Les centres de données ont animé les débats politiques aux Etats-Unis ces dernières semaines, mais l'Europe n'est pas en reste. Greenpeace a mené des actions de protestation dans plusieurs pays, dont en Suisse, vendredi. Une dizaine de militants a déployé une banderole sur le terrain où est construit un «mégacentre» et où un autre est en projet.
«Greenpeace demande une planification et une réglementation à l’échelle nationale afin que les centres de données servent l’intérêt général. Tant que ce n’est pas le cas, un moratoire s’impose», dit le groupe dans son communiqué. Cela fait écho aux propositions, aux Etats-Unis, de moratoires sur la construction de data centers tant que des règles plus strictes ne sont pas édictées.
Berne fédérale timide
Au niveau international, Greenpeace exige que les data centers soient alimentés à 100% par de l'énergie renouvelable sans que cela n'augmente la facture d'électricité de la population, que la consommation en eau ne se fasse pas au détriment des habitants et que les applications IA que servent les centres «ne fassent pas de mal». L'ONG a lancé une pétition signée à cette heure par plus de 200'000 personnes.
Ces exigences sont avancées par rapport à ce qui est demandé en Suisse. Au niveau national, les interventions sont assez récentes. Par exemple, en septembre de cette année, la conseillère nationale verte zurichoise Marionna Schlatter a déposé une motion demandant notamment un passage «progressif» aux énergies renouvelables pour les data centers. Elle veut aussi l'obligation de transparence sur la consommation d'eau et d'électricité. «Si les ménages et l’industrie sont soumis à des règles contraignantes en matière d’efficacité énergétique, aucune réglementation similaire ne régit les centres de données alors qu’ils comptent parmi les infrastructures les plus énergivores du pays», critique-t-elle.
Croissance d'ici 2030
Le Parlement n'a pas encore voté sur son texte, mais le Conseil fédéral a toujours répondu aux précédentes interpellations en disant que les règles dépendaient des cantons et qu'une règlementation nationale n'était pas adaptée. Au printemps, l'Office fédéral de l'énergie avait publié un rapport indiquant que «la consommation d’électricité des centres de données en Suisse a représenté environ 3,6% de la consommation totale».
«La consommation des centres de données commerciaux pourrait doubler, voire tripler» d'ici 2030, note encore l'Ofen, qui relève qu'en Suisse, ces data centers servent surtout les applications cloud plutôt que les IA telles que les Suisses les utilisent de plus en plus.
La balle est dans le camp des cantons. À Schaffhouse, justement, le Parlement cantonal a voté au printemps, contre l'avis de l'Exécutif, des règles d'efficacité énergétique à imposer aux exploitants des centres. Zurich a aussi des règles. À ce titre, la Suisse ressemble aux Etats-Unis: les règles se font au niveau local.