Scandale du faux certificat Covid
Anne Lévy, cheffe de l'OFSP: «Patrick Fischer aurait pu participer aux JO sans être vacciné»

Après le licenciement du coach de l'équipe de Suisse de hockey Patrick Fischer, le Covid est à nouveau sur toutes les lèvres. Dans une interview pour Blick, Anne Lévy, cheffe de l'OFSP, revient sur la polémique et sur les autres sujets sensibles liés à la vaccination.
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Anne Lévy dirige l'Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Photo: keystone-sda.ch
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Raphael Rauch

En admettant avoir recouru à un faux certificat Covid pour pouvoir participer aux Jeux olympiques de 2022 à Pékin, l'ex-coach de l'équipe de Suisse de hockey sur glace Patrick Fischer a replacé le Covid au coeur du débat public. Dans un entretien accordé à Blick, la directrice de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), Anne Lévy, revient sur la pandémie et sur sa gestion par la Suisse.

Anne Lévy, l’ancien sélectionneur national de hockey sur glace Patrick Fischer a acheté un certificat de vaccination et s’est justifié en affirmant: «Mon idéologie personnelle est de ne pas me faire vacciner.»
Se faire vacciner ou non relève d’un choix personnel. Mais les vaccins permettent de se protéger contre des maladies infectieuses graves et ils restent utiles.

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Patrick Fischer doit expliquer lui-même pourquoi il a agi ainsi. Une chose est sûre: les règles doivent être respectées
Anne Lévy, directrice de l'OFSP
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Pendant la pandémie de Covid-19, vous avez défendu la vaccination de manière bien plus énergique. Patrick Fischer avait un rôle qui lui imposait de donner l’exemple. Pourquoi n'êtes-vous pas plus sévère dans votre critique à son égard
Monsieur Fischer doit expliquer lui-même pourquoi il a agi ainsi. Une chose est sûre: les règles doivent être respectées. Il aurait d’ailleurs pu participer aux Jeux olympiques en Chine sans être vacciné, avec une période de quarantaine. D’autres sportifs l’ont fait.

Patrick Fischer évoque lui-même une «idéologie». Peut-on convaincre les opposants à la vaccination lorsque les arguments rationnels ne suffisent pas?
Les vaccins permettent d’éviter des évolutions graves, ainsi que des souffrances. Ma mère, par exemple, avait un camarade de classe atteint de poliomyélite. Heureusement, ce type de cas a disparu chez nous grâce à la vaccination. La majorité de la population y adhère: pendant la pandémie, près de 70% des personnes se sont fait vacciner, et même plus de 90% chez les plus de 65 ans. La plupart des parents soutiennent aussi les vaccins de base recommandés pour les enfants – diphtérie, polio, rougeole, oreillons, rubéole ou coqueluche – avec un taux de couverture d’environ 95%.

Votre ancien collaborateur Daniel Koch comprend Patrick Fischer. Est-ce irresponsable de la part de l’ancien «Monsieur Coronavirus»?
Il faut poser la question à Daniel Koch.

Vous avez publié jeudi l'intégralité des contrats d'approvisionnement en vaccins jusqu’ici caviardés, après y avoir été contrainte par le Tribunal administratif fédéral. Comment réagissez-vous à ce revers?
Il ne s’agit pas de victoire ou de défaite. Nous saluons la clarification judiciaire et avons rapidement décidé de ne pas faire recours. Nous avions caviardé ces documents parce que les contrats d’approvisionnement internationaux sont confidentiels. Une publication aurait comporté le risque de placer le Conseil fédéral en position défavorable lors de futures négociations.

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La Confédération a réussi malgré tout à se procurer rapidement de bons vaccins, auprès de différents fabricants et en quantités suffisantes. Cela nous a permis de maîtriser la pandémie
Anne Lévy, directrice de l'OFSP
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Votre juriste en chef évoquait des pressions venues de France et de Suède, lesquelles n’auraient en réalité jamais existé, selon une enquête de Blick publiée il y a deux ans.
En Europe, les contrats demeurent à ce jour caviardés par la Commission européenne, et des procédures judiciaires sont encore en cours à ce sujet. Pour l’approvisionnement en vaccins, la coopération avec les pays partenaires et avec l’Union européenne a été déterminante.

L’Union européenne (UE) avait obtenu les doses de vaccin à un prix inférieur à celui obtenu par la Suisse. Avez-vous mal négocié?
Ces prix n’ont pas été rendus publics à ce jour. Au début de la pandémie, la concurrence pour accéder aux vaccins était intense et l’on ne savait pas quelle entreprise proposerait les meilleurs produits. Imaginez que nous ayons misé sur le mauvais vaccin ou commandé trop peu de doses. Les négociations se sont déroulées dans la confidentialité à l’échelle mondiale. Sans cela, la Suisse n’aurait pas été servie.

