Dans un mois et demi, cela aurait dû être le grand pot de départ de Patrick Fischer, à l’occasion du Championnat du monde en Suisse. Avec, autour du cou, une nouvelle médaille mondiale, sa quatrième à titre personnel. Dans le scénario idéal, le couronnement ultime aurait été l’or. Peut-être aurait-on même fini par ériger une statue à la gloire de Patrick Fischer, considéré comme le plus grand entraîneur suisse de tous les temps.
Il en a été radicalement autrement. Au lieu de cela, Patrick Fischer est sorti par la petite porte, dans la ville provinciale slovaque de Topolcany. Limogé exactement un mois avant le début du Championnat du monde à domicile, et à un jour du lancement de la campagne mondiale avec un match amical contre la Slovaquie.
L’édifice de mensonges qu’il avait bâti autour de la fraude au certificat Covid s’est effondré, et sa position est devenue intenable. La pression des sponsors, de la fédération, de la ligue et du public est devenue trop forte. Le conte de fées s’est transformé en véritable cauchemar.
Accompli avec la Nati
Tout avait pourtant commencé de manière presque parfaite lorsque Patrick Fischer a fait sa première apparition dans le staff de l’équipe nationale, en 2013. En tant qu'entraîneur adjoint de Sean Simpson, il était déjà présent lors de la première médaille d’argent au Championnat du monde à Stockholm. On a souvent entendu qu’il avait joué un rôle important dans ce succès, grâce à son attitude constructive et à son approche décontractée.
Patrick Fischer a également dû faire face à des échecs. Notamment lorsqu’il a pris les rênes de Lugano comme entraîneur principal, avant de devoir quitter le club après deux ans et demi. Ce fut son seul licenciement… jusqu’à ce mercredi. Car par la suite, il a trouvé sa voie, et a accompli de grandes choses avec la Nati. Non seulement il nous a permis de rêver en grand, mais il nous a aussi offert, de manière régulière, de véritables moments de célébration.
Patrick Fischer a appris vite
Comme sélectionneur, tout ne s’est pas mis en place immédiatement. Son premier Championnat du monde, en 2016, a tourné à la désillusion, avec des défaites contre le Kazakhstan et la Norvège, puis une élimination avant même les quarts de finale. Sa vision du jeu paraissait alors encore naïve. Mais Patrick Fischer a vite appris. Et a surtout su s’entourer des bonnes personnes.
L’exemple le plus marquant est celui du Suédois Tommy Albelin. Il a trouvé en lui l’adjoint parfait, chargé d’apporter la stabilité défensive qui manquait alors à l’équipe. Les progrès ont culminé en 2018 à Copenhague, avec un nouvel exploit et une nouvelle médaille d’argent au Mondial. Cette fois, Patrick Fischer était l’entraîneur principal, une consécration pour un coach.
Encore en argent, encore entraîneur de l'année
Les quarts de finale, qui représentaient le plafond de verre avant 2013, sont devenus presque une habitude pour la Suisse de Patrick Fischer. Mais il y a aussi eu des désillusions. Comme lorsque l’Allemagne a brisé les rêves suisses en quart de finale, en 2021, puis en 2023. Un nouvel échec au même stade du Mondial 2024 contre le voisin allemand et Fischer aurait pu être relégué à un rang de bon sélectionneur parmi d’autres.
Au lieu de cela, il a non seulement conduit la Suisse à une victoire 3-1 contre l’Allemagne, mais aussi vers une nouvelle médaille d’argent. Sa réputation n’a alors cessé de grandir. Et lorsque l’argent a été une nouvelle fois obtenu en 2025, sa stature s’est encore renforcée. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu, il y a deux semaines et demie, d’être élu pour la troisième fois entraîneur de l’année lors des Sports Awards.
Les derniers Jeux olympiques
En dehors du titre mondial – qu’il rêvait de décrocher pour conclure en apothéose – il ne manquait à Patrick Fischer qu’une médaille olympique à obtenir. On savait déjà que cela n’arriverait pas après la défaite terrible après prolongation contre la Finlande en quart de finale des JO 2026, en février. Mais personne n’imaginait alors que le but inscrit par Artturi Lehkonen à la 64e minute marquerait aussi la dernière heure de Patrick Fischer à la tête de l’équipe nationale.
Patrick Fischer a toujours su trouver le moyen de se sortir des situations les plus délicates. Jusqu’à ce lundi. Jusqu’à ses aveux forcés, entachés d’un nouveau mensonge, au sujet du faux certificat de vaccination Covid. La vague qui a suivi n’a pas seulement stoppé Patrick Fischer. Elle l’a emporté.
