Les trois assurances sociales de la Confédération clôturent l’exercice 2025 sur une note positive. Le fonds de compensation de l’Assurance-vieillesse et survivants (AVS), de l’Assurance-invalidité (AI) et des Allocations pour perte de gain (APG) affiche actuellement une fortune totale de 50,5 milliards de francs, soit environ 4,4 milliards de plus qu’un an auparavant. L’exercice précédent s’était déjà soldé par un confortable excédent de plus de 5,5 milliards de francs.
Cette progression s’explique par le rendement solide de 6,34% obtenu sur les placements par le fonds de compensation Compenswiss, chargé de la gestion des avoirs. «Le résultat est bon», a déclaré devant les médias son président Manuel Leuthold. Cette performance positive repose en particulier sur les actions, l’or et les effets de change.
Sur l’ensemble des avoirs gérés, 44,64 milliards de francs reviennent à l’AVS, en hausse de 2,4 milliards. L’AI dispose de 3,66 milliards (+215 millions) et les APG de 2,25 milliards (+128 millions). Les dettes de l’AI envers l’AVS demeurent inchangées à 10,28 milliards de francs.
Le président de Compenswiss met en garde
Il ne s’agit toutefois que d’un constat à un instant donné. Les rendements positifs ne suffisent pas à garantir durablement le financement de l’AVS et de l’AI. Pour l’AVS, la «treizième» rente pèse sur les finances. En décembre prochain, la 13e rente sera versée pour la première fois. Elle représentera entre 4 et 5 milliards de francs par an. Rien que l’an dernier, Compenswiss a constitué à cet effet des réserves de liquidités de 2 milliards de francs.
«A court terme, la fortune pourrait se stabiliser», estime Manuel Leuthold. Il avertit cependant que l’exigence légale de maintenir un fonds équivalant à 100% des dépenses annuelles sera de plus en plus difficile à respecter en raison de la 13e rente AVS.
Selon les dernières perspectives financières de l’AVS publiées par la Confédération, le constat est clair: sans recettes supplémentaires, le résultat par répartition pourrait déjà basculer dans le rouge cette année. Pour le résultat d’exploitation, la Confédération table sur des chiffres négatifs dès 2029. Pas seulement en raison de l’évolution démographique et de la «treizième», mais aussi parce que le rendement des placements tendra à diminuer à mesure que la fortune se réduira. «Un financement additionnel reste donc indispensable, souligne Manuel Leuthold. Attendre coûte cher!»
Bras de fer autour du financement supplémentaire
Pour l’heure, le monde politique peine à enrayer les déficits de plusieurs milliards qui se profilent. La conseillère fédérale socialiste Elisabeth Baume-Schneider propose d’augmenter la TVA de 0,7 point de pourcentage afin de combler le trou. Le Conseil national souhaite, lui, relever la TVA de 0,7 point uniquement jusqu’à fin 2030. Par la suite, des mesures structurelles, comme un relèvement de l’âge de la retraite, devraient soulager l’AVS, selon cette approche.
De son côté, le Conseil des Etats travaille sur une solution mixte combinant des cotisations salariales supplémentaires et une hausse de la TVA. Cette variante inclut également une augmentation des rentes pour les couples mariés, ce qui entraînerait aussi près de 4 milliards de francs de coûts supplémentaires par an. L’issue de ce bras de fer politique reste incertaine.
L’AI sous pression
Sans recettes additionnelles, l’AI risque elle aussi des difficultés. Les perspectives financières se détériorent nettement en raison de l’augmentation du nombre de nouveaux rentiers. Les nouvelles rentes accordées à de jeunes personnes souffrant de troubles psychiques pèsent particulièrement lourd. Afin de garantir les liquidités nécessaires au versement des rentes, Compenswiss prévoit de vendre cette année des actifs pour environ 35 millions de francs par mois. Si la prochaine réforme de l’AI ne devait pas suffire, le Conseil fédéral propose d’augmenter les cotisations salariales de 0,1 à 0,2 point de pourcentage.
Alors que l’AVS et l’AI font face à d’importants défis, le fonds des APG apparaît presque comme un élève modèle. «Il présente une stabilité remarquable et reste pour l’instant à l’écart des défis financiers auxquels sont confrontés les fonds de l’AVS et de l’AI», constate Compenswiss. Les résultats d’exploitation des trois assurances sociales seront publiés en avril. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on saura combien de capital les trois assurances disposent effectivement en caisse.