Le conseiller national socialiste Islam Alijaj était dans une colère noire lorsqu’il est monté à la tribune de la chambre basse. «Nous, les personnes en situation de handicap, en avons assez», a-t-il lancé. Lors du débat sur l’initiative pour l’inclusion, pendant la session d’automne, le Zurichois a rejeté l’idée selon laquelle le handicap relèverait simplement du hasard, de la sphère privée ou d’un destin individuel.
Islam Alijaj est revenu sur son propre parcours. «Le système m’a très tôt collé une étiquette: invalide, autrement dit bon à rien.» Une qualification qui, selon lui, a largement conditionné son avenir: école spécialisée, rente d’invalidité, vie en institution. Mais le socialiste s’est battu contre cette trajectoire toute tracée. Il est aujourd’hui la première personne atteinte d’un trouble de la parole à siéger au Conseil national.
Plusieurs semaines plus tard, son discours continue de faire du bruit. Un extrait s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux. La publication cumule aujourd’hui plus de 3,7 millions de vues et a obtenu plus de 300'000 mentions «J’aime». Parmi les personnes particulièrement marquées par ses propos figure le conseiller national PLR Andri Silberschmidt.
«Je n’arrivais plus à m’en détacher»
Au terme d'une longue journée sous la Coupole, il a vu la vidéo d'Alijaj dans son fil Instagram, raconte à Blick Andri Silberschmidt. Ce qui l'a particulièrement interpellé, c'est sa critique du terme «invalid», qui suggère qu'une personne serait sans valeur. «Je n’arrivais plus à m’en détacher.»
Le Zurichois a alors commencé à se pencher plus sérieusement sur la question. Il a découvert que le Conseil fédéral s’était déjà intéressé au sujet à plusieurs reprises, sans que cela ne débouche sur des changements concrets. Andri Silberschmidt a alors formulé une initiative parlementaire. Son titre: «Aucune personne n'est sans valeur». Sa revendication?L'assurance-invalidité doit désormais s'appeler «assurance-inclusion». Parallèlement, tous les termes comprenant la racine «invalid» dans la Constitution fédérale doivent être examinés et remplacés par des formulations contemporaines.
Les mêmes prestations
Le conseiller national PLR assume le caractère symbolique de sa démarche. «Pour une fois, je suis tout à fait favorable à une politique symbolique dans ce domaine», explique-t-il. A ses yeux, si un terme suffit à donner à certaines personnes le sentiment qu’elles ne valent rien, il est temps de le faire évoluer.
Sa proposition ne changerait rien aux prestations de l’assurance-invalidité. Ni les rentes, ni les conditions d’octroi, ni son financement ne seraient concernés par cette adaptation du vocabulaire.
Pour Andri Silberschmidt, ce nouveau nom s’est imposé tout naturellement. La mission de l’assurance-invalidité consiste déjà, selon lui, à favoriser l’intégration sociale. L’appellation «assurance inclusion» lui paraît donc appropriée. Et l’abréviation AI pourrait être conservée.
Des obstacles subsistent
La mise en œuvre de cette initiative ne serait toutefois pas simple. Le Conseil fédéral a déjà relevé que les notions d’«invalidité» et de «handicap» ne recouvrent pas la même réalité sur le plan juridique. Un changement de terminologie devrait par ailleurs être répercuté dans de nombreuses lois et conventions.
Andri Silberschmidt veut donc y aller progressivement. A l’avenir, l’expression «personnes en situation de handicap» devrait être privilégiée lorsqu’il est question des individus. En revanche, lorsqu’il s’agit des rentes ou des assurances, une terminologie juridiquement précise doit être conservée.
Un soutien transpartisan
Il n’est donc pas question de remplacer systématiquement le mot «invalidité» par «handicap». Des solutions adaptées devront également être trouvées dans les différentes langues officielles. Les organisations représentant les personnes en situation de handicap devront être associées à cette réflexion.
La proposition bénéficie d’un soutien transpartisan. Parmi les signataires figurent des élus du PLR, du Centre, des Vert’libéraux, du PS et des Verts. Islam Alijaj en fait partie, tout comme les conseillers nationaux du Centre Philipp Kutter et Christian Lohr, qui vivent eux aussi en situation de handicap et s’engagent depuis longtemps en faveur d’une meilleure inclusion.