le père s’y est opposé.
En raison de ce refus et de menaces, il est placé en détention provisoire pendant environ huit mois. Même là, Haris B. refuse de révéler où se trouvent les enfants. Même une décision du Tribunal fédéral – que Blick a pu obtenir –, qui confirme la garde exclusive de la mère, le laisse de marbre.
Disparus sans laisser de traces
Deux tribunaux slovènes l’ont par la suite déclaré coupable d’enlèvement d’enfants. Mais comme Haris B. a fait appel, aucune peine définitive n’a encore été prononcée à ce jour. «Il y a eu sans cesse des retards incroyables, tout a pris énormément de temps, explique Dijana Hisenaj. Les autorités sont impuissantes. Mon ex-mari a comparu devant le juge, mais mes enfants sont toujours portés disparus. C’est inconcevable.»
Dijana Hisenaj résume l'enfer qu'elle traverse: «J’ai la loi de mon côté, mais c’est lui qui a les enfants. Je n’arrive pas à croire que cet homme soit en liberté.» Et ce n’est pas tout: Haris B. porte plainte contre son ex-compagne, l’accusant de négligence envers les enfants. Bien que le parquet slovène ne voie aucune preuve à l’appui, en 2025, le tribunal ouvre une procédure toujours en cours à ce jour. «Du jour au lendemain, c’est moi qui suis devenue la méchante, on m’a même menacée d’emprisonnement», raconte-t-elle.
Une décision douloureuse
A l’automne 2025, la pression devient trop forte pour Dijana Hisenaj. Elle prend alors une décision incroyablement difficile et douloureuse. Pour éviter des poursuites judiciaires, elle accepte une médiation et le transfert de la garde de ses enfants à son ex-mari. «Je suis à bout, tant mentalement que financièrement, dit-elle. Je sais ce que cela peut laisser penser, mais je n’en peux plus. Et au moins, j’aurais ainsi su où se trouvaient mes enfants. »
Malgré cette concession, les enfants sont toujours portés disparus. «Mon ex-mari pensait que le tribunal lui accorderait la garde sans qu’il ait à amener les enfants. Bien sûr, la juge ne l’a pas fait. Il a sans doute peur que, s’il amène les enfants, on les lui retire en vertu de la convention sur l’enlèvement d’enfants», explique Dijana Hisenaj.
L’impasse qui dure depuis cinq ans persiste donc. Dijana Hisenaj ne sait pas comment les choses vont évoluer. «Je suis désespérée», souffle-t-elle.
«C’est mon ex qui pose problème»
De son côté, Haris B. voit les choses très différemment. Blick a pu le joindre par téléphone. Il a d’abord exposé son point de vue, affirmant que les autorités suisses n’étaient pas compétentes dans cette affaire. Mais il est ensuite revenu sur ses déclarations.
L’Office fédéral de la justice semble impuissant. Sa porte-parole, Ingrid Ryser, nous répond en des termes génériques: «Les enlèvements d’enfants posent des défis récurrents, notamment l’exécution des décisions de retour. On constate à cet égard que les Etats dotés de procédures spécialisées ont tendance à disposer de processus plus efficaces. C’est le cas, par exemple, de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.» Cela ne semble pas être le cas pour la Slovénie.
* Nom modifié