En bref
- Pionnier de la scène bio suisse, Urs Niggli prend désormais ses distances avec le secteur
- D'après lui, le bio ne consiste plus une solution à la crise climatique
- Un changement qu'il impute à des méthodes contestables et à une défiance vis-à-vis des nouveaux procédés
Urs Niggli est considéré par beaucoup comme un véritable pionnier de la scène bio helvétique. Pendant de nombreuses années, l'agronome soleurois a dirigé le réputé institut de recherche de l'agriculture biologique (FiBL) à Frick, en Argovie.
Mais aujourd'hui, «le pape suisse du bio» – comme certains le surnomment – a pris ses distances avec l'agriculture biologique. Un revirement qu'il explique dans un nouveau livre, mais aussi dans un entretien sans filtre accordé au quotidien allemand «Frankfurter Allgemeine Zeitung».
«On ne peut pas nourrir une humanité en croissance avec du bio», tranche l'expert dans cette interview. Il y explique ne plus soutenir «tout à fait l'agriculture biologique telle qu'elle est pratiquée et réglementée aujourd'hui». Sa conclusion est sans appel: «Le bio n'apporte rien pour le climat.»
Les fruits bio sont abondamment traités
Une raison explique notamment le revirement d'Urs Niggli: les pommes bio impeccables des rayons de supermarché sont le produit d'une protection phytosanitaire intensive basée sur des produits comme le cuivre et le soufre. «Ils détériorent le bilan écologique», explique Urs Niggli à Blick. «L'image que s'en font les consommatrices et les consommateurs est donc quelque peu enjolivée.»
Autre point central dans sa critique: le milieu du bio refuserait tout recours aux méthodes modernes. Les nouveaux procédés, à l'image des denrées alimentaires génétiquement modifiées, sont «rejetés pour des raisons éthiques ou pour d'autres raisons quelconques», déplore Urs Niggli dans la «Frankfurter Allgemeine Zeitung». Pour lui, le secteur commet ici une erreur, y compris dans notre pays.
Les agriculteurs bio demeurent des gardiens importants des méthodes de culture traditionnelles, précise Urs Niggli à la demande de Blick. «Mais cela ne suffit pas pour surmonter les grands défis de l'avenir. Une plus grande ouverture face aux technologies serait très importante.»
L'enthousiasme d'autrefois s'est dissipé
Il y a quelques années à peine, Urs Niggli était encore un ambassadeur enthousiaste de l'écologie par l'agriculture biologique. «Le bio est toujours sexy», déclarait-il en 2022 dans un entretien avec Blick.
Aujourd'hui, son emballement est quelque peu retombé. «L'euphorie d'une croissance constante du bio s'est dissipée au cours des dernières années, en Europe et dans le monde entier», confie Urs Niggli à Blick. «Même dans une Suisse prospère, les consommatrices et consommateurs réagissent aux incertitudes sociétales et économisent sur la nourriture.» En clair: le bio est out.