Patrick Fischer est l’homme du moment. Mais pas dans le bon sens du terme. Depuis que l’on sait que l’entraîneur de hockey a falsifié un certificat de vaccination Covid, il fait la Une chaque jour, voire chaque heure. Son nom, son visage, ses actes, ses mensonges: tout cela est omniprésent ces derniers temps.
Une chose est claire: il s’est procuré un certificat attestant qu’il était vacciné contre le Covid alors qu’il ne l’était pas. Patrick Fischer l’a fait pour pouvoir se rendre avec son équipe aux Jeux olympiques de 2022 à Pékin. Autre certitude: entre-temps, il a été licencié par la fédération.
L'ordonnance pénale soulève une grande question
Si l'on examine l'ordonnance pénale du ministère public lucernois, un point reste flou: comment Patrick Fischer a-t-il été démasqué par les autorités à l’époque? Dans le document consulté par Blick, on peut lire: «À une date indéterminée, probablement en octobre ou novembre 2021, l’accusé a commandé via l’application Telegram, dans le groupe 'Covid Suisse', un faux certificat Covid auprès d’une personne inconnue, censé attester qu’il avait reçu deux doses de vaccin.» L’ordonnance pénale est datée du 21 juillet 2023.
Fischer aurait ensuite payé 400 francs en bitcoin à cette personne et lui aurait transmis une copie de son passeport. «Le 22 novembre 2021, le prévenu a reçu le faux certificat Covid par Telegram ou par e-mail.»
Autrement dit, les autorités n’ont, jusqu’à présent, pas réussi à identifier les auteurs à l’origine du faux certificat. Dans d’autres affaires similaires, c’était souvent différent. Les faussaires étaient fréquemment des employés de centres de vaccination, d’hôpitaux, des médecins en cabinet privé ou du personnel médical — en somme, des personnes ayant accès à des données sensibles.
Devant le juge
Plusieurs de ces affaires ont été élucidées. Dans le canton d’Argovie, par exemple, des patients ont été condamnés pour falsification de documents après s’être procuré de faux certificats sans se faire vacciner. Prix du document: entre 500 et 600 francs, comme le rapportait l’Aargauer Zeitung. La responsable? Une médecin installée à Zurich.
Toujours dans le canton de Zurich, deux assistantes médicales ont vendu des faux certificats en 2021, empochant jusqu’à 1000 francs par document. Au total, elles en ont établi environ 1100, générant ainsi plus d’un demi-million de francs. Dans le canton de Schaffhouse, un employé de 20 ans du centre de vaccination cantonal a lui aussi vendu des certificats Covid à des personnes non vaccinées — par centaines. L’affaire a éclaté en novembre 2021.
Amande de 40'000 francs
Mais dans le cas de Patrick Fischer, le scénario semble différent. Les commanditaires n’ayant pas été identifiés, les autorités ont dû remonter directement jusqu’à lui. Reste à savoir comment. A-t-il été dénoncé? S’est-il lui-même trahi après l’obtention du certificat? Autre élément intrigant: l’ordonnance pénale reste très succincte. Faut-il y voir un signe d’un manque de coopération de sa part?
Ce qui est certain, c’est que Fischer a reçu le faux certificat fin novembre 2021. Il l’a ensuite importé dans l’application «Covid Cert». «Par conséquent, l’accusé possédait un faux certificat attestant qu’il avait reçu une vaccination Covid le 27 octobre 2021 et le 22 novembre 2021, ce qui était faux.» Et encore: «Entre le 3 février 2022 et le 15 février 2022 environ, le prévenu s’est rendu en Chine avec ce certificat falsifié, alors qu’il savait qu’il n’aurait pas été autorisé à entrer sur le territoire sans celui-ci.»
La suite est connue: en juillet 2023, Fischer écope d’une amende d’environ 40’000 francs pour falsification de documents. Aujourd’hui, près de trois ans plus tard, le prix à payer est bien plus lourd: une réputation détruite et un poste perdu — brutalement, et bien plus tôt qu’il ne l’aurait imaginé.
