Guy Parmelin, votre année présidentielle a commencé par un événement tragique. Où étiez-vous lorsque vous avez appris la nouvelle? Quelle a été votre première réaction?
Ce fut un grand choc! Mes pensées vont vers les nombreuses victimes, leurs familles, leurs proches et leurs amis. Mais aussi vers les nombreux sauveteurs. Cela fait extrêmement mal de penser à toutes ces personnes qui voulaient fêter la nouvelle année et qui se sont soudainement retrouvées au coeur de cette catastrophe. Nous nous trouvions dans notre appartement de vacances dans les montagnes vaudoises, lorsque j'ai été alerté, peu après 7 heures. J'ai rapidement compris l'ampleur de la tragédie. J'ai tout de suite appelé le conseiller d'Etat valaisan Stéphane Ganzer et j'ai eu plusieurs contacts avec le président du gouvernement valaisan Mathias Reynard. Après ces entretiens, j'ai immédiatement informé mes collègues du Conseil fédéral.
Des familles attendent de savoir si leur fille ou leur fils est encore en vie. Que peut faire le Conseil fédéral, à part apporter du réconfort?
La Confédération coordonne les aides de toutes sortes, que ce soit pour l'organisation des services médico-légaux qui s'occupent de l'identification des victimes ou pour le transfert à l'étranger des blessés les plus graves. Je suis conscient que l'incertitude est quelque chose d'extrêmement difficile pour les proches. Je vous assure que les autorités compétentes font vraiment tout ce qui est en leur pouvoir pour identifier toutes les victimes le plus rapidement possible.
Qui sont vos héros dans cette tragédie?
Les nombreuses équipes de secours et de police qui sont intervenus sur place. Mais aussi et surtout les nombreux pompiers de milice qui ont risqué leur vie pour ces opérations de sauvetage terribles et extrêmement difficiles. Ou encore à tous les médecins et le personnel soignant des hôpitaux qui, depuis des jours, s'occupent sans relâche des nombreuses personnes très gravement blessées. Je pense également aux experts médico-légaux qui ont la lourde tâche d'identifier les nombreuses personnes décédées. Je suis profondément impressionné par eux.
La Suisse n'a pas une grande expérience du deuil national. Mais les gens ont besoin d'un moment pour exprimer leur émotion ensemble. Que prévoit la Confédération?
En vertu des compétences qui me sont accordées en tant que président de la Confédération, j'ai rapidement décrété que les drapeaux seraient mis en berne pendant cinq jours sur les bâtiments de la Confédération et sur toutes les ambassades suisses dans le monde. Il s'agit d'un signe de sympathie et de solidarité envers les victimes, les proches et les familles et amis concernés. Les Cantons et de nombreuses institutions privées en feront de même en signe de deuil. Le 9 janvier, la Confédération prévoit une journée de deuil national en collaboration avec les Eglises suisses. En signe supplémentaire de solidarité nationale, toutes les cloches des églises de Suisse sonneront à 14 heures, au moment où débutera une cérémonie funèbre à Crans-Montana. Une minute de silence est prévue au même moment. Ce moment de recueillement permettra à tous les habitants de la Suisse de rendre personnellement hommage aux victimes de la catastrophe.
En temps de crise, la nation fait preuve de solidarité. Des appels à une aide rapide aux victimes se font entendre. Comment la Confédération compte-t-elle aider?
Cette grande solidarité me touche, et elle est très importante. Selon la loi sur l'aide aux victimes, les victimes et les proches ont en principe le droit de bénéficier de cette aide. Une aide immédiate est apportée dès qu’une catastrophe majeure comme celle de Crans-Montana survient, même si la cause criminelle n'est pas encore établie. A la demande des Cantons, qui sont compétents en vertu de la loi, l'Office fédéral de la justice coordonne à titre subsidiaire, en cas d'événements extraordinaires, les activités des centres de consultation pour les victimes et des autres autorités cantonales. L'Office fédéral de la justice est en contact à ce sujet avec le Canton du Valais et la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales.
De nombreux pays ont proposé leur aide, dont nos voisins français, italiens et allemands. Quelle est l'importance de ce signe de solidarité?
C'est très important. J'ai reçu des témoignages de solidarité de très nombreux pays. Il y a beaucoup de chefs d'Etat et de gouvernement qui se sont manifestés et qui ont proposé leur aide. Ce sont surtout les pays voisins qui nous ont contactés pour nous apporter du soutien concret, en proposant, par exemple, le soutien de spécialistes médicaux. Les blessés sont pour la plupart gravement brûlés et souffrent de problèmes pulmonaires. Cela doit être coordonné directement avec les services médico-légaux et les cliniques. Car la priorité est de sauver autant de vies que possible et de soulager les souffrances. Il s'agit d'une course contre la montre. Au niveau diplomatique, nous souhaitons faciliter l'entrée des familles pour qu'elles puissent rendre visite à un proche hospitalisé et pour que les corps des personnes décédées puissent également être identifiés et remis à leur famille. L'objectif est d'apporter un soutien aussi rapide et efficace que possible. C'est pourquoi le centre de gestion de crise du DFAE est également intervenu immédiatement.
La Suisse est considérée comme l'un des pays les plus sûrs. Cette catastrophe ébranle toutes les certitudes. Quel message adressez-vous à tous ceux qui perdent maintenant confiance en la Suisse?
Cette catastrophe touche un très grand nombre de personnes – des jeunes, des familles. Beaucoup ont perdu des proches, des amis ou des connaissances, d'autres ont leur fils ou leur fille à l'hôpital. Nous devons maintenant clarifier exactement comment cela s'est passé, comment cela a pu arriver. Nous devons maintenant voir, avec les autorités cantonales et communales, comment prendre des mesures pour qu'une telle catastrophe ne se reproduise pas. C'est le rôle de la justice de déterminer si toutes les mesures de sécurité ont été respectées. Nous le devons aux personnes concernées. Nous devons tout clarifier, et ce le plus rapidement et le plus minutieusement possible.