Le plus grand contribuable en Suisse n’est pas une entreprise nationale. Le groupe pharmaceutique américain Merck Sharp & Dohme (MSD) verse nettement plus d’impôts dans les caisses de l’Etat que les poids lourds suisses Novartis, Roche ou Nestlé.
Concrètement, le géant pharmaceutique a payé 1,8 milliard de francs d’impôts sur les bénéfices l’an dernier, selon le portail «Republik». Le réseau international de journalistes ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) a aussi participé à l’enquête. Au total, 6% des recettes de l’impôt sur le bénéfice des entreprises en Suisse proviennent de MSD.
Pour 2025, le groupe américain a dû indiquer pour la première fois dans son rapport annuel s’il réalisait plus de 5% de ses bénéfices dans un autre pays. C’est le cas en Suisse comme aux Pays-Bas. Au total, MSD réalise près d’un quart de ses 65 milliards de francs de chiffre d’affaires en Europe. Le groupe n’a pas souhaité commenter davantage auprès de «Republik».
Combien les entreprises suisses paient-elles?
L’an dernier, le plus grand contribuable suisse du pays était Roche. Le géant bâlois a payé près de 1,3 milliard de francs d’impôts sur les bénéfices en 2025, selon des recherches de la «Handelszeitung» encore inédites. Un demi-milliard de moins que MSD. Le groupe américain verse aussi plus du double d’impôts en Suisse que Nestlé (875 millions) ou Novartis (765 millions). L’année précédente, Roche arrivait déjà en tête, mais avec 840 millions, soit nettement moins qu’en 2025. Chez Novartis, les impôts ont même légèrement reculé depuis 2024.
Les 1,8 milliard de francs versés l’an dernier en Suisse pourraient particulièrement agacer Donald Trump. Le président américain souhaite en effet renforcer la création de valeur aux Etats-Unis. Mais c’est précisément une réforme fiscale adoptée sous son mandat en 2017 qui rend intéressant pour MSD de générer d’importants revenus à l’étranger. A l’époque, l’impôt sur les bénéfices avait été réduit et les filiales étrangères fortement allégées.
Plus étonnant encore, le montant versé par MSD pourrait être plus élevé. Le groupe bénéficie actuellement d’un accord fiscal avec la Suisse valable jusqu’en 2032. Son contenu reste secret. Par ailleurs, la Suisse, avec son impôt sur les bénéfices relativement bas, reste très attractive pour les multinationales.
Nouveau siège social à Lucerne
Dans sa filiale suisse, MSD emploie actuellement 1000 personnes. Les trois quarts travailleront bientôt dans un nouveau siège situé à la gare de Lucerne, dont l’ouverture est prévue en mai. De l’extérieur, il s’agit d’un bâtiment en verre discret. A l’intérieur, les employés disposeront notamment d’une bibliothèque et d’un centre de fitness, selon la «Luzerner Zeitung».
Le directeur suisse par intérim de MSD s’est exprimé dans le journal sur les activités en Suisse. «L’accent est mis sur les soins aux patients, la recherche et le développement ainsi que les fonctions internationales. A Schachen, nous produisons des médicaments exclusivement pour des études cliniques», a expliqué Jasper Kunow fin mars.
Fait marquant, l’an dernier, le canton de Lucerne a encaissé bien plus d’impôts sur les entreprises que prévu, ce qui lui a permis de clôturer 2025 avec un excédent de 338 millions de francs. En raison du secret fiscal, on ignore quelle part des 1,8 milliard versés par MSD revient à Lucerne.
Il est aussi possible que le canton de Zurich en bénéficie. Dès 1963, MSD avait ouvert sa première succursale en Suisse à Zurich. Aujourd’hui, 250 employés travaillent encore au Circle, à l’aéroport de Zurich.