Qu'il s'agisse de nouveaux avions de combat, de systèmes radar ou de drones de reconnaissance, l'armée fait régulièrement la une des journaux, notamment en raison des retards de livraison ou de la hausse des coûts. Pour redorer son blason, le nouveau ministre du Département fédéral de la défense (DDPS) Martin Pfister a alors fait appel à Robert Scheidegger. Une décision stratégique, puisque ce dernier a passé au crible le DDPS durant des années alors qu'il oeuvrait pour le compte du Contrôle fédéral des finances (CDF).
Mais cela n'a pas empêché de nouvelles critiques. Dans son dernier rapport, le CDF critique la gestion des fonds de l'armée lors de la mise hors service des systèmes d’armes jugés obsolètes. Le problème est qu'il ne s'agit pas de cas isolés, mais de «lacunes systématiques», explique le CDF. A titre d'exemples, il cite l'artillerie de forteresse ou les obus de mortier Stryx.
Aucun progrès constaté
La recommandation – classée comme «priorité 1» – qui préconisait de veiller davantage aux économies et à l'utilisation efficiente des ressources, n'a pas été mise en œuvre. Cela figure dans plusieurs rapports de ces dernières années. Et pourtant, «le CDF n'a constaté aucun progrès depuis 2020».
Le rapport de l'organe de contrôle brosse un tableau peu flatteur de la situation. Un constat d’autant plus embarrassant pour le DDPS et l’armée qu’ils continuent de solliciter des moyens financiers supplémentaires auprès du Parlement. Dans ce contexte, les accusations de gaspillage à l'encontre de l'armée font tache.
Le CDF plaide pour des directives internes contraignantes qui tiennent compte de l'utilisation économique des ressources, conformément à la loi sur les finances de la Confédération. Il demande aussi la preuve d’un rapport coût-efficacité optimal. «La loi sur les finances prescrit que l'administration doit veiller à une utilisation efficace et économique des moyens», précise le Contrôle des finances à Blick. «Après tout, il s'agit de l'argent des contribuables.»
Mettre l'accent sur la rentabilité
Comme il n'y a plus eu de mises hors service importantes ces derniers temps, le Contrôle fédéral des finances a analysé quatre mises hors service mineures sous l'angle de la rentabilité, avant d'en discuter avec des représentants de l'Etat-major de l'armée. La conclusion s'est avérée décevante: «La rentabilité ne jouait pas de rôle décisif», en conclut le CDF. Du matériel a par exemple été remis à des musées au lieu d'être revendu.
Pour l'organe de contrôle, cela ne semble rien présager de bon pour l'avenir. Le message sur l’armée 2025 prévoit la mise hors service définitive des avions F-5 Tiger de la Patrouille Suisse, décision entérinée par le Parlement.
Mais cette fois, la situation devrait changer. Le CDF s'attend à ce que le Département fédéral de la défense mette l'accent sur les économies, en procédant notamment à la vente de l’ensemble des appareils concernés. Cette orientation correspond aux intentions affichées par le département. Cinq avions destinés à des musées pourraient également être cédés.
L’Etat-major de l’armée se rallie aux recommandations. Selon le rapport du CDF, il a assuré de les mettre en œuvre. A l’avenir, les mises hors service devront être menées de manière transparente, avec un accent particulier sur la rentabilité.