Lacunes dans les contrôles de sécurité en Valais
«Nous ignorons quelles communes sont concernées»

Après Crans-Montana, il devient clair que le système informatique VS Fire a entraîné plusieurs manquements aux contrôles. Mais combien de bâtiments sont-ils encore concernés par ces négligences?
1/5
Marie Claude Noth-Ecoeur, cheffe du service de la sécurité civile du Valais, ne sait pas quelles communes sont concernées.
Photo: keystone-sda.ch
RMS_Portrait_AUTOR_814.JPG
Martin Meul

Le bar «Le Constellation» de Crans-Montana n'avait pas été inspecté depuis six ans lorsque la catastrophe a eu lieu. Et il est probable que ce manquement ne soit pas isolé: combien de communes présentent des lacunes similaires dans le contrôle des incendies?

Lors de son audition devant le Ministère public, le responsable de la sécurité de Crans-Montana, a expliqué qu’un chaos informatique avait contribué à la catastrophe. Le manque de données a empêché tout contrôle efficace des établissements.

Problème: le système chaotique VS Fire n'était pas seulement utilisé à Crans-Montana. D'autres communes l'ont également utilisé. Après l'enfer du «Constellation», on craint désormais que d'autres communes n'aient pas pu être contrôlées correctement en raison du manque de données.

Un informaticien en proie à des troubles

Au centre de cette débâcle, un entrepreneur en informatique de 64 ans a joué un rôle déterminant dans les inspections de sécurité incendie de la commune de Crans-Montana. Il était responsable des systèmes informatiques où étaient stockées toutes les données, notamment les dates d'inspection des établissements et les mesures de sécurité incendie ordonnées.

Mais aucune sauvegarde n'avait été effectuée et personne n'était chargée d'assurer l’accès aux informations. Quand ce dernier a commencé à montrer des signes de troubles mentaux, la commune a perdu tout contrôle sur le système.

L'informaticien a même tenté de faire du chantage, ce qui lui a valu une comparution devant le tribunal. Il n'a cependant pas été condamné pour cause de responsabilité atténuée. Une grande partie des données qu'il gérait a néanmoins été définitivement perdue. «Les données de l'ancien logiciel VS Fire n'ont pas pu être récupérées», selon un rapport du Parlement valaisan datant de 2024. 

Le canton reste démuni

«Plusieurs communes ont utilisé le système informatique fourni par ce prestataire pour gérer certaines de leurs responsabilités, notamment les inspections de sécurité incendie», explique Marie Claude Noth-Ecoeur, cheffe du service de la sécurité civile du canton du Valais, à Blick.

«
Il n'incombait pas au canton d'intervenir, ni de gérer des données appartenant aux communes
Marie-Claude Noth-Ecoeur, cheffe du service de la sécurité civile du canton du Valais
»

Autrement dit, comme il s'agissait de tâches relevant des communes, elles étaient aussi responsables de la sauvegarde des données. «Il n'incombait pas au Canton d'intervenir, ni de gérer des données appartenant aux communes, explique Marie Claude Noth-Ecoeur. Nous ignorons quelles communes sont concernées!» Le Canton du Valais n'a donc aucune idée de l'ampleur de l'impact sur la sécurité des bâtiments.

Peu de réponses à nos questions

Blick a depuis contacté plusieurs grandes communes du Valais, dont Sion, Sierre et Martigny, mais aussi des destinations touristiques majeures comme Verbier, Nendaz et Zermatt. Le sujet semble très délicat, car 12 des 15 municipalités contactées n'ont pas répondu à nos questions.

La municipalité de Brigue-Glis précise, via son porte-parole Bruno Kalbermatten: «A Brigue-Glis, VS Fire servait uniquement pour les données liées aux interventions des pompiers. Les informations concernant la protection incendie n'étaient pas encadrées par ce système.»

Parallèlement, le secrétaire communal de Saas-Fee, Bernd Kalbermatten, déclare: «En raison de toutes les procédures en cours en rapport avec Crans-Montana, nous ne pouvons malheureusement pas donner de réponse à ce stade.»

Le désastre d'un seul homme

Alors que le Canton rappelle aux communes leurs responsabilités, il doit toutefois essuyer plusieurs critiques, notamment pour avoir confié un projet informatique aussi central à une seule et même personne.

Une situation qui n'est pas propre à VS Fire. En mars, le Parlement valaisan débattra d'une motion du parti du Centre Haut-Valais critiquant précisément cette situation. La motion cite deux autres projets informatiques du Canton dont le fonctionnement repose entièrement sur l'expertise d'une seule personne. «Il est inacceptable de dépendre d'un seul individu pour l'exploitation et le développement d'applications informatiques et, de surcroît, de se fier à une documentation incomplète», affirme la motion.

Chez VS Fire, on a reconnu le problème et on y a remédié, déclare entre-temps Marie Claude Noth-Ecoeur. «Le nouvel opérateur n'est plus une entreprise individuelle, mais une société avec plusieurs employés. Ce nouveau logiciel est utilisé dans de nombreux cantons suisses.»

Articles les plus lus