Les groupes pharmaceutiques ont-ils profité de la forte disposition de la Suisse à payer?
Les conditions contractuelles dépendent de différents facteurs. Par exemple, le prix: dans quel délai pouvons-nous conclure un contrat, dans quelle mesure le vaccin peut-il être livré rapidement et de manière sûre, ou encore quelle est la taille du marché Les petits pays comme la Suisse ne sont pas avantagés. La Confédération a réussi malgré tout à se procurer rapidement de bons vaccins, auprès de différents fabricants et en quantités suffisantes. Cela nous a permis de maîtriser la pandémie.

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En situation de pandémie, mieux vaut commander trop que pas assez
Anne Lévy, directrice de l'OFSP
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Combien de doses ont été utilisées?
Au total, 61 millions de doses ont été achetées. 17 millions ont été administrées en Suisse, 8 millions ont été données à d’autres pays. Le reste a été en partie détruit, en partie non retiré, mais néanmoins payé.

Autrement dit, plus de 70% des doses payées n’ont pas été utilisées en Suisse. N’est-ce pas un échec en termes d’approvisionnement et de vaccination?
La Suisse a suivi une stratégie axée sur la sécurité, tant en ce qui concerne les vaccins que leurs quantités. L’objectif était de pouvoir vacciner l’ensemble de la population plusieurs fois, et à tout moment. Cette approche s’est révélée efficace.

Vous connaissiez pourtant les chiffres de 2009, selon lesquels seuls 80% des Suisses se font vacciner.
Le rapport de la Haute surveillance du Parlement conclut que nous avons agi correctement. En situation de pandémie, mieux vaut commander trop que pas assez. Grâce aux vaccins, nous avons réduit les formes graves, les hospitalisations et les décès, tout en limitant les impacts sociaux et économiques. La Suisse a pu lever les mesures strictes plus rapidement que d’autres pays.

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Nous devons intégrer dès le départ les dimensions sociales et sociétales, en plus des aspects médicaux. Par exemple, il faut éviter que des personnes âgées meurent seules en EMS
Anne Lévy, directrice de l'OFSP
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Parlons des effets indésirables: quelles indemnisations ont été versées?
Au début de l'année 2026, la Confédération avait reçu 408 demandes d’indemnisation liées à des effets indésirables. Parmi elles, 300 ont été rejetées après un premier examen formel. Quatre décisions ont été définitivement rendues: deux demandes acceptées et deux refusées. Les autres demandes sont toujours en cours de traitement.

Quelles leçons l’OFSP tire-t-il de la pandémie?
Nous devons intégrer dès le départ les dimensions sociales et sociétales, en plus des aspects médicaux. Par exemple, il faut éviter que des personnes âgées meurent seules en EMS. Les établissements sont confrontés à un dilemme: certains résidents souhaitent une protection maximale, d’autres souffrent de l’isolement. La santé est essentielle, mais le sentiment de sécurité aussi. Il serait souhaitable que chaque EMS dispose d’un conseil de résidents qui puisse être consulté sur ces questions.

La révision de la loi sur les épidémies fait partie des conséquences directes de la pandémie.
Nous devons renforcer les systèmes de signalement précoce pour les maladies transmissibles. Cela passe notamment par l’analyse systématique des eaux usées, où l’on peut détecter des traces de virus. Cela nous permettra de réagir plus vite. Il s’agit aussi de pouvoir faire face à de nouvelles menaces, comme les résistances aux antibiotiques. Nous voulons renforcer la recherche et le développement de nouveaux antibiotiques et encourager leur mise à disposition par des incitations financières.

Les antibiotiques se font rares aujourd'hui déjà...
Les pénuries concernent aussi d’autres médicaments essentiels, d’où la nécessité d’une coopération internationale. A court terme, le Conseil fédéral souhaite remplacer les notices d'emballages actuelles dans les trois langues nationales par un code QR, ce qui abaisserait les obstacles à l'importation.

Pourquoi réclamez-vous davantage de compétences?
Pour pouvoir agir là où les pénuries sont les plus fréquentes: les médicaments courants et bon marché. Aujourd’hui, nous avons les mains liées sur cette question. La Confédération a besoin que davantage de compétences lui soient accordées par la Constitution. Le contre-projet à l’initiative «Oui à la sécurité de l’approvisionnement médical» devrait permettre d'améliorer la situation.

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