Six mois après le drame de Crans-Montana
Jean-Luc Addor, avocat de victimes, condamne la lenteur des indemnisations et propose une alternative

Six mois après le drame de Crans-Montana, certaines familles des victimes attendent toujours leurs indemnités. Le conseiller national UDC Jean-Luc Addor évoque la possible mise en place d'un tribunal arbitral.
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Les mères Laetitia Brodard Sitre (à gauche) et Vinciane Stucky ont perdu leurs fils dans la nuit de la Saint-Sylvestre.
Photo: Keystone
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Raphael Rauch

Plus de six mois après la catastrophe survenue à Crans-Montana, le mécontentement face à la gestion politique de cette crise s'exprime avec virulence. Jean-Luc Addor, conseiller national de l'UDC et avocat de victimes, critique la table ronde prévue par le Conseil fédéral sur les conséquences de l'incendie du bar «Le Constellation», qui a fait 41 morts et 115 blessés, pour la plupart grièvement: «Ce projet ressemble à un ovni: beaucoup de paroles, mais aucun résultat concret.»

En effet, la table ronde ne s'est toujours pas réunie à ce jour. L’ancien conseiller d’Etat neuchâtelois Laurent Kurth, du Parti socialiste, s’est contenté de mener des entretiens préliminaires avec la Confédération, les cantons, la commune de Crans-Montana, les représentants des victimes et des compagnies d’assurance telles qu’Axa.

C’est auprès de cette dernière que sont assurés les propriétaires du club, Jessica et Jacques Moretti, et la commune de Crans-Montana. La table ronde devait permettre d’indemniser les victimes rapidement et sans formalités administratives, en évitant de longues procédures judiciaires. Mais peu de choses ont été faites jusqu’à présent. Le verdict d’Addor est sans appel: «Rien n’a encore été obtenu pour les victimes.»

Selon la loi, la Confédération ne serait pas tenue de verser quoi que ce soit

Pourquoi cela prend-il autant de temps? «Dès que les premières décisions concernant la constitution de la table ronde auront été prises, l’Office fédéral de la justice (OFJ) informera les personnes concernées et le grand public. Cela devrait avoir lieu avant la pause estivale», déclare Ingrid Ryser, porte-parole de l’OFJ. On ignore toujours si la Confédération souhaite participer à un accord à l’amiable. Une partie du Parlement s’y oppose.

Le conseiller aux Etats UDC de Schaffhouse, Hannes Germann, rejette l'idée que Berne débloque des fonds supplémentaires: «La Confédération ne doit pas intervenir financièrement. C’est désormais aux responsables valaisans et aux compagnies d’assurance de prendre leurs responsabilités.» Selon la législation en vigueur, la Confédération n’est pas tenue de verser quoi que ce soit: la responsabilité incombe à l’exploitant du club, à la commune de Crans-Montana, au canton du Valais ainsi qu’à leurs compagnies d’assurance.

Addor met Parmelin face à ses responsabilités

Pour Jean-Luc Addor, la table ronde prend bien trop de temps. C'est pourquoi, il propose désormais une alternative. Au lieu de «discussions interminables», il souhaiterait mettre en place un tribunal arbitral capable de rendre rapidement des décisions contraignantes. Blick a pu prendre connaissance d'un projet en ce sens qui, selon l'élu UDC, aurait même été approuvé par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye. L’objectif: des indemnisations plus rapides, voire des avances pour les victimes, sans avoir à passer par des procédures civiles qui s'éternisent.

Tout comme la table ronde, la participation à un tribunal d’arbitrage serait facultative, mais pourrait toutefois être encadrée par la Confédération. Jean-Luc Addor interpelle son collègue de parti Guy Parmelin: en tant que président de la Confédération, il pourrait faire avancer les choses. «Tout le monde prétend vouloir aider les victimes et leurs proches rapidement et sans formalités administratives. Pourtant, une partie des personnes concernées attend toujours les 50'000 francs de la Confédération», critique-t-il. «La table ronde reste jusqu’à présent un concept théorique: ma proposition est concrète et réalisable.»

Seules 88 indemnités versées à ce jour

Le canton du Valais a reçu pour consigne de verser 50'000 francs par victime et de facturer ce montant à la Confédération. Le canton a confirmé à Blick n'avoir versé jusqu'à présent que 88 indemnités sur un total de 125.

Mais cela devrait désormais changer: «Treize décisions ont été rendues cette semaine, le versement devrait avoir lieu la semaine prochaine. Dix décisions seront soumises au Conseil d’Etat la semaine prochaine. Le versement aura lieu entre fin juin et début juillet.» Douze décisions sont encore en suspens en raison de documents manquants, et pour deux d’entre elles, il faut attendre l’expiration du délai de recours.

«On nous laisse seuls»

«Je ne comprends pas pourquoi cela prend autant de temps», nous déclare Vinciane Stucky. Cette mère a perdu son fils Trystan, âgé de 17 ans, dans la nuit du Nouvel an. «La Confédération a fait beaucoup de promesses, et les fondations ont fait de nombreuses annonces, mais on nous laisse livrés à nous-mêmes.» Elle a reçu un peu d’argent de la fondation Swisshearts et du Rotary Club. Elle n’a rien entendu de la part de Laurent Kurth ni de la table ronde, pas plus que de la fondation Beloved, présidée par Doris Leuthard.

«Je comprends très bien l’impatience des familles. Nous avons d’abord dû élaborer les règlements nécessaires, trouver un secrétariat, créer un site web, etc. Nous sommes désormais au terme de ce processus et pouvons passer à l’action», a déclaré l'ancienne conseillère fédérale à Blickj. Il est désormais important d’informer les familles «sur la manière dont leurs demandes concrètes peuvent être déposées, puis traitées par la fondation. Ce sera notre priorité dans les jours à venir.»

L’ambassadeur d’Italie vient renforcer le conseil de fondation

Doris Leuthard a trouvé un allié engagé pour sa cause: l’ambassadeur d’Italie Gian Lorenzo Cornado, qui prendra bientôt sa retraite, deviendra membre du conseil de fondation à titre privé, selon la «NZZ». Mercredi, Cornado fera ses adieux à Crans-Montana, où il déposera une dernière fois une gerbe. Sa mission en Suisse prendra alors fin.

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