Baromètre de l'équité 2026
L'insatisfaction ne fait que de grandir au sein du peuple suisse

Vivons-nous dans un pays équitable? C'est ce que le «Beobachter» a voulu savoir dans un grand sondage. En 2024, une courte majorité répondait encore par l'affirmative à cette question... aujourd'hui, c'est une autre histoire.
Les mécontents sont de plus en plus nombreux.
Photo: Keystone
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Daniel Benz et Jasmine Helbling
Beobachter

Le ciment social de la Suisse continue de s’effriter. Et le sentiment d’être traité équitablement recule. C’est ce que montre le Baromètre de la justice 2026, un sondage réalisé par le «Beobachter» en collaboration avec Coop Protection Juridique.

Cette enquête représentative, menée par l’institut Gfs.Berne auprès d’environ 2000 personnes, dresse un constat plutôt sombre: les Suisses se disent aujourd’hui nettement plus insatisfaits de la justice qu’à la fin de l’été 2024.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Un pays, des réalités différentes

Qu’est-ce qui est perçu comme équitable? Qui est favorisé, qui est laissé de côté? Les réponses dépendent aujourd’hui plus que jamais du revenu. L’argent est devenu un indicateur central du sentiment d’équité. Alors que les personnes à revenu élevé soutiennent le système, les ménages modestes se sentent de plus en plus désavantagés, que ce soit face aux coûts du quotidien ou à l’accès, souvent onéreux, à la justice. 

La liste des défis est longue, et les fractures au sein du pays se creusent. Les jeunes se disent lésés sur les questions environnementales et dénoncent une durabilité en recul à leurs dépens. Les plus âgés s’inquiètent davantage de justice et d’ordre. Les femmes pointent le manque d’accès aux postes de direction et une répartition inégale du travail du care, tandis que de nombreux hommes restent en retrait sur ces questions. Les clivages s’accentuent sur tous les fronts.

Le bilan apparaît donc globalement plus négatif en 2026 qu’il y a à peine deux ans. Une note d’espoir subsiste toutefois: malgré des critiques de plus en plus marquées dans certains domaines, la confiance dans les institutions demeure solide. La Suisse se divise, mais reste attachée à un socle commun fait de démocratie, de liberté et d’éducation.

Petit portefeuille, grande insatisfaction

Lors de la première édition du baromètre, à la fin de l’été 2024, de nombreuses critiques avaient déjà été formulées. Mais un sentiment général positif dominait: 54% des personnes interrogées jugeaient alors la Suisse «très équitable» ou «plutôt équitable».

La nouvelle enquête montre un basculement. Les insatisfaits deviennent majoritaires (51%): 33% estiment que la situation est «plutôt pas équitable», et 18% la jugent «pas du tout équitable».

Le facteur financier joue un rôle déterminant. Parmi les ménages aisés, avec un revenu mensuel supérieur à 13’000 francs, près des deux tiers (65%) se disent satisfaits. A l’inverse, chez les personnes à faible revenu, gagnant moins de 3000 francs, seuls 27% partagent cet avis. Ce fossé entre les couches sociales se retrouve, de manière encore plus marquée que lors du premier baromètre, dans l’ensemble de l’enquête. Les personnes disposant de peu de moyens se sentent nettement plus désavantagées par le système.

Interrogées sur leur situation personnelle, les personnes sondées se montrent, comme en 2024, plus positives que dans leur appréciation globale. Mais là aussi, la satisfaction recule. La part de celles et ceux qui se sentent traités «plutôt équitablement» ou «très équitablement» est passée de 68 à 56%.

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