Jusqu’au bout, Claude Meier s’est battu bec et ongles. L’ancien chef de l’Etat‑major de l’armée suisse souhaitait à tout prix éviter que le versement de près de 180’000 dont il a bénéficié de la part de Viola Amherd ne soit rendu public. La cheffe du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a en effet contribué à adoucir son départ prématuré.
Bien que, selon le Tribunal fédéral, l’Etat soit tenu de divulguer les indemnités de départ des cadres supérieurs, Claude Meier a fait opposition. Ce n’est qu’après une recommandation du Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) que le Département de la défense a communiqué le montant de l’indemnité de départ. Claude Meier a touché précisément 179’016 francs.
Intelligent, précis, maniaque
Claude Meier a longtemps été considéré comme l’un des plus grands talents de l’armée suisse. Sous le commandant du général André Blattmann, il est devenu divisionnaire et chef d’état-major de l’armée – faisant de lui l’un des hommes les plus puissants de la troupe.
Après le départ de Blattmann, c’est Philipp Rebord qui a pris la tête de l’armée. Sous sa direction, Claude Meier s’est épanoui: Philipp Rebord a misé sur la stratégie, les contacts internationaux et la liberté pour ses cadres. Selon des sources internes, Claude Meier était alors le chef officieux de l’armée. Il dirigeait les opérations de l’armée comme personne d’autre.
Les personnes qui connaissent bien Claude Meier le décrivent comme quelqu’un de très intelligent, précis, un «maniaque» dans le meilleur sens du terme comme dans le pire. Lorsque Meier s’attaquait à quelque chose, c’était avec conviction. On dit de lui qu’il faut s’habituer à son humour, mais que sa ténacité est légendaire. L’un de ses camarades témoigne d’un homme «têtu comme une mule».
Lutte de pouvoir avec le nouveau chef de l’armée
Claude Meier souhaitait devenir chef de l’armée, mais la conseillère fédérale Viola Amherd a porté son choix sur Thomas Süssli. Pendant le commandement de Philipp Rebord, Thomas Süssli était partisan du micro-management. Plus il restait en fonction, plus il faisait fi de l’avis des experts à l’interne, y compris de ceux de son chef d’état-major de l’armée.
Dès le début, les relations entre Thomas Süssli et Claude Meier ont été tendues. Thomas Süssli devançait Claude Meier sur des dossiers qui relevaient auparavant de la compétence de l’état-major de l’armée. Mais Claude Meier ne s’est pas laissé faire, a abordé ouvertement les sujets, a posé des questions – trop ouvertement au goût de son supérieur. Le conflit s’est progressivement envenimé, jusqu’à ce que Thomas Süssli veuille se débarrasser de Claude Meier.
Régression de carrière à Genève
Plusieurs postes ont été proposés à Claude Meier, dont celui de commandant des Forces aériennes. Meier a également été pressenti pour la direction de Ruag et d’Armasuisse. Mais ses relations avec Thomas Süssli s’étaient trop détériorées pour qu’il puisse les occuper.
Claude Meier a finalement atterri à Genève, dans un poste lui laissant nettement moins de marge de manœuvre. «Le divisionnaire Claude Meier, actuellement chef de l’état-major de l’armée, deviendra officier supérieur d’état-major au Centre pour la paix et la sécurité à Genève à compter du 1er janvier 2021», avait annoncé le Conseil fédéral en 2020. Pour Claude Meier, il s’agissait d’une régression dans sa carrière.
A Genève, selon des sources bien informées, des tensions auraient également éclaté. Les think tanks genevois n’étaient pas satisfaits des performances de Meier. Finalement, le DDPS était prêt à mettre Claude Meier à la retraite anticipée en 2024, avec une indemnité de départ de près de 180’000 francs. Meier n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet.