Par Grégory Beaud
Patrick Fischer: Un ahurissant fiasco de communication

La communication de la Fédération suisse de hockey autour du licenciement de Patrick Fischer est un fiasco, assure notre journaliste.
Patrick Fischer n'est plus le sélectionneur de l'équipe de Suisse.
Photo: SALVATORE DI NOLFI
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Lundi 13 avril, 20h et des poussières. La Fédération communique en catastrophe. Patrick Fischer a été pincé pour une histoire de falsification de certificat Covid. Condamné voici deux ans, le sélectionneur national a visiblement été rattrapé par cette affaire qui menaçait d’être rendue publique par «SRF». En substance, la Swiss Ice Hockey Federation voulait «clarifier la situation». Objectif… raté.

En pensant mettre cette affaire sous le tapis, la faîtière a soufflé sur les braises. Par la voix de son président, Urs Kessler, la SIHF précisait: «Pour nous, l’affaire est close». Circulez, il n’y a rien à voir. Ou pas grand-chose. On félicite même Patrick Fischer pour sa transparence. Une première missive hallucinante.

Patrick Fischer a énormément de qualités. Et, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours fait partie de ses défenseurs. Aucun autre sélectionneur ne peut se targuer d’avoir accompli autant de choses que le Zougois à ce poste. Et je ne parle pas que de médailles. Je ne parle d’ailleurs pas de médailles du tout.

Non, je veux surtout mettre en avant l’aspect fédérateur du sélectionneur national. C’est lui qui a remis l’équipe nationale au centre des préoccupations de tous les internationaux. Avec une main de fer dans un gant de velours, «Fischi» a mis tout le monde au pas. Lian Bichsel le premier, le bannissant pour avoir refusé une sélection. Dura lex, sed lex. Contrairement aux locutions latines du roi Loth dans Kaamelott, celle-ci est parfaitement correcte. La loi est dure, mais c’est la loi.

Et lorsque le Soleurois s’est insurgé, le «groupe des leaders» de l’équipe de Suisse a écrit un communiqué de presse de soutien à son sélectionneur. Oui, Patrick Fischer est (était!) l’homme le plus puissant du hockey suisse. Et c’est justement pour cette raison que cette obscure histoire de faux certificat Covid me dérange au plus haut point. Comment avoir un discours porté sur les valeurs que doivent représenter les sélectionnés si leur chef de meute se comporte de la sorte? Et comment la Fédération peut-elle le soutenir alors qu’il est censé en être la tête de gondole?

Ne commettons pas l’erreur de relancer un énième débat sur le bienfondé de la vaccination. Ce n’est absolument pas la question qui nous occupe en ce moment et je croyais être vacciné contre ces débats stériles. Oui, je lis parfois les réseaux sociaux et je ferais bien d’arroser mes plantes à la place…

Depuis mardi, je ne savais pas s’il fallait licencier Patrick Fischer sur le champ ou non. Il n’y a pas de bonne réponse. Chacun a la sienne et les deux avis se défendent. Ce qui ne se défend pas, en revanche, c’est de le confirmer dans ses fonctions le lundi… et de le jeter sous le bus le mercredi.

Car c’est bien là que se situe le vrai problème. La Swiss Ice Hockey Federation aurait pu décider immédiatement de s’en séparer. Elle aurait pu, à l’inverse, choisir de le soutenir coûte que coûte. Les deux positions auraient été défendables.

Mais affirmer, un soir, que «l’affaire est close»… pour reconnaître moins de 48 heures plus tard que cette lecture était «trop réductrice», c’est autre chose. C’est un désaveu public. Que s’est-il passé entre-temps? Rien concernant les faits. Ils étaient connus. Rien concernant Patrick Fischer. Il n’a pas changé.

En revanche, la Fédération internationale (IIHF) a mis son nez dans le dossier. Swiss Olympic a également réagi. Et, soudainement, ce qui était «clos» ne l’était plus vraiment. Bref, la SIHF ne pouvait plus laver son linge sale en famille. Alors elle a corrigé. Brutalement. Quitte à se contredire et à exposer au grand jour une gestion de crise pour le moins hésitante.

En 48 heures, la faute n'a pas changé. Mais le regard porté sur celle-ci, lui, a radicalement évolué. Gageons que cette crise n'a pas fini d'égratigner des dirigeants qui ont paru totalement dépassés ces derniers jours.

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